‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 104 sur 311 · PÉGASE SOUS LE JOUG · texte numérisé non relu

PÉGASE SOUS LE JOUG

trouvé! s'écrie Jean. Maintenant, alerte! et attelez-le-moi vite à la charrue avec mon plus fort taureau ! •

Ainsi dit, ainsi fait. On voit i la charrue, ridicule attelage, un bœuf et un cheval ailé. Le griffon se cabre, indigné, et tend les dernières forces de scs muscles pour prendre son ancien essor. C’est en vain; son voisin marche à pas comptés, et il faut que le lier coursier de Phœbus s’accommode à l’allure du taureau, jusqu’à ce qu’épuisée par la longue résistance, la force s’éteint dans tous ses membres : courbé par le chagrin , le noble coursier des dieux tombe sur le sol et se roule dans la poussière.

« Maudit animal ! s’écrie enfin la fureur de .Tean, éclatant tout haut en injures, pendant que les coups pleuvent; tu ne vaux donc rien , même pour labourer. Un fripon m’a trompé , en te vendant à moi. »

Pendant que , dans la rage de sa colère , il brandit encore son fouet , un gai compagnon , agile et de bonne humeur, vient à passer par le chemin. La guitare résonne sous sa main légère et un bandeau d’or s’entrelace élégamment dans les blondes boucles de ses cheveux. « Que veux-tu faire , ami , avec ce couple étrange? crie-t-il de loin au paysan. Cet oiseau et ce bœuf attachés à la même corde ? Je t’en prie , quel attelage ! Veux-tu me confier un instant ton cheval pour l’essayer? Attention, tu vas voir un miracle ! »

Lliippogriffe est dételé, et le jeune homme s’élance en souriant sur son dos. A peine l’animal sent-il la main sûre du maître , qu’il mord , en grinçant , son frein , se cabre , et des éclairs jaillissent de ses yeux animés. Ce n’est plus le même être, c’est un génie, un dieu : il s’élève roy.alement, déploie tout à coup, au souffle de la tempête, la magnificence de ses ailes, se lance bruyamment vers les cieux , et, avant que l’œil puisse le suivre , il disparait dans les hauteurs azurées.

POESIES DÉTACHÉES

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