ACTE 11, SCÈNE III
SIIl OLIVIER.
Et j’en ai eu ma part. — Mais quoi! je vous trouve marié, mon vieil ami! — Bien, bien, — il n'y a plus de remède, — recevez donc mes félicitations cordiales.
Merci, merci, sir Olivier, — Oui, je suis entré dans cette condition fortunée; — mais nous parlerons de cela une autre fois.
SIR OLIVIER
Sans doute, sans doute, sir Pétrus ; la conversation de vieux amis qui se revoient ne doit pas commencer par des jérémiades; — non, non, non.
rollet, bas à sir Olivier.
Prenez garde, monsieur, je vous prie.
SIR OLIVIER
Eh bien donc, j'apprends que l'un de mes neveux est une tête folle.
SIR PÉTRUS
Une tête folle! — Ah! mon vieil ami, vous allez être de ce côté-là bien douloureusement déçu ; c’est un jeune homme perdu sans ressources. Mais son frère vous dédommagera: Joseph est véritablement ce que doit être un jeune homme. 11 n’est personne qui n’en dise du bien.
sir olivier.
Je suis fâché d’apprendre cela : il a trop bonne réputation pour être un honnête homme. Tout le monde dit du bien de lui ! — Baste ! c’est qu’alors il aura rendu aux méchans et aux sots le même hommage qu’à l'honnête dignité du génie et de la vertu.
SIR PÉTRUS
Quoi donc, sir Olivier, le blàmez-vous de ne pas se faire des ennemis ?
sir olivier.
Oui, il a assez de mérite pour en avoir.
Allons, allons, — vous serez convaincu quand vous le connaîtrez; rien d’édifiant comme de l’entendre converser; il pro fesse les plus nobles scnlimens.
sir olivier.
Au diable ses sentimens ! S’il m’aborde avec une tirade de morale, il me fera sur-le-champ mal au cœur. — Toutefois, sir Pétrus, comprenez-moi bien, je ne prétends pas justifier les erpuirs de Charles; mais avant de me former une opinion arrêtée
sur les deux frères, je me propose de mettre leurs cœurs à l’épreuve. L’ami Rollet et moi, nous avons conçu un plan dans ce but.
ROLLET
Et cette fois du moins, sir Pétrus reconnaîtra qu’il s’est trompé.
SIR PÉTRUS
Je vous garantis les sentimens honorables de Joseph.
SIR OLIVIER
Allons, maintenant, venez nous donner. une bouteille de bon vin. Nous boirons à la santé de nos jeunes gens, et nous vous ferons part de notre plan.
SIR PÉTRUS
Eh bien, allons !
SIR OLIVIER
Croyez-moi, sir Pétrus, ne soyez pas trop rigoureux pour le fils de votre vieil ami. Morbleu, je ne suis pas fâché qu’il se soit un peu écarté du droit chemin ; pour ma part, je n’aime pas à voir la prudence s’attacher aux verts rameaux de la jeunesse ; c’est comme le lierre autour d’un jeune arbre : elle nuit à sa croissance.
lit sortent.