‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 103 sur 126 · Éthiiiue, partie 3, Scholie de la Proposition · texte numérisé non relu

Éthiiiue, partie 3, Scholie de la Proposition

366 TRA1T< POLITIQtS.

corps entier de TÉtat s'appelle cité et les affaires communes de rÉtat, celles qui dépendent du chef du gouvernement, constitueut la république. Nous appelons lès membres de TÉtat citoyens en tant qu'ils jouissent de tous les avantages de la cité, et sujets en tant qu'ils sont tenus d'obéir aux institutions et aux lois. Enfin il y a trois sortes d'ordres civils, la démocratie^ Varistocratie et la monarchie (comme nous l'avons dit au chapitre précédent, article i7 ). Avant de traiter de chacune de ces formes politiques en particulier, je commencerai par établir les principes qui concernent l'ordre civil en général, et avant tout je parlerai du droit suprême de VÉtat ou du droit des pouvoirs souverains.

2. Il est évident par l'article 15 du chapitre précédent que le droit de l'État ou des pouvoirs souverains n'est autre chose que le droit naturel lui-même, en tant qu'il est déterminé, non pas par la puissance de chaque individu, mais par celle de la multitude agissant comme avec une seule âme ; en d'autres termes, le droit du souverain, comme celui de l'individu dans l'état de nature , se mesure sur sa puissance. D'où il suit que chaque citoyen ou sujet a d'autant moins de droit que l'État tout entier a plus de puissance que lui (voyez l'article 16 du chapitre précédent), et par conséquent chaque citoyen n'a droit

V qu'à ce qui lui est garanti par l'État.

3. Supposez que l'État accorde à un particulier le droit de vivre à sa guise et conséquemment qu'il lui en donne la puissance (car autrement, en vertu de l'article 12 du précédent chapitre, il ne lui donnerait que des paroles), par cela même il cède quelque chose de son propre droit et le transporte au particulier dont il s'agit. Mais supposez qu'il accorde ce môme c[roit à deux particuliers ou à un plus grand nombre, par cela môme l'État est divisé ; et si enfin vous admettez que l'État donne ce pouvoir à tous les particuliers, voilà l'État détruit et l'on revient à la condition naturelle : toutes conséquences qui résultent manifestement de ce qui précède. Il suit delàqu'onne peut

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concevoir en aucune façon qu*il soit permis légalement à chaque citoyen de vivreà sa guise, et par suite, ce droit naturel en vertu duquel chaque individu est son juge à lui-même cesse nécessairement dans Tordre social. Re*marquez que j'ai parlé eipressément dhine permission légale ; car, à y bien regarder, le droit naturel de chacun ne cesse pas absolument dans Tordre social. L'homme, en effet, dans Tordre social comme dans Tordre naturel^ agit d'après les lois de sa nature et cherche son intérêt ; la principale différence , c'est que dans Tordre social tous craignent les mêmes maux et il y a pour tous un seul et même principe de sécurité, une seule et même manière ' de vivre, ce qui n'enlève certainement pas à chaque individu la faculté de juger. Car celui qui se détermine à obéir à tous les ordres de TÉtat^ soit par crainte de sa puissance, soit par amour de la tranquillité, celui-là, sans contredit, pourvoit comme il Tentend à sa sécurité et à son intérêt.

4. Nous ne pouvons non plus concevoir qu'il soît permis à chaque citoyen dlnterpréter les décrets et les lois de TÉtat. Si, en effet, on lui accordait ce droit, il serait alors son propre juge à lui-même , puisqu'il pourrait sans peine revêtir ses actions d'une apparence légale, et par conséquent vivre entièrement à sa guise , ce qui est absurde ( par Tarlicle précédent ).

5. Nous voyons donc que chaque citoyen, loin d'être son maître, relève de TÉtat, dont il est obligé d'exécuter tous les ordres, et qu'il n'a aucun droit de décider ce qui est juste ou injuste , pieux ou impie ; mais au contraire le corps de TÉtat devant agir comme par une seule âme, et en conséquence la volonté de TÉtat devant être tenue pour la volonté de tous , ce que TÉtat déclare juste et bon on le doit considérer comme dédaré tel par chacun. D'où il suit qu'alors même qu'un sujet estimerait iniques les décrets de TÉtat, il n'en serait pas moins tenu de les . exécuter.

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