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pas non pins la croyance anx récits historiques^ si légi^| time qu'elle soit, qui peut nous donner la connaissance de Dieu, ni par conséquent Tamour de Dieu, qui en tire son origine; cette connaissance, nous la puisons dans les notions universelles qui se révèlent par elles-mêmes et emportent une certitude immédiate ; tant il est vrai que la croyance aux récits historiques n'est pas une condition nécessaire pour parvenir au souverain bien. Toutefois, bien que les récits historiques soient incapables de nous donner la connaissance et l'amour de Dieu, je ne nie point que la lecture de ces récits ne nous soit trèsutile dans la vie sociale. Plus en effet nous observons, et mieux nous connaissons les mœurs des hommes, que rien ne nous dévoile plus sûrement que leurs actions, plus il nous est facile de vivre en sûreté dans leur commerce, et d'accommoder notre vie et notre conduite à leur génie, autant qu'il est raisonnable de le faire, 3° Nous voyons aussi que cette loi divine naturelle ne nous demande pas de cérémonies, c'est-à-dire cette sorte d'actions, de soi indifférentes, et qu'on n'appelle bonnes qu'à la suite d'une institution, ou si l'on veut, qui représentent un certain bien nécessaire au salut, ou enfin, si l'on aime mieux, dont la raison surpasse la portée de l'esprit' humain. Car la lumière" naturelle n'exige rien de nous qu'elle ne soit capable de nous faire comprendre et qu'elle ne nous montre clairement comme bon en soi oti comme moyen d'atteindre à la béatitude. Et quant aux actions qui ne sont bonnes que par le fait d'une institution qui nous les impose, ou en tant que symboles de quelque bien réel, elles sont incapables de perfectionner notre entendement; ce ne sont que de vaines ombres, qu'on ne peiit mettre au rang des actions véritablement excellentes, de ces actions filles de l'entendement, qui sont comme les fruits naturels d'une âme saine. Mais il est inutile d'insister plus longuement sur ce point. 4® Nous voyons enfin que le prix d'avoir observé la ïoi divinç, c'est cette Ici elle-même, savoir : de connaître
Dieu et de Taîmer d'une âme vraiment libre , d'un amour pur et durable ; le châtiment de ceux qui violent cette loi, c'est la privation de ces biens, la servitude de la chair, et une âme toujours changeante et toujours troublée.
Ces quatre points bien établis, nous avons à résoudre les questions suivantes. 1® Pouvons-nous, par la lumière naturelle, concevoir Dieu comme un législateur, ou comme un prince qui prescrit aux hommes certaines lois î 2® Qu'enseigne l'Écriture sainte touchant la lumière et la loi naturelles ? 3<» Pour quelle fin a-t-on institué autrefois des cérémonies religieuses? 4® A quoi sert de connîdtre . l'histoire sacré et d'y croire? Nous traiterons la première et la seconde de ces questions dans le présent chapitre , les deux autres dans le suivant.
Il est aisé de résoudre la première de ces questions en considérant la nature de la volonté de Dieu, laquelle ne se distingue de son intelligence qu'au regard de l'esprit humain : en d'autres termes , la volonté de Dieu et son entendement ne sont qu'une seule et même chose ', et toute la distinction qu'on y établit vient des idées que nous nous formons de l'entendement divin-Par exemple, quand nous ne sommes attentifs qu'à ce seul point, savoir : que la nature du triangle est contenue de toute éternité dans la nature divine, à titre de vérité éternelle, nous disons alors que Dieu à l'idée du triangle^ ou bien qu'il entend la nature du triangle ; mais si nous venons à concevoir que la nature du triangle est ainsi contenue dans la nature divine par la seule nécessité de la nature divine, et non par la nécessité de l'essence et de la nature du triangle ; bien plus encore , si nous considérons que la nécessité de l'essence et des propriétés du triangle, prises comme des vérités éternelles , dépend de la seule nécessité de la nature et de l'entendement divin, et non
i. Voyez Éthique^ part. 1, Propos, 32 et ses CorolU; part. S, Propos. 49 à^ea son CoroU. et son Schol.
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de la nature du triangle, il arrive alors qne, ce que nous appelions entendement de Dieu, nons l'appelons volonté divine ou déor et divin. Ainsi donc, dire que Dieu a voulu que la somme des angles d'un triangle fût égale à deux droits, ou dire que Dieu a pensé cela, c'est, au regard de Dieu, une seule et môme chose. D'où il suit que les affirmations et les négations de Dfeu enveloppent toujours une nécessité ou une vérité étemelles. Si, par exemple, Dieu avait dit à Adam : Je ne veux pas que vous mangiez du fruit de l'arbre du bien et du mal , il impliquerait contradiction qu'Adam pût manger de ce fruit; et il serait par conséquent impossible qu'il en eût mangé, le décret de Dieu enveloppant une nécessité et une vérité étemelles. Cependant, suivant le récit de l'Écriture, Dîen fit à Adam cette défense, et Adam ne laissa pas de man« ger du fruit défendu. Il faut donc entendre de toute nécessité que Dieu révéla seulement à Adam le mal qu'il aurait à souffrir s'il mangeait du fruit de cet arbre, sans lui faire connaître qu'il était nécessaire que ce mal fûtla suite de son action. D'où il arriva qu'Adam comprit cette révélation, non pascommevérité étemelle et nécessaire, mais comme une loi, je veux dire comme un commandement, suivi de récompense ou de punition, non par la nécessité même et la nature de l'acte accompli, mais seulement par le vouloir d'un prince et par son autorité absolue. Par conséquent cette révélation n'eut le caractère d'une loi, et Dieu ne fut semblable à un législateur ou à un prince qu'au regard d'Adam et par l'imperfection et le défaut de sa connaissance. Ce fut encore par cette même raison, je veux dire par défaut de connaissaace, que le Décalogue eut, aux yeux des Hébreux, le crractère d'une loi. Ne connaissant pas en effet l'existence de Dieu , à titre d'éternelle vérité, ils durent considérer j comme des lois ces paroles du Décalogue : qu'il existe ^un Dieu et qu'il ne faut adorer que lui seul. Si au contraire Dieu leur eût parlé directement et sans aucun intermédiaire corporel , les préceptes du Décalogue eus-
sent été pour eux, non des lois, mais des vérités éternelles. Ce que nous disons ici des Israélites et d'Adam, il faut le dire également de tous les prophètes qui écrivirent des lois au nom de Dieu ; ils ne concevaient pas les décrets de Dieu comme des vérités éternelles, parce qu'ils n'en avaient pas une connaissance adéquate. Je prendrai pour exemple Moïse lui-même. Il comprit à la vérité, par la révélation qui lui fut faite, quel était le moyen qu'il fallait employer pour donner au peuple Israélite la plus parfaite union en le conduisant dans une certaine région du monde, et pour constituer ainsi une société indépendante et un empire ; il comprit aussi ce qu'il convenait de faire pour contraindre le plus sûrement ce peuple à l'obéissance; mais ce qu'il ne comprit pas, ce qui ne lui fut pas révélé, c'est que les moyens dont il se servait étaient les meilleurs qu'il pût prendre ; c'est que, le peuple une fois soumis à l'obéissance dans la contrée où il l'avait conduit, le but que poursuivaient les Hébreux serait atteint. Voilà pourquoi il comprit toutes ces choses, non pas comme des vérités éternelles, mais comme des préceptes et des commandements. Voilà aussi pourquoi il les prescrivit comme des lois de Dieu, et par suite se représenta Dieu comme un chef, un législateur, un roi, bien que tous ces attributs n'appartiennent qu'à la seule nature humaine et soient bien éloignés de la divine.
Je dis donc qu'il faut entendre de la sorte tous les prophètes qui ont prescrit des lois au nom de Dieu ; mais tout ceci n'est point applicable au Christ. Il faut admettre en effet que le Christ, bien qu'il paraisse, lui aussi, avoir prescrit des lois au nom de Dieu, comprenait les choses dans leur vérité d'une manière adéquate. Car le Christ a moins été un prophète que la bouche même de Dieu, C'e^ par l'âme du Christ (nous l'avons prouvé au ï chap. 1*^) que Dieu a révélé au genre humain certaines vérités, comme il avait fait auparavant aux Juifs par l'intermédiaire des angesy par une vgix créée, par des 4^
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sions, etc. Et il serait aussi déraisonnable de prétendre que Dieu accommoda ses révélations aux opinions du Christ, que de soutenir que dans les révélations anté* rieures accordées aux prophètes il accommoda sa parole aux opinions des anges qui lui servaient d'intermédiaires, c'est-à-dire aux opinions d'une voix créée ou d'une vision, ce qui est bien la chose du monde la plus absurde. Ajou tez à cela que le Christ n'a pas été envoyé pour les seuls Hébreux, mais bien pour tout le genre humain ; d'où il suit qu'il ne suffisait pas d'accommoder ses pensées aux opinions des Juifs, il fallait les approprier aux opinions et aux principes qui sont communs à tout le genre humain, en d'autres termes, auk notions universelles et vraies. Maintenant que peut-on entendre en disant que Dieu s'est révélé au Christ oii à l'âme du Christ d'une façon immédiate, et non pas, comme il faisait aux prophètes, par des paroles et des images, sinon que le Christ a conçu les choses révélées dans leur vérité, ou autrement, qu'il les a comprises ? Car comprendre une chose, c'est la concevoir par la seule force de l'esprit pur, sans paroles et sans images.
C'est donc un principe bien établi que Jésus-Christ a conçu la révélation divine en elle-même et d'une manière adéquate. Maintenant, pourquoi l'à-t-il présentée sous la forme d'une loi? Je réponds que c'a été pour se proportionner à l'ignorance et à la grossièreté du peuple. Et en agissant ainsi, Jésus-Christ a rempli le rôle de Dieu, puisque, à l'exemple de Dieu, il s'est mis à la portée du vulgaire. Aussi l'on peut remarquer qu'il s'exprime 2n général d'une manière obscure, quoique un peu plus | claire que celle des prophètes, et qu'il expose les choses révélées sous forme de paraboles, surtout quand il s'adresse à cette sorte d'hommes (voyez Matthieu^ chap. xiii, vers. 18 et suiv.) à qui il n'était point donné encore de , comprendre le royaume des cieux; et il ne faut pas don- ' ter qu'en s'adressant à ceux qui étaient capables de comprendre les mystères célestes, il ne leur ait enseigné
les choses révélées, non comme des lois, mais comme des vérités éternelles. C'est en ce sens qu'il les délivra de la servitude de la loi, et qu'en même temps il la confirma et rétablit plus pfofondément dans leurs cœurs. J'entends de cette façon plusieurs passages de Paul, notamment dans VEpître aux Romains^ chap. vii, vers, 6, et chap. m, vers. 28. Je conviens qu'il ne s'y explique pas ouvertement, et, comme il dit lui-môme («Wd., chap. m, vers. 5, et chap. vi, vers. 19), il parle de ces choses à la manière des hommes. Aussi, quand il donne à Dieu le nom de juste, il marque expressément que c'est là une expression tout humaine ; et c'est encore sans doute à cause de l'infirmité de la chair qu'il représente Dieu comme miséricordieux, débonnaire, irrité, etc. Il est évident qu'en tous ces endroits il met son langage à la portée du vulgaire, et, comme il dit encore lui-même {EpU tre P"" aux Corinthiens y chap. iii, vers. 1, 2), des hommes charnels. La preuve, c'est que dans VÉpître aux Romains (chap, IX, vers. 18) il enseigne formellement que la colère de Dieu et sa miséricorde ne dépendent point des œuvres de l'homme, mais de la seule vocation de Dieu, c'est-à-dire de sa seule volonté ; et plus haut, il déclare (chap. m, vers. 38) que ce ne sont point les œuvres prescrites par la loi qui rendent l'homme juste, mais bien la seule foi, par où il entend sans aucun 'doute le plein acquiescement de l'âme ; personne enfin, suivant sa doctrine expresse, ne peut devenir bienheureux s'il n'a en soi l'esprit du Christ [ibid.^ chap. viii, vers. 9), en d'autres termes, s'il ne comprend les lois de Dieu comme des vérités éternelles. Concluons donc que c'est seulement pour se mettre à la portée du vulgaire et s'accommoder à l'imperfection de sa connaissance, qu'on représente Dieu sous les traits d'un législateur ou d'un prince, et qu'on lui donne les noms de juste, miséricordieux, et autres semblables. En réalité. Dieu agit et dirige toutes choses par la seule nécessité de sa nature et de sa perfection; ses décrets et ses volontés sont
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des vérités éternelles, et enveloppent toujours Tabsolue nécessité. Voilà le premier point que nous nous proposions d*éclaircir.
Arrivons maintenant au second point, et voyons, en parcourant les saintes Écritures, ce qu'elles nous enseignent touchant la lumière naturelle et la loi divine. Ce que nous rencontrons tout d'abord, c'est l'histoire du premier homme, où il est dit que Dieu ordonna à Adam de ne point toucher au fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Que signifie ce récit ? Il me semble qu'il faut entendre que Dieu ordonna à Adam de faire le bien en tant que bien, et non pas comme contraire du mal ; c'est-à-dire de faire le bien par amour du bien, et non par crainte du mal. Car, comme nous l'avons déjà montré, celui qui fait le bien par connaissance véritable et par amour du bien agit d'une àme libre et constante; au lieu que celui que la crainte seule du mal porte au bien agit en esclave, sous la contrainte du mal^ et comme dominé par une force étrangère. Par conséquent, l'ordre que Dieu donne à Adam embrasse toute la loi divine naturelle, et se trouve en parfait accord avec les commandements de la raison universelle. Or, je ne crois pas qu'il fut difficile d'expliquer dans le même esprit toute cette histoire, ou pour mieux dire toute cette parabole du premier homme; mais j'aime mieux laisser là cette entreprise, soit parce qu'il m'est impossible d'être absolument certain que mes explications répondent exactement à la pensée de l'écrivain sacré, soit encore parce qu'on admet généralement que cette histoire du premier homme est un récit pur et simple et non pas une parabole. Il est donc beaucoup plus à propos que je continue de citer des passages de l'Écriture, et principalement ceux qui sont sortis de la bouche d'un homme qui a surpassé tous les sages de son temps par la force de sa raison, et dont les discours, quoique inspirés par la seule lumière naturelle, n'ont pas une autorité moins sainte aux yeux de tous que ceux mêmes des prophètÇS«
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Je veux parler de Salomon, et Ton sait assez que sa prudence et sa sagesse sont célébrées dans TÉcriture plus encore que sa piété et son caractère de prophèfe. Ce sage roi dit en ses Proverbes que Tintelligence humaine est la source de la vie véritable, et que le plus grand des maux , c'est Tignorance. Voici ses propres paroles (chap. XVI, vers. 23) : « Lasource de la vie, c'est l' intelligence de celui qui est le maître de l'intelligence, et le supplice des esprits aveuglés est dans leur aveuglement même^. y> Oti remarquera ici que, par le mot vie, employé dans un sens absolu, il faut entendre en hébreu la vie véritable, ainsi qu'on en trouvera la preuve évidente dans le Deutéronome (chap. xxx, vers. 19). Ainsi donc, pour Salomon, le fruit de Tintelligence est tout entier dans la vie véritable, et tout châtiment consiste dans la seule privation de cette vie. Or, c'est justement là ce qui a fait tout à l'heure l'objet de notre quatrième remarque touchant la loi divine naturelle. Maintenant, que ce soit cette source de vie, c'est-à-dire l'inteUigence, qui seule donne des lois aux hommes sages, comme nous l'avons également prouvé plus haut, c'est ce qui résulte encore de la manière la plus formelle des paroles de Salomon: « La loi de Vhomme sage, dit-il (chap. xiii, vers. 4), c'est la source delà vie véritable ; » en d'autres termes, c'est l'intelligence. Voici encore (chap. m, vers. 13) des paroles trèsexpresses pour établir que l'intelligence fait le bonheur et la félicité de l'homme et donne à l'âme la vraie tranquillité : « Heureux, dit-il, Vhomme qui a trouvé la science; heureux le fils de l'homme qui est riche en intelligence. » Il explique lui-même ces paroles un peu plus bas (vers. 16, 17) : « Cest, dit-il, que l'intelligence donne directement la longueur des jours % et indirectement les richesses et la gloire.
1. Cette expression : le maitre de l'intelligence, est un hébraîsme. Celui qui possède une chose ou qui la contient dans sa nature est dit le maître de celte chose. C*est ainsi qu'en hébreu on appelle Toiseau le maître des ailes, parce qu'il a des ailes; et de même, Thomme intelligent est le maître de Tintelligence, parce qu'il est doué d'intelligence. {Note de Spinoza,)
S. Hébraîsme, qui signitie la vie» {Note de Spinoza,)
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Ses votes sont belles (les voies marquées par la science), et dans tous ses sentiers règne la paix. » Ainsi donc, suivant Salomon, les sages seuls vivent dans la paix et dans la constance, au lieu que rame des impies est agitée de mille passions contraires, incapable, comme dit également Isaïe (chap. Lvn, vers. 20), de jouir jamais* de la paix et du repos. Mais ce que nous devons remarquer avec le plus de soin dans ces Proverbes de Salomon, ce sont les paroles qu'on lit au chap. ii ; elles confirment notre doctrine de la manière du monde la plus claire. Voici le commencement du chapitre (vers. 3) : < Car si vous invoquez la sagesse, et si vous vous soumettez à l'intelligence alors vous comprendrez la crainte de DieUy et vous
trouverez la science de Dieu (ou, pour mieux traduire, l'amour de Dieu, car le mot jadah a les deux sens). C'est Dieu en effet qui donne la sagesse^ et la science et la prudence (sortent) de sa boucJœ. j> Il résulte évidemment de ces paroles : premièrement, que la sagesse, c'est-à-dire Tintelligence, nous apprend seule à craindre Dieu raisonnablement, en d'autres termes, à lui rendre un culte vraiment religieux ; secondement, que la sagesse et la science coulent de la bouche de Dieu, et que c'est Dieu qui nous les dispense. Or c'est là ce que nous avons établi nous-mêmes ci-dessus, en montrant que notre . entendement et notre science dépendent de la seule idée ou connaissance de Dieu, et qu'elles ont en cette idée leur origine et leur dernier terme.
Salomon continue (vers. 9) d'enseigner, dans les termes les plus formels, que cette science de Dieu contient la vraie morale et la vraie politique, qui n'en sont qu'une déduction : « C'est alors, dit-il, que vous comprendrez la justice y et le jugement, et les voies droites y (et) tout bon sentier. j> Et il ajoute encore pour plus de clarté : « Quand la science entrera dans votre coeur et que la sagesse vous sera douce y alors votre prévoyance^ veillera sur vous^ et votre
1. L'hébreu porte mezirMj qui signifie proprement réflexion, délibératioiif vigilance, [Note de Spinoza.)
prudence vous gardera. » Tout cela est pôrfâîtemellt d'ac-» cord avec la science naturelle ; car ce n'est qu'après avoir connu la nature des choses et déjà goûté l'excellence de la science qu'il est possible de poser les bases de la morale et de comprendre la véritable vertu. Nous pouvons également confirmer par les paroles de Salomon ce principe, que le bonheur et la tranquillité de l'homme voué à la culture de l'intelligence dépendent moins de la fortune (c'est-à-dire du secours extérieur de Dieu) que de sa vertu intérieure (c'est-à-dire du secours intérieur de Dieu), en d'autres termes, que c'est surtout par la vigilance, l'action et le bon conseil qu'il parvient à se conserver.
Je ne dois point passer ici sous silence un passage de taul, dans le chap. i«% vers. 20, de VEpître aux Romains^ où il est dit (je me sers de la traduction donnée par Tremellius d'après le texte syriaque) : « Les profondeurs invisibles de Dieu^ sa puissance et sa divinité éternelles^ s^nt devenues visibles dans ses créatures depuis le co^mencem'ent du monde, et ainsi ceux qui ne les voient pas sont inexcusables. » C'est dire, ce me semble, assez clairement que tout homme comprend par la lumière naturelle la forcé et la divinité étemelles de Dieu, et peut déduire de cette connaissance ce qu'il doit faire et ce qu'il doit éviter : d'où Paul tire la conclusion que tout homme qui ne suit point cette lumière est inexcusable et ne peut prétexter son ignorance. Or il en serait tout autrement si Paul entendait parler d'une connaissance surnaturelle de Dieu, de la passion et de la résurrection du Christ selon la chair, et autres vérités semblables. Aussi le voyons-nous poursuivre en ces termes (vers. 24) : « Cest pourquoi Dieu les a abandonnés à Vimmonde concupiscence de leur cornr. » Et il continue ainsi jusqu'à la fin du chapitre è décrire les vices qui naissent de l'ignorance et qui eu sont la punition. Or cette doctrine s'accorde à merveille avec ceproverbe de Salomon déjàcité (chap. xvi, vers.22) : f Le. supplice des esprits aveuglés, c'est leur aveuglement
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même. )^ H n'y a donc rien de surprenant dans la pensée de Paul que les méchants sont inexcusables. Chacun en effet recueillera suivant ce qu'il aura semé; du mal sortira nécessairement le mal, si le coupable ne se corrige; et du bien sortira le bien, si celui qui Taccomplit y persiste. Concluons enfin que les saintes Écritures reconnaissent pleinement ôt la lumière naturelle et la connaissance qu'elle nous donne de la loi divine. C'était tout l'objet de ce chapitre.