ACTE V, SCÈNE XI
LE BRIGAND moor va loin de lui.
Éternellement perdus!
LE VIEUX MOOB.
Oh! je sens profondément ce qu’Amalie me disait, l'esprit de vengeance parlait par sa Louche. En vain tu étendras tes mains mourantes vers un fils, en vain tu te flatteras de presser la chaude main de ton Charles, qui jamais plus ne se tiendra près de ton lit....
le brigand moor lui tend la main , en détournant le visage.
LE VIEUX MOOR
Que n’es-tu la main de mon Charles!... Mais il gtt loin d’ici dans l’étroite demeure, il dort déjà du sommeil de fer, il n’entend plus la voix de ma douleur amère.... Malheur à moi! mourir dans les bras d’un étranger.... Plus de fils.... plus de fils, pour me fermer les yeux....
le brigand moor, dans la plus violente agitation.
Oui, maintenant il le faut, maintenant.... (Aux brigands :)Lùssez-moi! Et pourtant.... puis-je donc lui rendre son filsï... Son fils , je ne puis plus le lui rendre!... Non, je ne le ferai pas....
LE VIEUX MOOR
Quoi, mon ami? Que murmurais-tu là?
LE BRIGAND MOOR
Ton fils.... oui, vieillard.... ( balbutiant ) ton fils.... est.... éternellement perdu.
LE VIEUX MOOR
Éternellement ?
le brigand moor, dans la plus terrible angoisse, levant les yeux au ciel.
Oh! cette fois seulement!... ne laisse pas succomber mon âme.... cette fois seulement soutiens-moi!
LE VIEUX MOOR
Éternellement, dis-tu?
LE BRIGAND MOOR
Ne me demande rien de plus! Éternellement, ai-je dit.
LE VIEUX MOOR
Étranger! étranger! Pourquoi m’as-tu tiré de la tour?
LE BRIGAND MOOR
Mais quoi!... Si maintenant je dérobais sa bénédiction.... si
LES BRIGANDS
je la dérobais'comme un voleur, et si je m’enfuyais bien loin avec ce céleste larcin? La bénédiction paternelle n’est jamais perdue, dit-on.
LE VIEUX MOOR
Et mon Franz perdu aussi ?
le brigand moor se prosterne devant lui.
J'ai brisé les verrous de ta prison.... Donne-moi ta bénédiction.
le vieux moor , avec douleur.
Sauveur du père, te fallait-il donc exterminer le fils?... Vois, la divinité ne se lasse pas dans sa miséricorde , et nous , pauvres vers de terre, nous allons dormir avec notre ressentiment. (Il pose sa main sur la tête du brigand .) Sois heureux , autant que tu seras miséricordieux !
le brigand moor , se levant attendri.
Oh!... où est ma fermeté? Mes fibres se détendent, le poignard m’échappe des mains.
LE VIEUX MOOR
Qu’il est doux de voir des frères habiter ensemble dans la concorde! doux comme la rosée qui tombe d’Hermon sur les montagnes de Sion!... Apprends à mériter cette volupté, jeune homme , et les anges du ciel viendront s’éclairer des rayons de ton auréole. Que ta sagesse soit la sagesse des cheveux blancs, mais que ton cœur.... ton cœur, soit le cœur de l’innocente enfance !
LE BRIGAND MOOR
Oh! un avant-goût de cette volupté. Donne-moi un baiser, divin vieillard.
le vieux moor lui donne un baiser.
Pense que c’est le baiser d’un père , et moi , je penserai que je baise mon fils.... Tu peux donc aussi pleurer?
LE BRIGAND MOOR
Je pensais que c’était le baiser d’un père!... Malheur à moi, s’ils me l'amenaient maintenant!
(Us compagnons de Schweizer arrivent, s'avançant en silence et en deuil, la tête baissée et se cachant le visage.)