‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 28 sur 126 · LA VIE DE SPINOZA. XXXVII · texte numérisé non relu

LA VIE DE SPINOZA. XXXVII

dii suc de mandragore tout prêt, dont il usa quand il sentitupprocher la mort ; qu'ayant ensuite tiré les rideaux de son lit, il perdit tpute connais?an€c, étaut tombé dans uu profond sommeil» et que ce fut ainsi qu*ii passa de cette vie à l'éternité ; 5** enfin qu'il avait défendu expressément de laisser entrer qui que ce fût dans sa chambre lorsqu'il approcherait de sa fin ; comme aussi que , se yoyant à l'extrémité, il avait fait appeler son hôtesse et l'avait priée d'empôcher qu'aucun ministre ne le vint voir, parce qu'il voulait, disait-il, mourir paisiblement et sans dispute, etc.

J'ai recherché soigneusement la vérité de tous ces faits, et demandé plusieurs fois à son hôte et à sou hôtesse» qui vivent encore à présent, ce qu'ils en savaient; mais ils m'ont répondu constamment l'un et l'autre qu'ils n'en avaient pas la moindre connais" sance , et qu'ils étaient persuadés que toutes ces particularités étaient autant de mensonges, car jamais il ne leur a défendu d'admettre qui que ce fût qui souhaitât de le voir. D'ailleurs, lorsque sa fin approcha , il n'y avait dans sa chambre que le seul médecin d'Amsterdam que j'ai désigné ; personne n'a ouï les paroles qu'on prétend qu'il a proférées : 0 Dieu , aie pitié de moi misérable pé^ eheur! el il n'y a pas d'apparence non plus qu'elles soient sorties de sa bouche, puisqu'il ne croyait pas être si près de sa fin, et ceux du logis n'en avaient pas la moindre pensée. Et il ne gardait point le lit pendant sa maladie ; car, le matin même du jour qu'il expira , il était encore descendu de sa chambre en bas comme nous l'avons remarqué; sa chambre était celle de devant où il couchait dans un lit construit à la mode du pays, et qu on appelle bedstede. Qu'il ait chargé son hôtesse de renvoyer les ministres qui pourraient se présenter, ou qu'il ait invoqué le nom de Dieu pendant sa maladie , c'est ce que ni elle , ni ceux du logis n'ont point oui , et dont ils n'ont nulle co;nnaissance. Ce qui leur persuade le contraire, c'est que depuis qu'il était tombé en langueur il avait tonjours marqué, dans les maux qu'il souffrait, une fermeté vraiment sfoïque, jusqu'à réprimander les autres lui -m ôtoe» lorsqu'il leur arrivait de se plaindre et de témoigner dans leurs maladies peu de courage ou trop de sensibilité.

Enfin, à l'égard du suc de mandragore, dont on dit qu'il usa

étant à l'extrémité , ce qui lui fit perdre toute connaissance, c'est

encore une particularité entièrement inconnue à ceux du logis.

£t cependant c'était eux aui lui préparaient tout ce dont il avait

lU d

XXXYIIÎ lA VIE DE SPINOZA.

besoin pcm son boire et manger, aussi bien que les remèdes qu*îl prenait de temps en temps. Il n-est pas non plus tait mention de cette drogue dans le mémoire de Tapothicaire , qui pourtant fat le même chez qui le médecin d'Amsterdam euYoya prendre les remèdes dont Spinoza eut besoin les derniers jours de sa yie.

Après la mort de Spinoza , son hôte prit soin de le faire enterrer. Jean Rieuwertz , imprimeur de la Tille à Amsterdam , Ten arait prié , et lui avait promis en même temps de le faire rembourser de toute la dépense , dont il voulait bien être caution. La lettre qu'il joi écrivit fort au long à ce sujet est datée d'Amsterdam , du 6 mars 1678. Il n'oublie pas d'y faire mention de cet ami de Schiedam dont nous avons parlé ci-dessus, qui , pour montrer combien la mémoire de Spinoza lui était chère et précieuse, payait exactement tout ce que Van der Spyck pouvait encore prétendre de son défunt hôte. La somme à quoi ses prétentions pouvaient monter lui en était en même temps remise comme Rieuwerta lui-même r«vait touchée par l'ordre de son ami.

Gomme on se disposait à mettre le corps de Spinoza en terre , un apothicaire nommé Schroderymit opposition et prétendit auparavant être payé de quelques médicaments qu'il avait fournis an défunt pendant sa maladie. Son mémoire se montait à seize florins et deux sous j je trouve qu'on y porte en compte de la teinture de safran^ du baume, des poudres, eto, ; mais on n'y fait aucune mention ni d'opium, ni de mandragore. L'opposition fut levée aussitôt, et le compte payé par le sieur Van der Spyck.

Le corps fiit porté en terre le 25 février, accompagné de plusieurs personnes illustres et suivi de six carrosses. Au retour de l'enterrement, qui se fit dans la nouvelle église sur le Spuy, les amis particuliers ou voisins furent régalés de quelques bouteilles de vin, selon la coutume du pays, dans la maison de l'hôte du défunt.

Je remarquerai , en passant , que le barbier de Spinoza donna , après sa mort, un mémoire conçu en ces termes : M. Spinoza, àe bienheureuse mémoire ^ doit à Abraham Kervel, chirurgien, pour l'avoir rasé pendant le dernier quartier, la somme d'un florin dix-? huit sous. Le prieur d'enterrement et deux taillandiers firent au défunt un pareil compliment dans leurs mémoires, aussi bien que le mercier qui fournit des gants pour le deuil de l'enterrement.

SI ces bonnes gens avaient eu ^Is étaient les principes de Spi«

lA VIË DB SPINOZA. IXXIX

no2a en fkit de reli|ioB » il y a apparence qu'ils ne se fassent pas ainsi joués du terme de bienheureuo! qu'ils employaient; ouestHîe qu'ils s*en sont servis selon le train ordinaire ^ q^ souffre quelquefois labus qu'on fait de saublables expressions à Tégard même de personnes mortes dans le désespoir ou dans Timpénitence finale?

Spinoza étant enterré, son hôte fit faire l'inventaire des biens meubles qu'il avait laissés. Le notaire qu'il employa donna un compte de ses vacations en cette forme : t Guillaume van den Hove, c notaire, pour avoir travaillé à l'inventaire des meubles et efllets c du feu sieur Benott de Spinozak.» » Ses ssdaires se montent à lu somme de dix-sept florins et huit sous; plus bas il reconnaît avoir été payé de cette somme > le II novembre 1677.

Rébecca de Spinoza, sœur du défunt , te poHa pour sen héritière , et en passa sa déclaration à la maison où il était mort. Cependant, comme elle refusait de payer préalablement les frais de l'enterrement et quelques dettes dont la succession était chargée , le ^ieur Van der Spyck lui en fit parler à Amsterdam , et la fit sommer d'y satisfaire, par Robert Schmeding^ porteur de sa procuration. Libertus Lœf fut le notaire qui dressa cet acte et le signa, le 30 mars 1677. Mais, avant de rien payer, elle voulait voir clair et savoir si , les dettes et charges payées, il lui reviendrait quelque chose de la succession de son frère. Pendant qu'elle délibérait. Van der Spyck se fit autoriser par justice à faire vendre publique» ment les biens et meubles en question, ce qui fut aussi exécuté; et les deniers provenant de la vendue étant consignés au lieu ordinaire, la sœur de Spinoza fit arrêt dessus; mais voyant qu'après, le payement des frais et charges il ne restait que peu de chose ou rien du tout, elle se désista de son opposition et de toutes ses prétentions. Le procureur Jean Lukkas, qui servit Van der Spyck en cette affaire, lui porta en compte la somme de trente-trois florins seize sous, dont il donna sa quittance datée du l*' juin 1678. La vendue desdits meubles avait été faite ici à la Haye, dès le 4 novembre 1 677, par Rykus van Stralen , crieur juré , comme il parait par le compte qu'il en rendit daté du même jour.

11 ne faut que jeter les yeux sur ce compte pour juger aussitôt que c'était l'inventaire d'un vrai philosophe; ou n'y trouve que quelques livrets, quelques tailles-douces ou estampes, quelques morceaux de verres polis, des instruments pour les polir, etc. |

Par les bardes qui ont servi à son usage^ on voit encore combien

Page 1