‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 102 sur 311 · LE PARTAGE DE LA TERRE · texte numérisé non relu

LE PARTAGE DE LA TERRE

Alors tout ce qui a des mains s’empresse de s’y établir. Jeunes et vieux, tout se remue activement. I.e laboureur saisit les fruits de la terre , le gentilhomme chasse dans la forêt.

Le marchand prend de quoi remplir ses greniers; l’abbé choisit les nobles vins de l’an passé ; le roi met des barrières aux ponts et aux routes et dit : ■ La dîme est à moi. »

Bien tard, quand le partage était fini depuis longtemps, arrive le poète : il venait de fort loin. Hélas! nulle part on ne voyait plus rien , et tout avait son maître.

« Malheur à moi! Seul entre tous, serai-je donc oublié, moi, ton fils le plus fidèle ? » Il exhala ainsi sa plainte à haute voix , et se prosterna devant le trône de Jupiter.

« Si tu t’es arrêté dans le pays des rêves, réplique le dieu, ne t’en prends pas à moi. Où étais-tu donc, lorsqu’on s’est partagé le monde? — J’étais, dit le poète, auprès de toi.

« Mes yeux étaient suspendus à ta face, mon oreille à l’harmonie de ton ciel. Pardonne au génie qui, enivré de ton éclat, a perdu sa part de la terre !

— Que faire? dit Jupiter.... Le monde est donné : l’automne, la chasse, le marché, ne sont plus à moi. Veux-tu vivre avec moi dans mon ciel ? Toutes les fois que tu viendras, il te sera ouvert. »

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