‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 221 sur 357 · ACTE II , SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE

riaux; faire la partie de cartes du curé’, lire un roman à ma tante; ou, clouée à une vieille épinette, en ràcler pour endormir mon père après une chasse au renard.

sia PÉTRUS.

Je suis charmé que vous ayez si bonne mémoire. Oui, madame, voilà les récréations auxquelles je vous ai arrachée; mais maintenant il vous faut votre carrosse, — votre coupé, — et trois laquais poudrés devant votre chaise à porteur; et dans l'été, une paire du poneys blancs pour vous conduire aux jardins de Kinsington ; oubliant sans doute l’époque où vous vous contentiez de voyager en croupe derrière le maître d’hôtel, sur un vieux cheval de carrosse.

LADY A1GREMONT.

Oh! par exemple, non ; — ceci ne m'est jamais arrivé : je nie le maître d’hôtel et le cheval de carrosse.

SIR PÉTRUS

Telle était votre position, madame ; et qu'ai-je fait pour vous? J'ai fait de vous une dame fashionablc, riche, distinguée; enfin, j'ai fait de vous ma femme.

LADY AIGREMONT

Fort bien; pour ajouter à ma reconnaissance, il ne vous reste plus qu’une chose à faire de moi. —

SIR PÉTRUS

Une veuve, sans doute?

LADY AIGREMOMT, toussant.

Hum ! hum !

SIR PÉTRUS

Je vous remercie, madame; mais renoncez à cet espoir; votre conduite répréhensible pourra me causer du tourment ; mais elle ne me fera pas mourir de chagrin, croyez-moi ; toutefois l'avis est bon, et je vous en sais gré.

LADY AIGRKMONT.

Pourquoi aussi vous appliquez-vous à vous rendre désagréable à mes yeux, et à me contrarier pour la plus petite dépense fashionable?

SIR TÉTRUS.

Par la sangbleu, madame, je vous le demande, aviez-vous aucune de ces petites dépenses fashionables quand vous m’avez épousé ?

1 II y » liant le toile : jouer avec le curé le jeu de la papesie Jeanne. C’csl un jeu de cartes qui se joue en famille.

LADY AIGREMONT

Mon Dieu, sir Pétrus, voudriez-vous me voir en dehors de la bonne compagnie?

SIR PÉTRUS

I,a bonne compagnie, vraiment! Qu’aviez-vous de commun avec la bonne compagnie quand vous m'avez épousé?

LADY A IG R KM ONT

Pour moi, il me semble qu'il ne peut être que flatteur pour vous de voir à votre femme la réputation d'une personne pleine de goût.

SIR PÉTRUS

Allons, nous y voilà encore, — le goût. — Peste, madame! vous n'aviez point de goût quand vous m’avez épousé.

LADY AIGRF.MONT.

C’est très-vrai, sir Pétrus; et j’avoue qu’après vous avoir épousé, je devrais ne plus afficher la moindre prétention en matière de goût. Mais, sir Pétrus, maintenant que nous avons terminé notre chamaillerie quotidienne, vous trouverez bon, je pense, que je me rende chez lady Daubcncour, à qui j’ai promis.

SIR PÉTRUS

Oui, voilà encore une circonstance admirable; — vous avez là un joli cercle de connaissances, ma foi 1

LADY AIGREMONT

Mais, sir Pétrus, ce sont tous gens distingués et riches, et qui tiennent beaucoup à la réputation.

SIR PÉTRUS

Oui, parbleu, ils tiennent diablement à la réputation ; car ils ne souffrent pas que d’autres qu’eux en aient une! — Quelle clique! Ah! plus d'un misérable a été traîné sur la claie, qui avait causé moins de mal que ces colporteur^ de faux bruits, ces faux monnoyeurs de médisance, ces rogneurs de réputation.

LADY AIGREMONT

Eh quoi! voulez-vous donc interdire la liberté de la parole?

SIR PÉTRUS

Ah ! ils vous ont rendue tout aussi perverse qu'aucun des membres de leur coterie.

LADY AIGREMONT

Je me flatte de m'en acquitter pour ma part avec une grâce passable.

sin PÉTRUS..

Une grâce, vraiment!

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