SCÈNE I
Une autre partie de la plaine dans le voisinage du camp.
, Arrive NELLY, parlant à la cantonade.
KELLY
William , vous lui parlerez une autre fois. — Rien ne pouvait arriver plus à propos; toutefois il faut que j’obéisse aux instructions de mylady, et que je lui laisse tout ignorer jusqu’au moment de la reconnaissance.— Le pauvre garçon! je regrette de le laisser dans cet état, lorsqu’il suffirait d'un mot de moi pour le mettre au comble du bonheur.
Arrive WILLIAM.
WILLIAM
Je suis fâché, Nelly, de vous avoir fait attendre; mais c’était un vieux camarade.
KELLY
Quelqu’un qui arrive de SufTolk sans doute , et qui vous apporte des nouvelles de votre chère Ninette.
LE CAMP
WILLIAM
Plût au ciel! il est étonnant que je n’aie pas reçu de ses nouvelles.
NELLY
Étonnant! pas lemoinsdu monde. Elle aura sans doute changé d'idée.
WILLIAM
Non, Nelly, c'est impossible. Vous penseriez comme moi si vous l'aviez entendue m’engager sa foi, et me jurer que, malgré l’hostilité de ses parens contre moi, la mort seule pourrait empêcher notre union.
NELLY
Oh ! je vous demande pardon : si son père et sa mère sont contre vous, vous ne devez plus douter de sa constance. Mais voyons, chassez la tristesse; restez à proximité de l’auberge, et peut-être serai-je bientôt à même de vous apporter de ses nou- Yelles. . *
WILLIAM. K
Comment cela, ma chère Nelly ?
NELLY
Ce n’est pas que je ne vous trouve bien sot de vous tourmenter ainsi ; car, en supposant même que Ninetle eût poussé l’attachement pour vous jusqu’à vouloir porter votre havresàc, il eût été très-imprudent à vous de le lui permettre.
WILLIAM
Oui, mais la prudence, vous le savez, n’est pas la vertu d’un soldat '.notre devoir est de mépriser la vie, et, à plus forte raison, ses conforts. Montrez-moi dans le régiment un jeune gaillard qui, aimé d’une jeune et vertueuse fille, hésiterait à l’épouser, faute d’un peu de fortune, et je demanderai qu’on le fasse passer par les verges pour lui apprendre à vivre.
NELLY
Tout cela est bel et bon; mais ne faudra-t-il pas que la pauvre enfant partage toutes vos fatigues et tous vos dangers?
WILLIAM
Voilà une objection grave, je l’avoue; mais ces maux, la tendresse et l’affection peuvent les adoucir. Que ma Ninette consente à en faire l’épreuve, et si je ne puis lui épargner toutes les fatigues, je suis sûr que mon afTection les lui fera oublier. Plût à Dieu que j’eusse le bonheur de lui voir faire cette expérience!