Théophraste
LIV APPfiNDI€;£.
ëes entretiens un air si engageant et des eompanitoiis «i jvntes , qu'il faisait insensiblement tomber tént ïe monde dans «m «H^nioii. Il était persuasif, quoiqu'il n'affectât de parler ni poHment, ni élégamment. Il se rendait si intelligible et son discours était si rempli de bon sens , que personne ne l'entendait qni n'en demeurât flatftfait.
Ces beaux talents attiraient chez lai tontes tes pel*sonnes raisbnnables, et en quelque temps que ce fâi^ on te tronvait tobjomn d'une humeur égale et agréabte. De tous ceux qui le fréquentaiclit^ H n'y en avait point qui ne lid témotgUaèsent une amitié p«rtieulièi« ; mais comme il n'est rien de fA caché qu^ le eenir ût l'hMittttv on a vn par .la suite que la plupart de ces amitiés étaSeni fdatesv c«ax qui lui étaient les plus rede?2d)le8 l'ayant traité, sans ancUn fiii|et ni apparent ni véritable, de la manière du monde la plus ingrate.
Ces faux amis, qui l'adoraient en appai^eoice, fe dédiiraieni bous main, soit pour feire leur comr aux pUisssàwM qui n'atment pus les g«is d'écrit, sÀ pour acquérir de la réputation en le chicanant.
tin jour^ il apprit qu'un de ses plus grands admirateurs f&chait de soulever le peuple et les magistrats contre loi; il réi^ondit sans ém»tion : Ce n'est pas d'aujourd'hui que la vérité ooâte cher, ce ne sera pas la médisaBce qui me la fera id)andonner. le vo^ruls bien savoir si l'on a jamais vu plus de fermeté, ni une vertu plus épurée; sifamaU aucun de ses ennemis a rien fait qui approche d'une telle modération. Biais je vois bi<m que son malheur était d^ètre trop lion et trop éclairé.
11 a découvert à fout le monde ce qu'on voulait tenir caché, il a trouvé la clef du sanctuaire *, où l'on ne voyait avant lui que de vains mystères. Voilà pourquoi tout homme de bien qu'il était, il n'a pu vivre en sûreté.
Encore que notre philosophe ne fût pas de ces gens sévères qui consMèrenl le mâTiage comme un empêchement aux exercices de l'esprit, îl ne s'y engagea pourtant pas, soit qu'il craignît la mauvaise humeur d'une femme, soit quil se fût donné tout entier à la philosophie et à l'amour de la vérité.
Outre qu'il n'était pas d'une cottipîexîoft fort robuste, èa grande applictlion aidait encore à ràffàiblir; et comme il n'y a rien qui dessèche tant que les veilles, ses incommodités élaient devenues presque continuelles par la malignité d'une petite fièvre lente qu'il avail contractée dans ses méditations. Si bien qu'après avoir langui lès dernières ànifiées de sa vie, il là Unit au milieu de sa course. Ainsi il a vécu quarante-efnq ans on environ, étant né l'an mil six cent irenle-àcux, et ayant cessé de vivre le vingt et unième de février de Vantiée mil Six cent septante-sept.
n était d'une taîlle médiocre; 11 avait les traits du visage bien proportionnés, là peau fort brune, les cheveux iioirs et firisés, les sourcils
1 . Aiiusioa au Tractatus theoiogico-politi^is, qui a été traduit ea frauçais sou^
le titre de la Clef du sanctuair$*