PROLOGUE
Entre l'N AVOCAT , suivi d UN AVOUÉ , qui loi remet un papier.
l’avocat.
Qu*est-cc que cela? quel griffonnage 1 je ne saurais lire sans luneltes.
l’avoué, fl part.
Il veut dire sans honoraires.- ( Haut .) Monsieur l’avocat, essayez de nouveau, je vous prie.
Il lui donne de l'argent.
l’avocat.
Maintenant l'Écriture me semble meilleure. — ( ■L'avoué lui donne encore de l argent.) Oh! voila qu elle est passablement lisible. Qu’cst-ce que cela veut dire, monsieur Dibble? Cela ne saurait être. Un plaidoyer pour un poète! un poète et des honoraires! v
l’avoué.
Oui, monsieur, quoique je sois bien persuadé que, même gratuitement, vous plaideriez pour la Muse avec empressement.
l’avocat.
C’est selon ! c’est selon !
l'avoué.
Et si cette gratification vous fâche, c’est sur moi seul que doit tomber votre colère.
l’avocat.
Mon cher Dibble, il n’y a rien là qui puisse me fâcher. l’avoué.
On rencontre par-ci par-là un fils de Phébus dans les cours de justice.
l’avocat.
On en rencontre cinquante dans la prison pour dettes. l’avoué.
Et il n’en plaide pas plus mal, l'avocat qui entremêle quelques feuilles de laurier à sa perruque légale1.
l’avocat.
C’est ainsi que sur la tête des héros qui servent d’enseignes, des palmes triomphales surmontent une énorme chevelure. Toutefois, dites à votre client que dans les mauvais jours cette perruque tient plus chaud qu’une couronne de lauriers.
l’avoué.
Veuillez donc représenter mon client; déployez l’ampleur de votre robe et de votre chicane. Donnez à votre physionomie ce jeu puissant et animé, cette grâce timide et modeste qui vous distingue; entrez en lice devant la cour, et prodiguez les trésors de votre éloquence.
11 sort
l’avocat, seul.
Préparons un peu notre plaidoyer, — en nous aidant de ce papier,— moi, l’avocat Woodward, — que le poète a choisi pour son défenseur. Je connais le terrain : je sais combien c’est une rude tâche que d’avoir affaire à ce redoutable tribunal dont les arrêts sont sans appel : il n’y a pas moyen ici de recourir au* subtilités légales pour émousser le tranchant de la loi, et d'échapper par des arguties aux condamnations de la justice* une fois le jugement rendu, la sentence est irrévocable, et à Drury-Lane 2 on ne connaît pas les appels comme d’abus. — ( S'adressant aux
•Une énorme perruque fait partie «lu costume légal prescrit au barreau britannique. * L’un des deux théâtres de Londres.