DES MIRACLES
De même que les hommes appellent divine toute science qui surpasse la portée de l'esprit jhumain, ils voient la main de Dieu dans tout phénomène dont la cause est généralement ignorée. Le vulgaire en eflTet est persuadé que la puissance et la providence divines n'éclatent jamais si visiblement que lorsqu'il arrive dans la nature quelque chose d'extraordinaire et qui choque les idées reçues , surtout si l'événement tourne au profit et à l'avantage des hommes. Aussi rien ne prouve plus clairement aux yeux du peuple l'existence de Dieu que l'interruption soudaine de l'ordre de la nature ; et de là vient que ceux qui expliquent toutes choses, et même les miracles, par des causes naturelles, et s'efforcent de
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les comprendre, sont accusés de nier Dieu, ou du moins la providence de Dieu, Tant que la nature suit son cours ordinaire, ou s'imagine que Dieu ne fait rien ; et réciproquement, pendant que Dieu agit, la puissance de la nature semble suspendue et ses forces oisives, de façon qu'on établit ainsi deux puissances distinctes Tune de Tautre, celle de Dieu et celle de la nature, laquelle toutefois est déterminée par Dieu d'une certaine façon, ou, comme la plupart le croient maintenant, créée par lui. Mais qu'entend-on par chacune de ces puissances. Dieu et la nature ? voilà ce que le vulgaire ne sait pas ; la puissance de Dieu, c'est pour lui quelque chose comme l'autorité royale ; la nature, c'est une force impétueuse et aveugle. Le vulgaire donne donc aux phénomènes extraordinaires de la nature le nom de miracles, c'est-àdire d'ouvrages de Dieu, et soit par dévotion, soit en haine de ceux qui cultivent les sciences naturelles, il se complaît dans l'ignorance des causes, et ne veut entendre parler que de ce qu'il admire, c'est-à-dire de ce qu'il ignore. Le seul moyen pour lui d'adorer Dieu et de rapporter toutes choses à son empire et à sa volonté, c'est de supprimer les causes naturelles, de bouleverser l'ordre des choses, et de se représenter la puissance de la nature enchaînée par celle de Dieu-
Si l'on cherche l'origine de ces préjugés, il faut, à ce qu'il me semble, remonter jusqu'aux premiers Hébreux. On sait que les nations païennes de cette époque adoraient des dieux visibles, comme le Soleil, la Lune, la. Terre', l'Eau , l'Air , etc. Pour les convaincre d'erreur , pour leur montrer que ces divinités faibles et changeantes étaient sous l'empire d'un Dieu invisible, les, Hébreux racontaient les miracles dont ils avaient été témoins, s'efforçantde prouver en outre par ces récits que le Dieu qu'ils adoraient gouvernait la nature entière pour leur seul avantage. Cet exemple a séduit si fortement les hommes qu'ils n'ont pas cessé depuis lors d'imaginer les miracles; chaque nation a voulu faire croire qu'elle est
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plus chère à Dieu que toutes les autres, que Dieu a tout créé pour elle, et qu'il dirige tout vers cet unique dessein. Voilà Texcès d'arrogance où la stupidité du vulgaire s'est portée. Dans la grossièreté de ses idées touchant Dieu et la nature, il confond les volontés de Dieu avec les désirs des hommes, et se représente la nature si bornée que l'homme en est la partie principale. Mais c'est assez parler des opinions et des préjugés du vulgaire sur la nature et les miracles; j'arrive aux quatre principes que je me propose de démontrer ici dans l'ordre suivant. 1** J'étabUrai d'abord que rien n'arrive contre l'ordre de la nature, et qu'elle suit sans interruption un cours éternel et immuable ; j'expliquerai en même temps ce qu'il faut entendre par miracle. 2° Je prouverai que ce ne sont point les miracles qui peuvent nous faire connaître l'essence et Texistence de Dieu, ni par conséquent sa providence, toutes ces vérités se comprenant beaucoup mieux par l'ordre constant et immuable de la nature. 3<» Je prouverai par plusieurs exemples tirés de l'Écriture que rÉcriture elle-même n'entend rien autre chose par les décrets, les volontés de Dieu, etconséquemment par sa providence, que l'ordre même de la nature qui résulte nécessairement de ses éternelles lois. 4** Je traiterai en dernier lieu de }a, manière d'interpréter les miracles de l'Écriture, et marquerai les points principaux qu'il convient de considérer dans le récit de ces miracles. Tels sont les divers objets qui feront la matière du] présent chapitre, et, si je ne me trompe, il n'en est pas un qui ne doive beaucoup servir au dessein que je me propose dans tout cet ouvrage.
Pour établir mon premier principe, il me suffit de rappeler ce que j'ai démontré au chap. iv, sur la loi divine, savoir : que tout ce que Diçu veut ou détermine enveloppe une nécessité et une vérité éternelles. L'entendement de Dieu ne se distinguant pas, nous l'avons prouvé, de sa volonté, dire que Dieu veut une chose ou dire qu'il la pense, c'est aflOurmer exactement la même chose. Eu
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conséquence, la môme nécessité en vertu de laquelle il suit de la nature et de la perfection de Dieu qu'il pense une certaine chose telle qu'elle est, cette même nécessité, dîs-je, fait que Dieu veut cette chose telle qu'elle est. Or, comme rien n'est nécessairement vrai que par le seul décret divin, il est évident' que les lois universelles de la nature sont les décrets mêmes de Dieu, lesquels résultent nécessairement de la perfection de la nature divine. Si donc un phénomène se produisait dans l'univers qui fût contraire aux lois générales de la nature, il serait également contraire au décret divin, à l'intelligence et à la nature divines ; et de même si Dieu agissait contre les lois de la nature, il agirait contre sa propre essence, ce qui est le comble de l'absurdité. Je pourrais appuyer encore ma démonstration sur ce principe, que la puissance de la nature n'est, en réalité, que la puissance même et la vertu de Dieu, laquelle est le propre fond de l'essence divine ; mais ce surcroît de preuves est présentement superflu. Je conclus donc qu'il n'arrive rien dans la nature^ qui soit contraire à ses lois universelles, rien,* dis-je, qui ne soit d'accord avec ces lois et qui n'en résulte. Tout ce qui arrive se fait par la volonté de Dieu et son éternel décret : en d'autres termes, tout ce qui arrive se fait suivant des lois et des règles qui enveloppent une nécessité et une vérité éternelles. Ces lois et ces règles, bien que toujours nous ne les connaissions pas, la nature les suit toujours, et par conséquent elle ne s'écarte jamais de son cours immuable. Or il n'y a point de bonne raison d'imposer une limite à la puissance et à la vertu delà nature, et de considérer ses lois comme appropriées à telle fin déterminée et non à toutes les fins possibles ; car la puissance et la vertu de la nature sont la puissance même et 1^ vertu de Dieu ; les lois et les règles de la nature sont les propres décrets de Dieu ; il faut donc
1 . Par nature, j*entends ici, non-seulement la matière avec ses afTections, mais ne infinité d'autres êtres. (iVble de Spinoza.)
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croire de toute nécessité que la puissance de la nature est infinie, et que ses lois sont ainsi faites qu'elles s'étendent à tout ce que Tentendement divin est capable d'embrasser. Nier cela, c'est soutenir que Dieu a créé la nature si impuissante et lui a donné des lois si stériles qu'il est obligé de venir à son secours, s'il veut qu'elle se conserve et que tout s'y passe au gré de ses vœux : doctrine aussi déraisonnable qu'il s'en puisse imaginer.
Maintenant qu'il est bien établi que rien n'arrive dans la nature qui ne résulte de ses lois, que ces lois embrassent tout ce que l'entendement divin lui-même est capable de concevoir, enfin que la nature garde éternellement un ordre fixe et immuable ', il s'ensuit très-clairement qu'un miracle ne peut s'entendre qu'au regard des opinions des bommes, et ne signifie rien autre chose qu'un événement dont les hommes (ou du moins celui qui raconte le miracle) ne peuvent expliquer la cause naturelle par analogie avec d'autres événements semblables qu'ils sont habitués à observer. Je pourrais définir aussi le miracle : ce qui ne peut être expliqué par les principes des choses naturelles, tels que la raison nous les fait connaître ; mais comme les miracles ont été faits pour le vulgaire, lequel était dans une ignorance absolue des principes des choses naturelles, il est certain que les anciens considéraient comme miraculeux tout ce qu'ils ne pouvaient expliquer de la façon dont le vulgaire explique les choses, c'est-à-dire en demandant à la mémoire le souvenir de quelque événement semblable qu'on ait l'habitude de se représenter sans étônnement ; car le vulgaire croit comprendre suflisamment une chose, quand elle a cessé de l'étonner. Les anciens donc, et tous les hommes en général jusqu'à notre temps, ou peu s'en faut, n'ont point eu d'autre critérium des événements miraculeux que celui que je viens de dire ; il ne faut par
I. yoyjeiV Éthique, part. I, parUcuUèrem«Dt tes Propof. i«, 11, S2, S3, S0«
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conséquent pas douter que dans les saintes Écritures îl n'y ait une foule de choses miraculeuses qui s'expliquent très-simplement par les principes aujourd'hui connus des choses naturelles. C'est ce que nous avons déjà fait pressentir plus haut à propos du miracle de Josué arrêtant le soleil, et de la rétrogradation de ce même astre au temps d'Achaz; mais nous traiterons bientôt plus au long cette matière de l'interprétation des miracles, qui fait en partie l'objet de ce chapitre.
Je veux établir maintenant mon second principe, qui est que les miracles ne nous font nullement comprendre ni l'essence, ni l'existence, ni la providence de Dieu, mais au contraire que toutes ces vérités nous sont manifestées d'une façon beaucoup plus claire par l'ordre fixe et immuable de la nature. Voici ma démonstration: l'existence de Dieu n'étant pas évidente d'elle-même', îl faut nécessairement qu'on la déduise de certaines notions (jLont la vérité soit si ferme et si inébranlable qu'il n'y ait aucune puissance capable de les changer. Tout au moins faut-il que ces notions nous apparaissent avec ce caractère de certitude absolue, au moment où nous en inférons l'existence de Dieu ; sans quoi nous ne pourrions aboutir à une conclusion parfaitement assurée. Il est clair, en effet, que si nous venions à supposer que ces notions peuvent être changées par une puissance quelconque, nous douterions à l'instant même de leur vérité, nous douterions de l'existence de Dieu, qui se fonde sur elles ; en un mot, il n'est rien au monde dont nous pussions être certains. Maintenant, à quelles conditions disons-nous qu'une chose est conforme à la nature, ou qu'elle y est contraire? à condition qu'elle soit conforme ou contraire à ces notions premières. Si donc nous venions à supposer que, par la vertu d'une certaine puissance, quelle qu'elle soit, il se produit dans la nature une chose contraire à la nature, il faudrait concevoir
i. Voy«z les Notes marginales de Spinoza ^ note 7.
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cette chose comme contraire aux notions premières, ce qui est absurde; à moins qu'on ne veuille douter des notions premières, et par conséquent de Texistence de Dieu et de toutes choses, de quelque façon que nous les percevions. 11 s'en faut donc infiniment que les miracles, si Ton entend par ce mot un événement contraire à Tordro de la nature, nous découvrent l'existence de Dieu ; loin de là^ ils nous en feraient douter, puisque nous pourrions être absolument certains qu'il existe un Dieu en supprimant tous les miracles, je veux dire en étant convaincus que toutes choses suivent l'ordre déterminé et immuable de la nature.
Supposons maintenant qu'on définisse le miracle : ce qui est inexplicable par les causes naturelles; ou bien on entend que le miracle a au fond des causes naturelles, mais telles que l'intelligence humaine ne les peut découvrir ; ou bien que le miracle n'a d'autre cause que Dieu ou la volonté de Dieu. Or, comme tout ce qui se fait par des causes naturelles se fait aussi par la seule puissance et la seule volonté de Dieu, il faut nécessairement en venir à dire que le miracle, soit qu'il ait des causes naturelles, soit qu'il n'en ait pas, est une chose qui ne peut s'expliquer par une cause, c'est-à-dire une chose qui surpasse l'intelligence humaine. Or, une chose qui surpasse l'intelligence humaine ne peut rien nous faire comprendre; car tout ce que nous comprenons clairement et distinctement, ou bien nous le concevons par soi-même, ou bien par quelque autre chose qui dé soi se comprend d'une façon claire et distincte. Par conséquent un miracle , c'est-à-dire une chose qui surpasse l'intelligence humaine, ne peut nous faire comprendre l'essence et l'existence de Dieu, ni rien nous apprendre absolument de Dieu et de la nature ; au contraire, quand nous savons que toutes choses sont déterminées et réglées par la main divine, que les opérations de la nature résultent de l'essence de Dieu, et que les lois de l'univers sont ses décrets et ses volontés étemelles, nous connais* ii« . 10
sons alors d'autant mieux Dieu et sa volonté que nous pénétrons plus avant dans la connaissance des choses naturelles, que nous les voyons dépendre plus étroitement de leur première cause, et se développer suivant les éterneUes lois qu'elle a données à la natui*e. Il suit de là qu'au'regard de notre intelligence, les phénomènes que nous compretionâ claireiiifent et distinctement méritent bien plutôt qu'on les appelle outrages de Dieti et qu'on les rapporte à la volonté ditine que ces miracles qui noud laissent danà une ignorante absolue, bien qu'ils occupent fortement ririlagiiiatioii des hommes et leâ frappent d'étonnement et d'admiration ; car enfin, il n*y a dand la nature que les choses dont nous avons une connaissance claire et distincte qui nous élèvent â une connaissance plus sublime de Dieu, et nous manifestent en traits éclatants sa volonté et ses décrets. C'est donc véritablement se jouer, quand On ignore une chose, que dé recourir â la volonté de Dieu ; on né fait par là que confesser très-ridiculement sbn ignôt-ailce. Un miracle, en effet, n'étant jamais qu'tltie fchose Umitée, et n'exprimant par conséquent qu'une puissance égaletnetit limitée, il est certainement impossible de remonter d'un efifet »de cette natiire à l'existence d^une cause infitiiment puissante; tout au plus a-t-on le droit de conclure qu'il existe une cause plus grande que l'effet produit. Je dis tout au plus, car il peut arriver que, parle concours de plusieurs causes, uh effet Se produise, dont la puissance, tout eu restant inférieure à celle de toutes ces causes réunies, soit très-supérieure à la force de chacune d'elles. Au contraire, les lois de l'univers, ainsi que nous l'avons déjà montré, s'étendant à une infinité d'objets et se faisant concevoir sous un certain caractère d'éternité, la nature qui se développe, en suivant ces lois, dans un ordre immuable, est pour nous comme une manifestation visible de l'infinité, de l'éternité et de l'immutabilité de Dieu. Concluons donc que les miracles ne nous font nuUemeut connaître Dieu, ni son existence, ni sa providence, mais
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que toutes ces vérités se déduisent infiniment mieux de l'ordre fixe et immuable de la nature.
En concluant de la sorte, j'entends par miracle ce qui surpasse ou ce qu'on croit qui surpasse la portée de l'intelligence humaine. Car si Ton appelle miracle un boule* versement de Tordre de la nature, ou une interruptiqn de son cours, ou un fait qui contraiie ses lois, il faut dire alors, non plus seulement qu'un miracle ne pourrait donr ner aucune connaissance de Dieu, mais qu'il irait jusqu^à détruire celle que nous avons naturellement, et & nous faire douter de Dieu et de toutes choses. Je ne reconnais ici aucune différence entre un phénomène contraire À la nature et un phénomène au-dessus de la nature (par où Ton entend un phénomène qui, sans être contraire à la nature, ne" peut être produit ou eflfeetué par elle) ; un miracle en effet ne s'accomphssant pas hors de la nature, mais dans la nature elle-même, on a beau dire qu'il est seulement au-dessus d'elle, il faut nécessairement qu'il en interrompe le cours. Or, d'un autre côté, nous concevons le cours de la nature comme fixe et immuable par les propres décrets de Dieu. 8i donc un phénomène se produisait dans la nature qui ne fût point conforme à ses lois, on devrait admettre de toute nécessité qu'il leur est contraire, et qu'il renverse l'ordre que Dieu a établi dans l'univers en lui donnant des lois générales pour le régler éternellement. D'où il faut conclure que la croyance aux miracles devrait conduire au doute universel et à l'athéisme. Je considère donc mon second principe comme parfaitement établi, c'est à savoir qu'un miracle, de quelque façon qu'on l'entende, contraire à la nature ou au-dessus d'elle, est purement et simplement une absurdité, et qu'il ne faut voir dans les mirades des saintes Écritures que des phénomènes naturels qui s urpassent ou qu 'on croit qui surpassent la portée de l'intelligence humaine.
Mais, avant d'arriver à mon troisième point, je veux confirmer par l'Écriture cette doctrine que les miracles ne nous font point connaître Dieu. L'Écriture ne dit cela
nulle part d'une manière expresse, mais on le peut inférer de plusieurs passages, notamment de celui où Moïse {Deutéron,^ chap. xiii) ordonne de punir de mort les faux prophètes, alors même qu'ils font des miracles. Voici ses paroles : « Et bien que vous voyiez apparaître le signe, le prodige qu'il vous a prédit^ etc., gardez-vous de croire (pour cela) aux paroles de ce prophète, etc., parce que le Seigneur votre Dieu veut vous tenter^ etc. ; condamnez (donc) ce prophète à mort, etc. » Il résulte clairement de ce passage que les faux prophètes font aussi des miracles, et que si les hommes n'étaient solidement prémunis par une connaissance véritable et un véritable amour de Dieu, les miracles pourraient leur faire adorer également les faux dieux et le vrai Dieu. Moïse ajoute en effet : « Car Jéhovah, votre Dieu, vous tente pour savoir si vous Vaimez de tout votre cœur et de toute votre âme. » Une autre preuve que tous ces miracles, en si grand nombre, ne pouvaient donner aux Israélites une idée saine de Dieu, c'est ce qui arriva quand ils crurent que Moïse les avait quittés : ils demandèrent à Aharon des divinités visibles, et, j'ai honte de le dire, ce fut un veau qui leur représenta le vrai Dieu, tant de miracles n'ayant abouti qu'à leur en donner pareille idée. On sait qu'Asaph, qui avait été témoin d'un si grand nombre de prodiges, douta de la providence de Dieu, et il se serait même écarté de la bonne voie s'il n'avait enfin compris la béatitude véritable (voyez psaume xxxvii). Salomon luimême, et de son temps la prospérité des Hébreux était à son comble, Salomon a laissé échapper ce soupçon, que toutes choses sont livrées au hasard (voyez Eccles,, chap. III, vers. 19, 20, 21 ; chap. ix, vers. 2, 3, etc.). Enfin, c'a été pour presque tous les prophètes un m^^slère plein d'obscurité que l'accord qui existe entre la providence de Dieu, telle qu'ils la concevaient, et l'ojdre de la nature et les événements de la vie humaine. Or, cet accord a toujours été parfaitement visible pour les philosophes qui s'efforcent de comprendre les choses par
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des notions claires et non par des miracles, qui font consister la félicité véritable dans la seule vertu et dans la tranquillité de Tâme, qui enOn veulent obéir à la nature, et non pas la faire obéir, parce qu'ils savent de science certaine que Dieu dirige la nature suivant des lois universelles et non pas suivant les lois particulières de la nature humaine, en un mot que Dieu n'est pas seulement le Dieu du genre humain, mais le Dieu de la nature entière. Je conclus donc de tout ce qui précède que, d'après l'Écriture elle-même, les miracles ne donnent point de Dieu une connaissance vraie, ni de sa providence un clair témoignage. Je sais bien qu'il est souvent dit dans l'Écriture que Dieu a fait des prodiges pour se fair« connaître aux hommes ; aiAsi dans V Exode (chap. x , vers. 2), Dieu trompe les Égyptiens et donna des signes de son existence, afin que les Israélites sachent qu'il est le vrai Dieu ; mais il ne résulte point de là que les miracles soient des témoignages de l'existence de Dieu ; il en résulte seulement que les Juifs avaient de telles opinions qu'ils pouvaient être facilement convaincus par des miracles de cette sorte. Nous avons en effet démontré dans notre chapitre ii que les preuves prophétiques, c'est-àdire les preuves tirées de la révélation, ne se fondent pas sur les notions universelles et communes à tous les hommes, mais sur les idées reçues, quoique absurdes, et sur les opinions de ceux qui reçoivent la révélation et que le Saint-Esprit veut convaincre : doctrine que nous avons confirmée par un grand nombre d'exemples, et même par le témoignage de Paul, qui était Grec avec les Grecs, et Juif avac les Juifs. Du reste, si tous ces miracles avaient le don de convaincre les Égyptiens et les Hébreux en vertu de leurs idées habituelles, ils n'en étaient pas moins incapables de leur donner une idée véritable de Dieu ; tout ce qu'ils pouvaient faire, c'était de leur prouver qu'il existe une divinité plus puissante que toutes les choses qui tombaient sous leur connaissance, et que Dieu prenait un soin particulier des affaires des Hébreux , qui
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étaient alors en effet très-florissantes, au lîeu de s'occuper avec une égale sollicitude de tous les humains, ainsi que l'enseigne la philosophie, qui seule d'ailleurs peut démontrer qu'il en est ainsi. Voilà pourquoi les Juifs et tous ceux qui ne connaissent la providence de Diepi que par l'état variable des choses humaines et Tinégahté des conditions, se sont persuadé que les Juifs étaiei^t plus chers à Dieu que tous les autres peuples, quoiqu'ils ne les aient point surpassés en véritable perfecticui, comme nous l'avons démontré dans le chapitre in.
Mais il est temps d'arriver à notre troisième principe, qui est que les décrets et les ordres de Dieu, et par conséquent sa providence, ne sont, dans l'Écriture, rien autre chose que l'ordre delà nature; en d'autres termes, quand TÉcriture dit qu'une chose est l'œuvre de Dieu, ou qu'elle a été faite par sa volonté, elle entend que cette chose s'est faite suivant les lois et Tordre ^e la nature, et point du tout, comme le croit le vulgaire, que la nature a cessé d'agir pour laisser faire Dieu, ou que son cours a été quelque temps interrompu. Du reste, l'Écriture ne s'explique jamais directement sur ce qui n'a point de rapport à l'enseignement qu'elle veut donner, par cette raison (que nous avons déjà établie en traitant de la loi divine) que son objet n'est nullement d'expliquer les choses par leurs causes naturelles, ni de résoudre des questions de pure spéculation. Nous nous proposons donc ici d'interpréter dans notre sens certains récits de l'Écriture qui se trouvent être plus étendus et plus circonstanciés que les autres. En voici quelques-uns : d^s le livre de Shamuel (chap. ix, vers. 15, 16) il est dit que Dieu révéla à Shamuel qu'il enverrait vers lui gaiil ; et toutefois Dieu n'envoya pas Saiil vers Shamuel, comme les hommes envoient d'ordinaire telle personne vers telle autre; cet envoi de Saùl accompli par Dieu fut tout simplement l'ordre même de la nature. Saiil, en effet (comme on le raconte au chapitre précédent de Shamuel)^ était à la recherche des ânesses qu'il avait perdues ; et après
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avoir délibéré s'il rentrerait on non dann sa maison sans les avoir retrouvées, il se décida, par la conseil d'un da ses serviteurs, à aller trouver le prophète Sbamu^), ppur apprendre de lui en quel endroit il pourrait retrouver ses ànesses; 3t de même, dans toute }a suite de ce récit» pn ne vpit pas que Saiil ait suivi aucun ordre particulier de Dieu ; ce fut le cours naturel des choses qui le cquduisit chez Shamuel. Dans la psaume C¥, vers. â4> il est dit que Dieu changea les dispositioiis des Égyptiens et leur fit prendre en haine le peuple juif. Mais ce change^ ment fut parfaitement naturel, comme on le voit clairement dans V Exode (chap. i), qui donne une raison trèsforte du dessein que prirent les Égyptiens de réduire les Israélites en esclavage. Au chap. xtà^lB. Genèse (vers. 13), Dieu dit à Noé qull se manifestera dans la nue. Or cette action de Dieu n'est rien autre chose qu'une réfraction et une réflexion que subissent les rayons du soleil en traversant les gouttelettes d'eau suspendues dans les nuages. Au psaume gzlvii, vers. 18, cette action naturelle du vent, qui fond par sa chaleur la gelée et la neige, est appelée Parole de Dieu ; et au vers. 18, le vent et le froid sont également appelés Parole de Dieu; de même, au psaume civ, vers. 4, le vent et le feu prennent )e nom d'envoyés de Dieu, de ministres de Dieu; et il y a ainsi dans l'Écriture une foule de passages qui marquent très-* clairement que le décret de Dieu, son commandement, sa parole et son verbe, sont tout simplement l'action et l'ordre da la nature. Il ne faut donc pas douter que tott3 les faits racontés par l'Écriture ne se soient passés natUf rellement; et cela n'empêche pas de les rapporter 4 Dieu, l'Écriture, je le répète', n'ayant pas pour çA^%ï d'expliquer les choses par leurs causes naturelles, mais seule? ment de faire un tableau des événements les plus capables de frapper l'imagination, et d'en présenter le récit dans l'ordre et avec le style qui disposent le mieux à l'admiration et gui, par conséquent, tournent le plus fortement l'àme du vuJgaire à la dévotion. Si doue nous rencontrons
dans l'Écriture le récit de certains faits dont la cause naturelle nous échappe, ou même qui semblent contraires aux lois de la nature, cela ne doit point nous arrêter, et nous devons demeurer convaincus que tout ce qui est effectivement arrivé est arrivé naturellement. Ce qui confirme cette doctrine, c'est qu'on voit clairement par le récit de plusieurs miracles qu'ils ont été accompagnés de certaines circonstances que le récit ne mentionne pas toujours, surtout quand il est conçu et comme chanté dans le style de la poésie ; or ce sont justement ces circonstances qui font voir que le miracle s'est produit par des causes naturelles. Ainsi, quand Moïse voulut que les Égyptiens fussent dévorés d'ulcères, il répandit dans .L*air de la cendre chaude {È'xode^ chap. xi, vers. 10). Ce fut aussi par un décret de Dieu tout semblable, c'est-àdire un décret naturel, savoir, par un vent d'orient qui souflDla nuit et jour, que les sauterelles couvrirent l'Egypte, et il fallut un vent impétueux d'occident pour les en chasser {Exode ^ chap. x, vers. 14, 19). De même encore le décret divin qui ouvrit la mer aux Hébreux ( Exode ^ chap. XIV, vers. 21) ne fut rien autre chose qu'un vent d'orient qui souffla avec violence pendant toute la nuit. Si Elisée rendit la force et la vigueur à un enfant que l'on croyait mort, il eut besoin de se pencher sur lui à plusieurs reprises, jusqu'à ce que l'enfant fût réchauffé et rouvrît les yeux {Rois^ liv. II, chap. iv, vers. 34, 35). On trouve aussi dans l'Évangile de Jean (chap. ix) le récit de certaines circonstances préliminaires dont Jésuschrist se servit pour guérir un aveugle. En un mot, je pourrais citer ici une foule de récits de l'Écriture qui prouvent suffisamment que les miracles requièrent d'autres conditions qu'un simple commandement de Dieu, comme on dit. Il faut donc croire que «i les circonstances des mirjicles et les causes naturelles qui les expliquent ne sont pas toujours mentionnées, elles n'en ont pas été moins nécessaires à leur accomplissement. Ainsi, dans le récit de V Exode (chap. xiv, vers. 27), on voit qu'au seul
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commandement de Moïse, la mer recommença de s'enfler; et il n'est pas question du vent. Mais dans le cantique de Moïse (chap. xv, vers. 10) il est dit que la mer s'enfla par un soufile de Dieu (c'est-à-dire par un vent très-fort); par où l'on voit que si cette circonstance a été omise dans le récit qui précède, c'est pour que le miracle parût plus grand.' On dira que nous trouvons dans l'Écriture une foule de choses qui ne semblent pas pouvoir être expliquées en aucune façon par des causes naturelles : on y voit, par exemple, que les péchés des hommes et leurs prières peuvent être cause de la pluie et de la fertilité de* la terre, que" la foi a pu guérir des aveugles, et une infinité de choses semblables. Mais je crois avoir déjà répondu à cette objection; j'ai montré en eff'et que l'Écriture n'a jamais pour objet d'expliquer les choses par leurs causes prochaines, mais seulement de les présenter dans un certain ordre et avec un certain style capables d'exciter la dévotion des hommes, particulièrement du vulgaire; et c'est pourquoi elle s'exprime sur Dieu et sur toutes choses d'une façon très-peu, exacte ; car ce n*est point la raison qu'elle veut convaincre, c'est l'imagination qu'elle veut frapper. Supposez en eff'et que l'Écriture raconte la chute d'un empire à la façon des écrivains politiques, le peuple n'en sera nullement touché ; mais il arrivera justement le contraire, si on fait un tableau poétique de cet empire qui s'écroule, et si on a soin, comme l'Écriture, de tout rapporter à Dieu. Lors donc que l'Écriture raconte que la terre est devenue stérile à cause des péchés des hommes, ou que les aveugles ont été guéris par leur foi, nous ne devons pas plus être choqués de tout cela que de l'entendre dire que Dieu s'irrite des péchés des hommes, qu'il en est contristé, qu'il regrette le bien qu'il leur a promis et qu'il leur a fait ; ou encore que Dieu se souvient, en apercevant quelque signe, d'une promesse par laquelle il s'est engagé; et mille paroles semblables, qui sont des images poétiques, ou bien qui marquent seulement Jes opinions
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et les préjugés de récrivaîn. Concluons donc sans hésiter que tout ce qu'il y a de vrai dans les récits de TÉcriture s-est passé selon les lois de la nature qui régissent toutes choses; ef si Ton y rencontre quelque événement qui soit évidemment contraire aux lois naturelles, ou ne puisse absolument pas s'en déduire, il faut croire alors qu'il a été ajouté aux saintes Écritures par une main sacrilège. Car ce qui est contre la nature est contre la raison ; et ce qui est contre la raison, étant absurde, doit Être immédiatement rejeté.
Il ne me reste plus qu'à présenter quelques remarques sur l'interprétation des miracles, ou plutôt à reprendre (car le principal est dit) les points que je viens d'exposer, et à les éclaircir par un ou deux exemples. Ce qui rend ces explications nécessaires, c'est que je crains qu'en interprétant mal quelques miracles, on ne suppose témérairement qu'on a rencontré dans l'Écriture quelque chose de contraire à la lumière naturelle. Il est bien rare que les hommes racontent un événement tout simplement, comme il s'est passé, sans rien ajouter au récit. C'est surtout quand ils voient et entendent quelque chose de nouveau qu'il leur arrive, à moins qu'ils ne soient fortement en garde contre leurs opinions préconçues, d'en avoir l'esprit tellement prévenu, qu'ils aperçoivent les choses tout autrement qu'ils ne les voient ou les entendent raconter, partipulièrement si l'événement dont il s'agit passe la portée de celui qui le raconte ou de celui qui l'entend raconter, et plus encore si tous deux sont intéressés à ce que les choses sq soient passées de telle ou telle façon. De là vient que, dans les Chroniques et les Histoires, les hommes exposent bien plutôt leurs opinions sur les choses que les choses elles-mêmes ; de telle sorte que, si un seul et même événement est raconté par deux hommes d'opinions différentes, on pourrait croire qu'il s'agit de deux événements différents ; et il est souvent très-facile de déterminer, par le caractère d'une certaine histoire, les opinions de l'historien. Je
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pourrais confirmer ces réflexions en citant nn grand nombre de philosophes gui ont écrit l'histoire de la nature, et une foule de chroniqueurs ; mais cela est présentement superflu, et je vais me borner à un exemple tiré de l'Écriture sainte, me fiant pour le reste à la sagesse du lecteur.
Au temps de Josué, les Hébreux (ainsi que nous l'avons déjà remarqué) croyaient, comme fait encore le vulgaire, que le soleil se meut d'un mouvement diurne, et que la terre est en repos. Ils ne manquèrent pas d'accommoder à cette opinion le miracle qu'ils virent s'accomplir, quand ils livrèrent bataille aux cinq rois. Car ils ne dirent pas simplement que le jour de cette bataille fut plus long qu'à l'ordinaire ; ils ajoutèrent que le soleil et la lune s'étaient arrêtés, avaient suspendu leur mouvement. Or, il est clair que cette manière de présenter l'événement était très-propre à agir sur les nations païennes de ce temps qui adoraient le soleil, et à leur prouver par le témoignage des faits que le soleil est sous l'empire d'une puissance plus haute, qui peut l'obliger par sa seule volonté à changer l'ordre de son cours. Ainsi donc, moitié par religioui moitié par suite de préjugés établis, les Hébreux furent amenés à concevoir un événement et à le raconter tout autrement qu'il n'avait pu effectivement se produire.
Il est par conséquent nécessaire, potul* interpréter lès miracles de l'Écritiire et s'en faire une juste idée d'après le récit qu'on a sous les yeux^ de connaître les opinions des premiers témoins de ces faits miraculeux et de ceux qui nous ont transmis leur témoignage, et d'établir une distinction profonde entre les opinions du témoin ou de l'écrivain et les faits eux-mêmes tels qu'ils ont pu se présenter à leurs yeux. Faute de cette distinction, on confondra des faits réels avec des opinions et des jugements. Ce n'est pas tout: on confondra ces faits avec d'autres faits tout fantastiques^ qui n'ont eu lieu que dans lïmagination des prophètes. Car il ne faut pas douter quQ
dans l'Écriture une foule de choses ne soient données comme réelles et qu'on croyait effectivement réelles, qui ne sont au fond que des représentations imaginaires, comme, par exemple, que Dieu (l'être en soi) soit descendu du ciel (Fxode, chap. xix, vers. 28; Deutéronome^ chap. V, vers. 28); que le mont Sinaï ait lancé de lafumée, parce que Dieu venait d'y descendre entouré de flammes; ou enfin qu'Élie soit monté au ciel sur un char enflammé traîné par des chevaux de feu. Ce ne sont là que des représentations fantastiques appropriées aux opinions de ceux qui nous les ont racontées, lesquels en effet nous ont décrit les choses comme ils les avaient imaginées, c'est-à-dire comme réelles. Quiconque a l'esprit un peu élevé au-dessus du vulgaire sait parfaitement que Dieu n'a ni droite ni gauche, qu'il n'est pas en mouvement, ni en repos, ni situé en tel endroit, mais qu'il est absolument infini et qu'il contient toutes les perfections. On sait tout cela, je le répète, quand on règle ses jugements sur les perceptions de l'entendement pur, et non pas sur les impressions des sens et de l'imagination, comme fait le vulgaire, qui se représente un Dieu corporel entouré d'une pompe royale, assis sur un trône élevé, par delà les étoiles, au plus haut de la voûte céleste, sans que cette distance toutefois l'éloigné beaucoup de la terre. C'est à de pareilles opinions que sont appropriés uiie foule de récits de l'Écriture, que des philosophes ne peuvent par conséquent pas prendre à la lettre. Je coûclus qu'il importe, pour se rendre compte des miracles et savoir comment ils se sont passés, de connaître le langage et les figures hébraïques; et quiconque n'y fera pas une attention suffisante risqueia de trouver dans l'Écriture plusieurs miracles que l'historien n'a jamais pensé à donner pour tels ; de façon qu'il ignorera, nonseulement la véritable manière dont se sont passées les choses, mais la pensée même des auteurs sacrés. Je vais citer quelques exemples : Zacharie (chap. xiv, vers. 7), prédisant une «guerre prochaine, s'exprime ainsi: ^ Il y
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aura un jour unique, connu du Seigneur seul, (qui ne sera) ni Jour ni nuit; mais sur le soir la lumière paraîtra, » Ces paroles ont Tair de prédire un grand miracle, et cependant le prophète ne veut rien dire autre chose, sinon que le suceès du comhat sera tout le jour incertain, que Dieu seul en connaît Tévénement, et qu'enfin les Hébreux, vers le soir, seront vainqueurs. C'est avec des formes de style semblables que les prophètes prédisaient d'ordinaire les victoires et les revers des nations. Entendons Isaïe dépeignant la ruine de Babylone (chap. xiii) : « Les étoiles et les astres du ciel ne feront plus briller leur lumière; le soleil s'obscurcira à son lever ^ et la lune ne répandra plus ses clartés, » Or je ne suppose pas que personne s'imagine que tout cela est arrivé à l'époque de la dévastation de l'empire babylonien; pas plus que ce qu'ajoute le prophète : « C'est pourquoi je ferai trembler les cieuaf^ et la terre sera ôtée de sa place, » Isaïe emploie encore le même langage (chap. xLVfii, derniers vers.), quand il prédit aux Juifs qu'ils reviendront à Babylone sans que leur sûreté soit troublée, et sans souffrir de la soif pendant le chemin: n Et ils n'ont point eu soi f^ » dit-il; « il les a conduits à travers les déserts^ et il leur a fait couler Veau du rocher; il a fendu le rocher ^ et les eaux se sont ré^ pandues, » Ce qui signifie tout simplement que les Juifs trouveront dans le désert des sources pour étancher leur soif ; puisqu'il est certain qu'au retour des Juifs de Babylone, autorisé par Cyrus, il ne se produisit aucun miracle de cette sorte. On rencontre ainsi dans l'Écriture une foule de miracles apparents qui ne sont au fond que des figures hébraïques ; et il n'est certes pas nécessaire que je les cite ici l'un après l'autre ; qu'il me suffise de montrer que ces figures n'ont pas seulement pour objet d'orner le récit, mais qu'elles servent principalement à lui donner un caractère religieux. C'est pour cela qu'on trouve dans l'Écriture sainte bénir Dieu pris dans le sens de maudire (iîoes, liv, I, chap. xxi, vers. 10; Joby chap. II, vers. 9) ; c'est encore pour cela qu'elle rapporte Il il
tout à Dieu, de façon qu'elle a toujours Tair de râtonter des miracles, même quand elle parle des événemetits les plus naturels, comme on peut le voir par plusieurs exemples que j'ai cités. Ainsi, quand l'Écriture dit que Dieu avait endurci îe Cœur de Pharaon, cela signifie tout simplement que Pharaon avait le caractère opiniâtre. Et quand elle dit que Dieu a ouvert les fenêtres du ciel, il faut entfîndre qu'il a beaucoup plu, et ainsi pour tout le reste; Si donc on veilt bien ôe rendre attentif à toutes ces choses et considérer efl outre que l'Écriture sainte contient beaucoup de récits où les faits sdnt exposés rapidement, sans aucune de leilrs circonstances, et en quelque sorte dans un état de mutilation, on ne trouvera presque rien dans les livres sacrés qui soit essentiellement contraire à la lumière naturelle, et une foule de choses qui avaient paru jusque-là très-obscures se feront comprendre et interpréter sans effort.
Je crois avoir atteint l'objet que je m*étais proposé dans ce chapitre. Mais, avant de le terminer, j'ai une observation à faire : c'est que la méthode que je viens d'appliquer aux miracles n'est pas la même que celle dont je me suis servi pour les prophètes. Je n'ai rien affirmé touchant les prophéties que je ne fusse en état de le déduire des saintes Écritures. Ici, au contraire, j'ai pris pour base les principes qui nous sont fournis par la lumière naturelle, et c'est avec intention que j'ai procédé de la sorte. La matière de la prophétie étant en effet audessus de la poftée humaine, et tombant dans le domaine des questions de pure théologie, je ne pouvais rien aflfirraer sur cette matière, ni môme savoir en quoi elle consistCj sans m'appuyer sur la révélation. J'ai dottc été obUgé de tracer une histoire de la prophétie et d'en déduire quelques principes capables de m'éclairer autant qu'il est possible sur la nature de la prophétie et sur ses propriétés. Mais guant aux miracles, comme il s'agit de savoir s'il peut arriver dans la nature quelque chose qui soit contraire à ses lois ou qui ne puisse s'en déduire, je
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^'avdi$ pas besoin de la révélation popr résqudre cette question, qui est toute philosophique ; et j'ai jugé plus à propos de n'employer, pour déher le nœud de toutes les difficultés qu'elle présente, que les principes les mieux connus^ c'est-à-dire les principes fondamentaux que nous donne ]q. lumière naturelle. Je dis qu'il m*a parn plus i propos de procéder de la sorte ; j'aurais pu en effet résoudre ^ussi la question avec faciUté par les seuls principes de l'Écritnre, et c'est ce que je vais prouve?" en peu de mots. L'Écriture^ parlant en plusieurs endroits de la nature ep général, dit qu'elle suit nu ordre fixe et im- . muahle, par exemple, dans les Psaumes cxlviii, vers. 6, et dans Jérémie, chap. xxi, vers. 3S, 36. En outre, le Philosophe enseigne expressément en son J^cçU^içiste^ chap. i^^', vers. 18, que 44ns la i^atnre il n'^^rrive rie;? de nouyeau , et éclaircissant, un pei? pins bas, cette pensée (vers. \\ et 12), il dit que, bien qu'en certaines rencontres il se produise des choses qui seml)lent; nouyelles, el^es ne sont pas pourtant absolument nouvelles, et sfJ spi^t déj4 produites dans les siècles antérieurs qni n'ont pas laissé de souvepir. jLa mémoire du passé, ajoute-t-i}, s'évanonit pour les générations nouvelles, CQpame celle du présent s'évanouira pour les générations fntnres. Au chap. m, vers. 11, il déclare que Dieu § pj^rfaitement ordonné toutes choses chacui?e en son tepaps; et au vers. 14 qi^e tout ce que Dieu fait doit demeurer pour toute l'^ternitç, sans qu'jl spit ppssible d'y rien ajouter ou d'en rien X^^ trancher; paroles qui établissent clairement que la nature garde toujours un ordre fixe et immuable, que Dieu, dans tpusi les ^^ècl^s, cpnnus pu inconnus de npus, est resté le jnême, que l^s lois de 1^ ^^Xw^ sont si parfaite^ et si fécqfldes qu'elle^ n'out besoin 4'^ucune additiqn et ne souffrant aucun retranchemeut , enfin qup le^ évén©': ments uiiraculeqx ue sont niiraculeux et pouveaux qu'au regard dp l'ignorance deshopiïUPS, tput cela, dis-je, est expressément enseigné dans l'Écriture sainte, et il n'y est dit; nulle part qu'il arriyp rien dans la n^ltjre qui spit
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contraire à ses lois ou ne s'en puisse déduire : d*où il J'uit qu'il ne faut rien voir de semblable dans rÉcriture. Ajoutez à cela que les miracles supposent toujours de ^e^taines causes et de certaines circonstances, lesquelles ne dérivent pas de je ne sais quelle autorité royale que le vulgaire imagine en Dieu, mais d'un décret vraiment divin, c'est-à-dire (comme nous l'avons prouvé par l'Écriture elle-même) des lois et de l'ordre de la nature. Ajoutez enfin que les imposteurs peuvent, eux aussi, faire des miracles, ainsi qu'on le voit clairement par le chap. XIII du Deutéronome^ et le chap. iv, vers. 24, de Matthieu. Et de tout cela il résulte le plus évidemment du monde que les miracles ont été des événements naturels, et qu'il faut les expliquer, non pas comme des choses nouvelles, pour me servir de l'expression de Salomon, ou comme des choses contraires à la nature, mais dételle façon qu'on, les rapproche autant que possible des {aits naturels ; et pour opérer ce rapprochement, il suffit d'emprunter à l'Écriture elle-même quelques règles que j'ai exposées plus haut. Toutefois, bien que je dise que l'Écriture enseigne toutes ces choses, je n'entends pas qu'elle les enseigne comme des principes nécessaires au salut; j'entends seulement que les prophètes ont considéré les miracles comme nous-mêmes les considérons ; et, en conséquence, il est loisible à chacun de penser sur celte matière de la façon qui lui paraîtra la plus propre à porter son âme au culte de Dieu et à la rehgion. C'est aussi le sentiment de Josèphe; il termine ainsi le Livre n de ses Antiquités:
« Le mot de miracle ne doit pas nous rendre incrédules; pourquoi ne croirions-nous pas le récit naïf des anciens Hébreux qui nous racontent qu'une voie de salut leur fut ouverte à travers la mer, que ce soit par la volonté de Dieu ou par le cours naturel des choses ? Ne savons-nous pas que^ dans un temps qui n'est pas loin de nous ^, la mer de Pam*
• f • Spinoza cite ^oièphe en latin et lui fait dire : Olimtt antiquitui a retiêtet^
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phylie s'ouvrit^ à défaut de tout autre chemin, devant les compagnons du roi de Macédoine, quand Dieu voulut se servir d'Alexandre pour renverser l'empire persan? Et rien n'est plus certain que cet événement, puisque tous les historiens d'Alexandre s'accordent à le rapporter. Il faut donc que chacun reste libre de penser, touchant les miracles^ comme il lui plaira, »
Voilà les propres paroles de Josëphe et son sentiment sur la croyance aux miracles.
CHAPrrRE vn.
DE l'iNTERPR£TATION DB l'ÉCRITURB.
On ne cesse de répéter que l'Écriture sainte est la parole de Dieu, et qu'elle enseigne la véritable béatitude et la voie du salut ; mais au fond on est très-éloigné de penser sérieusement de la sorte, et il n'est rien à quoi songe moins le vulgaire qu'à conformer sa vie aux enseignements de la sainte Écriture. Ce qu'on nous présente comme la parole de Dieu, ce sont le plus souvent d'absurdes chimères, et sous le faux prétexte d'un zèlereli gieux on ne veut qu'imposer à autrui ses propres sentiments. Oui, je le répète, c'a été de tout temps le grand objet des théologiens d'extorquer aux livres saints la confirmation de leurs rêveries et de leurs systèmes, afin de les couvrir de l'autorité de Dieu. Pénétrer la pensée de l'Écriture, c'est-à-dire du Saint-Esprit, il n'y a rien là qui excite en eux le moindre scrupule ou qui puisse arrêter leur témérité. S'ils ont une crainte, ce n'est point d'imputer quelque erreur au Saint-Esprit et de s'écarter de la voie du salut; c'est uniquement d'être convaincus d'erreur par leurs rivaux, et de voir ainsi l'autorité de leur parole affaiblie et méprisée.
'tibui. Cette version altère le texte, qui porte : ^ftà^ xol «^«^ ^it^^i' Je suis ') véritable texte dans ma tradoetioa.
lia TRAITB
Certes, si lea hommes reconnaissaient an fond de lenr ftme la sainteté 4e l'Écriture, on verrait un gr^nd changement dans leur manière de vivre ; la disqorde, la haine ne régneraieni; pçis dans leur cœur, et nous n'aurions pas 4 déplprer cet ave^gle et téipéraif e désir qui les pousse à interpréter rÉcritnre et 4 ipnover gaps cesse en inatière de religion. Ils ne reconnaîtraient une doctrine comme consacrée par les livrer saints qu'après Ty avoir lue en termes exprès, et les écrivains sacrilèges qui n'pnt pas craint d'altérer si souvent les paroles de PÉcriture, auraient reculé devant une entreprise si criminelle. Mais l'ambition et Taudace ont été portées à un tel excès que la religion ne çousiste plu3 maintenant ^ obéir aux commandements du Saint-Esprit, mais à soutenir les opinions chimériques des hommes. Ce n'est plus par la charité que l'on se montre animé d'une piété véritable, c'est en répandant la discorde et la haine, couvertes du voile hypocrite d'un zèle ardent pour les choses de Dieu. A tous ces désordres s'est venue joindre la superstition, qui apprend aux hommes 4 mépriser la raisqn et la nature, à n'admirer, à ne respecter que ce qui est contraire à l'une et à l'autre. Aussi ne faut-il point s'étonner de voir le vulgaire interpréter l'Écriture dans le sens le plus éloigné de la nature et de la raison» afin de la rendre d'autant plus merveilleuse et Vénérable. On s'imagine que les saintes Écritures cachent de profonds mystères ; et, sur ce fondement, on néglige ses plus utiles renseignements pour se fatiguer à la poursuite d'absurdes chimères. Ce qu'enfante l'imagination en déhre dans cette recherche insensée, on ne manque pas de l'attribuer au Saint-Esprit, et partant de s'y attacher avec une énergie et un emporiement incroyaî)les. La nature humaine est ainsi faite : ce qu'elle conçoit par le pur entendement, elle ne l'embrasse que d'une conviction sage et raisonnable ; mais les opinions qui naissent en elle du mouvement des passions lui inspirent une conviction ardente et passionnée comme la source d'où elles émanent.
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Pour nous, si nous voulons nous séparer de cette foule agitée des théologiens vulgairjes, et, délivrant notre âme de leurs vains préjugés, ne pas nous exposer à confondre des opinions tout humaines avec les enseignements di« vins, nous devons nous tracer pour Tinterprétation dea livres saints une méthode sûre, sang laquelle toute connaissance certaine de la pensée du Saint-Esprit est évidemment impossible. Or, pour caractériser d^avanoe notre pensée en peu de mots, nous croyons que cette méthode pour interpréter sûrement la Bible, loin d'être différente de la méthode qui sert à interpréter la nature, lui est au contraire parfaitement conforme. Quel est en effet l'esprit de la méthpde d'interprétation de )a nature I Elle consiste à tracer avant tout une histoire fidèle de ses phénomènes, pour aboutir ensuite, en partant de ces données certaines, à d'exactes définitions des choses naturelles. Qr c'est exactement le même procédé qui convient h la sainte Écriture. Il faut premièrement en faire une histoire fidèle, et se former ainsi un fonds de données et de principes bien assurés, d'où l'on déduira plus tard la vraie pensée des auteurs de l'Écriture par une suite de conséquences légitimes. Quiconque pratiquera cette méthode, pourvu qu'il ne se serve dans l'interprétation de l'Écriture d'autres doublées ni d'autres principes que ceux qui sont contenus dans son histoire, est parfaitement certain de se mettre à Fabri de toute erreur, et de pouvoir discuter sur des objets qui passent la portée humaine avec la même sécurité que sur les choses qui sont du ressort de la raison. Mais pour qu'il soit bien établi que la route que je trace non-seulement est sûre, mais a seule ce caractère et se trouve en parfait accord avec la méthode qui sert à interpréter la nature, je dois faire remarquer que les livres saints contiennent un grand nombre de choses sur lesquelles la raison naturelle ne fournit aucune lumière. Car ce qui fait la plus grande partie de l'Écriture, ce sont des récits historiques et des révélations. Or ces récits ne contiennent guère que des
miracles, c'est-à-dire (comme on l'a expliqué dans le chapitre précédent) des phénomènes extraordinaires, où se mêlent toujours les opinions et les jugements de ceux qui les racontent; et quant aux révélations, nous avons montré dans notre chapitre ii* qu'elles sont également accommodées aux opinions des prophètes ; et d'pil|eurs, en elles-mêmes, elles surpassent la portée de l'esprit humain. Par conséquent, pour connaître toutes ces choses, c'est-à-dire presque tout ce qui est contenu dans l'Écriture, il ne faut consulter que l'Écriture elle-même; de même que, pour connaître la nature, c'est la nature seule qu'il faut interroger. Je sais bien que l'Écriture contient aussi des prescriptions morales qui se peuvent déduire de la raison naturelle ; mais ce que la raison ne nous apprend pas, c'est qu'il y ait effectivement dans les livres saints de telles prescriptions morales, et ce point ne peut être éclairci que parla lecture seule des livres saints. Je dis plus : si nous voulons constater, d'un esprit libre de tout préjugé, la divinité de TÉcriture, il est nécessaire que nous sachions par elle-même qu'elle enseigne une morale vraie; autrement, nous n'aurions plus aucun moyen de prouver que l'Écriture est divine, puisque la certitude des prophéties nous à été principalement démontrée par la droiture et la sincérité des prophètes. Il faut donc que la pureté de leur morale soit parfaitement établie pour que nous puissions avoir foi dans leurs paroles. Quant aux miracles, outre que les faux prophètes en pouvaient faire, nous avons déjà établi qu'ils sont incapables de nous convaincre de Texistence de Dieu. 11 ne reste donc qu'un moyen de constater la divinité de l'Écriture, c'est de faire voir qu'elle enseigne la véritable vertu. Or l'Écriture seule peut nous donner des preuves à cet égard, et si elle en était incapable, elle perdrait ses droits à notre confiance, et sa divinité ne serait qu'un préjugé. Je conclus donc que la connaissance tout entière de l'Écriture ne doit être demandée qu'à l'Écriture elle-
mêmcj et à elle seule.
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J'ajoute que TÉcriture sainte ne nous donne point les définitions des choses, pas plus que ne fait la nature.* D'où il suit qu'il faut déduire ces définitions des récits que rÉcriture nous présente sur chaque sujet, de même que, pour obtenir les définitions des choses naturelles, on les tire de l'examen des actions diverses de la nature. Voici donc finalement la règle générale pour interpréter les livres saints : n'attribuer à l'Écriture aucune doctrine qui ne ressorte avec évidence de son histoire.
Or comment doit se faire l'histoire de l'Écriture, et à quels récits doit-elle principalement s'attacher? c'est ce que je vais expliquer à l'instant même.
I. Elle doit premièrement expliquer la nature et les propriétés de la langue dans laquelle les livres saints ont été écrits, et qui a été parlée' par leurs auteurs. A cette condition seule, on pourra découvrir tous les sens que cljaque passage peut admettre d'après les habitudes du langage ordinaire. Or, comme tous les écrivains tant de l'Ancien Testament que du Nouveau sont Juifs, il s'ensuit que l'histoire de la langue hébraïque est nécessaire avant toute autre, non-seulement pour l'intelligence des livres de l'Ancien Testament, qui ont été écrits dans cette langue, mais même pour celle du Nouveau ; par la raison que les livres de l'Évangile, bien qu'ils aient été répandus dans d'autres langues, n'en sont pas moins pleins d'hébraïsmes.
IL L'histoire de l'Écriture doit, en second lieu, recueillir les sentences de chaque livre, et les réduire à un certain nombre de chefs principaux, afin qu'on puisse voir d'un seul coup d'œil la doctrine de l'Écriture sur chaque matière. Il faut aussi noter avec soin les pensées obscures et ambiguës qui s'y rencontrent, et celles qui semblent se contredire l'une l'autre. On distinguera une pensée obscure d'une pensée claire, suivant que le sens en sera difficile ou aisé pour la raison, d'après le texte même du discours. Car il ne s'agit que du sens des paroles sacrées, et point du tout de leur vérité. Et ce qu'il y a de plus à
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crajnflre eu cherchant à comprendre l'Écriture, c'est de substituer au sens véritable un raisonnement de notre eiprit, sans pf^rlerdes préjugés qui sans cesse nous préoccupent. De cette façon, en effet, au lieu, de se réduire au rôle d'interprète, on ne fait plus que raisonner suivant le$ principes de la raison naturelle ; et l'on confond le 3ens vrai d'un passage avec la vérité intrinsèque de la peqsée que ce passage e:^prime, deux choses parfaitement différentes. Il ne faut donc demander l'explication de l'Écriture qu'aux usages de la langue, ou à des raisonnements fondés sur rÉcriture elle-même. Pour rendre tout ceci plus clair, je prendrai un exemple: Moïse a dit que Dieu est un feu, qi»e fiieu est Jaloux. Rien de plus clair que ces parqle^; à ne regarder que la signification des mots; ainsi je plasge ce passage parlai Jpsf passages clairs, bien qu'au f égard de la raison et de la vérité il soit parfaitement obscur. Ce n'est pas tout : alors même que le sens littéral d'uu passage choque ouvertement la lumière naturelle, comme daqs l'exemple actuel, je dis que ce sens doit être accepté, s'il n'est pas en contradiction avee la doctrine générale et l'esprit de l'Écriture ; si au contraire il se rencontre que ce passage, interprété littéralement, soit ei^ opposition avec l'ensemble de l'Écriture, alors même qu'il serait d'accord avec la raison, il faudrait l'interpréter d'une autre manière, je veux dire au sens métaphorique. Si donc on veut résoudre cette question: Moïse a-t-il cru, oui ou non, que Dieu soit un feu? il n'y a poiut lieu de se demander si cette doctrine est conforme ou pou conforme à la raison; il faut voir si elle s'accorde ou ai elle ne ç'accqrde pas avec les autres opinions de &|oïse. Or, cpmme en plusieurs endroits Moïse déclare expressément que Dieu n'a aucune ressemblance avec les choses visibles qui remplissent le ciel, la terre et l'eau, il s'ensuit que cette parole : i^ieu est un feu, et toutes les paroles semblables doivent être entendues métaphoriquement. Maintenant, comme c'est aussi une règle de critique 4^ «'écarter la moins possible du sens littéral, il
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faut se demander avant tout si cette parole : Dieu est un feu, n'admet point d'autre sens que le sens littéral, c'est-à- ^ dire, si ce mot de feu ne signifie point autre chose qu'iin feu ilaturel. Et supposé que Tusage de la kngue ne lui donnât aucune autre signification, on devrait se fixer à celle-là, quoiqu'elle choque la raison ; et toutes les autres pensées de l'Écriture, bien que conformes à la raison, devraient se plier â ce sens. Que si la chose était absolument impossible, il n'y aurait plus qu'à dire que ces diverses pensées sont inconciliables, et à suspendre son jugement. Mais dans le cas dont nous parlons, comme ce mot feu se prend aussi pour la colère et pour la jalousie (voyez Job, chap. xxîi, vers. 13), on concilie aisément les paroles de Moïse, et l'on aboutit à cette conséquence, que ces deux pensées, Dieu estunfeuy Dieu est jaloux, sont une seule et même pensée. Moïse ayant d'ailleurs expressément enseigné que Dieu est jaloul, sans dire nulle part qu'il soit exempt des passions et des affections de rame, il ne faut pas douter que Moïse n'ait admis cette doctrine, ou du moins n'ait voulu la faire admettre, bien qu'elle sOit contraire à la raison. Car nous n'avons pas ledroitjje lerépète, d'altérer l'Écriture pour l'accommoder aux principes dé notre raison et à nos préjugés ; et c'est à l'Écriture elle-même qu'il faut demander sa doctrine tout entière.
EL La troisième condition que doit remplir l'histoire de l'Écrîtare, c'est dé nous faire cotinaitie les diverse^ fortunes qu'ont pu subir les livres des prophètes dont la mémoire s'est conservée jusqu'à nous, la vie, les études de l'auteur dé chaque livre, le rôle qu'il a joUé, en queï temps, à quelle occasion, pour qui, dans quelle kngue il a composé ses écrits. Cela ne suffit fias, il fstut nc(Us raconter la fortune de chaque livre en particulier, nous dire de quelle façon il a été d'abord recueilli, et en quelles mains il est successivement tombé, les leçons diverses qu'on y a vues, qui l'a fait mettre au rang des livres seicrés, comment enfin tous ces ouvrages qui sont
universellement reconnus comme divins ont été rassemblés en un seul corps. Voilà ce que doit renfermer l'histoire de rÉcriture. Pour distinguer, en effet, les pensées qui ont le caractère d'une loi de celles qui renferment simplement un enseignement moral, il est nécessaire de connaître la vie, les mœurs et les études de récrivaia sacré. Ajoutez qu'il est d'autant plus facile d'interpréter les paroles d'un auteur que l'on connaît mieux son tour d'esprit et son caractère. De môme, pour ne pas confondre les préceptes éternels de la loi de Dieu avec ceux qui n'ont rapport qu'à un certain temps et à un petit nombre d'hommes, ilîmporte de ne point ignorer à quelle occasion, en quel temps, pour quelle nation et quelle époque ces préceptes ont été écrits. C'est enfin une chose indispensable de remplir toutes les autres conditions que nous avons indiquées, non-seulement pour établir l'authenticité de chaque livre, mais pour savoir si des mains adultères n'en ont pas altéré le texte, si des erreurs ne s'y sont point glissées, si les corrections convenables ont été faites par des hommes capables et dignes de foi. Toutes ces précautions, je le répète, sont nécessaires pour quiconque ne veut s'attacher dans l'Écriture qu'à ce qui est certain et indubitable, au lieu de se jeter aveuglément sur tout ce qui lui est présenté.
Quand nous aurons ainsi établi soUdement l'histoire de l'Écriture, et pris la ferme résolution de n'y rien reconnaître comme doctrine des prophètes qui ne résulte de cette histoire et n'en puisse être très-clairement déduit, le moment sera venu alors de nous attacher à l'interpré- ' tation des prophètes et de l'Esprit-Saint. Ici Tordre qu'il faut suivre, la méthode qu'il convient d'appliquer sont exactement les mêmes qu'on emploie pour interpréter la nature, d'après son histoire. Car, comme dans l'étude dd la nature on commence par les choses les plus générale» et qui sont communes à tous les objets de l'univers, c'est à savoir, le mouvenlent et le repos, leurs lois et leurs
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règles universelles que la nature observe toujours et par qui se manifeste sa perpétuelle action , descendant ensuite par degrés aux choses moins générales ; de même, dans l'histoire de TÉcriture , il faut d'abord chercher ce qu'il y a de plus univeifsel, ce qui fait la base et le fondement de tout le reste, ce qui exprime la doctrine qu'ont enseignée les prophètes pour les intérêts éternels de tout le genre humain : par exemple , qu'il n'y a qu'un seul Dieu, seul tout-puissant, seul adorable, qui prend soin de tous les hommes, et chérit entre tous ceux qui l'adorent et qui aiment leur prochain , etc. Voilà des principes que l'Écriture proclame sans cesse en des termes si exprès et si clairs que personne n'a jamais pu avoir sur ce point la moindre incertitude. Maintenant, qu'est-ce que Dieu, comment peut-il tout connaître et étendre sa providence à tout, ce sont là des points sur lesquels l'Écriture ne s'explique pas ex professa^ et ne dit rien qui ait le caractère d'uhe doctrine éternelle. Tout au contraire, nous avons fait voir plus haut que les prophètes ne s'accordent pas à cet égard, et par conséquent on ne doit rien établir sur tous ces objets à titre de doctrine du Saint-Esprit, bien que la lumière naturelle soit capable de les éclaircir parfaitement. La doctrine générale de l'Écriture une fois bien connue, il faut descendre à des choses plus particulières, lesquelles néanmoins se rapportent à la pratique de la vie, et découlent de la doctrine universelle des livres saints comme des ruisseaux d'une source commune : telles sont toutes les actions particulières et extérieures de la véritable vertu, qui ne doivent être pratiquées qu'en des circonstances déterminées} Que s'il se rencontre sur ce point des passages obscurs ou ambigus, il les faut expliquer ou éclaircir par la doctrine générale des saints livres ; et dans le cas où on en trouverait de contradictoires, on doit se demander alors à quelle occasion, en quel temps, et pourquoi ces passages ont été écrits. Par exemple, quand Jésus-Christ dit: Bienheureux les affligés^ car Us seront consolés, ce texte ne II. 12
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nous apprend point de quelle sdrté d*âffllgés îî s*agît. Mais comme Jésus-Christ nous enseigne ensuite {Matthieu^ chap. VI, vers. 33) de n'avoir d'autres soins que celui du royaume de Dieu et de sa justice, c'est-à-dire du souverain bien, il s'ensuit qilë, dans le passage Cité, il a entendu désigner ceux qui s'affligerit de ne point posséder le royaume de Dieu: et de voir la justice négligée parmi les hommes. Ce sont là, en effet, les deux seules causes possibles d'àfflictioii pour ceux qui n'aiment que le royaume de Dieu ou l'équité, et qui méprisent tous les autres biens que donne Ifcl fortune. De même encore, quand jêsîis- Clwist dit: Sî qUelqu^un te frappe à la joue droite, présente-lui la joue gauche, et tout ce qui suit, on ne peut pas croire que Jésus-Christ ait protloncé ces paroles à titre de législateur s'àdressant à des juges ; car alors Jésus-Chrîst serait venu détruire la loi At Moïses ce qui eût été coritraire à sa inisslon, cdmilie il le déclare lui-même expressément {Matthieu, chap. v, vers. il). Il fatit donc considérer ici le caractère de celui qui a prononcé ces paroles, le temps où il Ifes a dites, et les personnes à qui il les a adressées. Or le Christ h'est point venu instituer des lois à titre de législateur, mais donner un ensèigtiement moral à titre de docteur ; et ce qu'il voulait réformer, ce n'était point les actions extérieures, mais le fond des cœurs. Ajoutez â cela qu'il s'adressait à des hdmmes opprimés, qui vivaient dans un État corrompu, où la justice négligée faisait pressentir une dissolution prochaiiie. Or on remarquera qtie ces mêmes paroles que prononce Jésus au motaent d'uhe ruîile prochaine de Jérusalem, nous les trouvons dans Jérémie , qui les adressait aux Juifs dans une circonstance toute semblable, lors de la première dissolution de Jérusalem (voyez Lamentations, chap. in, lett. Tet et Jot). Les prophètes n'ayant donc jamais enseigné cette doctrine que dans des temps de dissolution, sans qu'elle ait jamais pris le caractère d'une loi, comme nous savons d'ailleurs que Moïse, qui n'écrivait pas à une époque d'oppression et de malheur^ et
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n'avait d'autre 3oia, repaarquons-le bien, que d'établir un excellent porps de loi, comme Moïse, dis-je, tout en condamnant la vengeance et la baine du prochaki, 9 cependant, établi cette règle : (f!il pour œil], dent pour dent, il est plair que le précepte de Jésus-Christ et de Jérémie sur le pardoî^ dps injures et le devoir de céder toujours aux méchants ne sont applicables qu'aux époques 4'oppressioi} et dans un État où la justice est négligée, et non point dans un État bien réglé. Car ai; contraire, dans ufi État bien réglé, où la justice est eî^actement maintenue, tout citoyen est obligé, pour conserver sa réputation d'homme juste, d'exiger devant le magistrat la réparation des torts qu'on a pu lui faire (voye? Lépitiquey cbap. v, vers. 1), non point parle désir de la vengeance (voyez zèid., cbap. ^ly vers. I7, J8}, ^lais pour que la justice et les loi? de Ja patrie soient Refendues, et que les méchants ne jqpis^ent pas de l'impupité. Or tout cela est parfaiteflient d'apcord aypc la liaison naturelle. Je pourrais citer une foule 4'ex^mple§ ^x^ pa0rae genre; mais j'en ai asse?: d|t ppur éclaircir m^ pensée et faire sentir l'iitilité de nia métbo4e) pe qui est ici mon principal objet.
Je n-ai p^rlé jusqu'à ce moment que des p^sqages de l'Écriture qui se l'apportent 4 la pratique de Iq vie. Or l'interprétation de ces passages ne présente aucune difficulté sérieuse, et n'a jamais suécjté aucune controverse entre les auteurs qui ont écrit sur la Bible- Il en £St tout autrement de cette partie des livrei? saints qui a trait à des points de spéculation. Ici la voie devient beaucoup plus étroite. Les prophètes, en eifet, n'étant pas d'accord entre eux sur les choses spéculatives (comme nous l'avons démontré pi-dessus), et leurs répits étant apcommodés aux préjugés des temps divers où chacun d'eux a vécu, il s'ensuit qu'on n'a pas le droit d'éclaircir les points obscurs de tel et tel prophète à l'aide des passages plus clairs d'un autre prophète, à moins qu'il ne soit parfaitement établi qu'ils ont eu les mêipes sentiments.
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Comment faire en ces rencontres pour découvrir la pensée des prophètes au moyen de Thistoire de TÉcriture? c'est ce que je vais expliquer brièvement. Il faut premièrement suivre le même ordre dont nous avons déjà parlé, et commencer par les choses les plus générales, en s'eiBfbrçant avant tout d'apprendre par les plus clairs endroits de l'Écriture ce que c'est que prophétie ou révélation, et en quoi elle consiste principalement. Il faut examiner ensuite la nature du miracle, et continuer ainsi d'éclaircir les notions les plus générales qui se rencontrent dans les livres saints. De là il faut descendre aux opinions particulières de chaque prophète, et enfin au sens de chaque révélation ou prophétie, de chaque récit historique, de chaque miracle. De quelle précaution il convient d'user dans cette recherche pour ne point confondre la pensée des prophètes et des historiens avec celle du Saint-Esprit et la vérité même de la chose, c'est ce que j'ai précédemment rendu sensible par plusieurs exemples. C'est pourquoi je n'insisterai pas ici sur ce point, me bornant à ajouter, touchant le sens des révélations, que cette méthode nous fait découvrir seulement ce que les prophètes ont vu ou entendu, et non pas ce qu'ils ont voulu exprimer ou représenter au moyen de ces symboles. Cela peut sans doute se deviner; mais cela ne peut se déduire rigoureusement des paroles de l'Écriture.
Voilà donc la vraie méthode pour interprète? l'Écriture sainte, et il est bien établi qu'elle est la voie la plus sûre, la voie unique qui nous fasse pénétrer jusqu'à son véritable sens. J'avoue que si l'on avait entre les mains, par une tradition 'certaine, l'expUcation véritable des prophéties recueillie de la bouche même des prophètes, et telle que les pharisiens se vantent de la posséder , ou bien si l'on pouvait s'adresser, comme font les catholiques romains, à un pontife qui, à les en croire, est infaillible dans l'interprétation des livres saints, j'avoue alors que l'on posséderait une certitude plus grande que celle que je propose ; mais comme cette prétendue tra-*
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dition est extrêmement incertaine, et l'infaillibilité du pape fort mal appuyée, on ne peut rien fonder de bien solide sur aucune de ces deux autorités. Tune qui a été niée par les plus anciens d'entre les chrétiens, l'autre que les plus anciennes sectes juives n'ant jamais reconnue. J'ajoute (pour ne rien dire de plus) 'que si l'on regarde à la suite des années, telle que les pharisiens l'ont recueillie de leurs rabbins, et par laquelle ils font remonter leurs traditions jusqu'à Moïse, on la trouve entièrement fausse, ainsi que nou^ le prouverons ailleurs, n faut donc tenir cette tradition pour très-suspecte. Et bien que dans notre méthode nous soyons forcé de sup« poser quelque tradition des Jiiîfs comme incorruptible, savoir, la signification des mots de la langue hébraïque qui nous ont été transmis par eux, cela ne nous oblige pas d'admettre aucune autre tradition. Si en eflfet il arrive souvent qu'on altère le sens d'un discours, il ne peut en être habituellement de même pour la signification d'un mot. Ici, en effet, on rencontrerait des difficultés insurmontables, puisqu'il faudrait interpréter tous les auteurs qui ont écrit dans la même langue et se sont servis du même mot dans son sens usuel ; il faudrait, dis-je, interpréter chacun de ces auteurs conformément à son génie et à ses sentiments particuliers, ou bien altérer complètement sa pensée avec une adresse et des précautions infinies. D'ailleurs le vulgaire et les doctes n'ont qu'une même langue, au lieu que ceux-ci sont seuls dépositaires du sens d'un discours et des livres; ce qui fait bien comprendre que les savants aient pu aisément altérer ou corrompre le sens d'un livre très-rare qu'ils avaient seuls entre les mains, tandis qu'ils n'ont jamais pu changer la signification des mots. Ajoutez 4 cela que si quelqu'un voulait altérer le sens d'un mot pour lui donner un nouveau sens, il aurait bien de la peine à s'y astreindre chaque fois qu'il aurait besoin de ce mot, soit en parlant, soit en écrivant. Concluons donc, par toutes ces raisons et une foule d'autres semblables, qu'il n'est jamais venu
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dans Tesprit de perspnne de corrompre wnç langue, mais qvi'il a pu souvent arriver gu*o^ ait altéré la pensée d'nn écrivaiïi en changeant le te$te de son discours , ou en lui donnant une fausse iqtprprétatiqi^. Et par copséquent, puisque j^otre fl^^thojje, qui cpnsiste ^ ne demander la connaissance de l'Écriture qu'a TÉcritpn^e elle-m^ine, est la s^ule véritable méthode/ tontes les fois qu'elle ne pourra nous fournir l'explication fld^le (i'ui^ passage des livres saints, il faudra désespérer dp la trouvçir.
Expliquons qaaintenant le^ difl^cwltés de cette métbodei et ce qui peut l^ii manquer pour nous doupey \^ne connaissance exacte etcertaine des livres sacrés, ^a prepiière et h principale difficulté,* c'est qu'il faut posséder parfaitement la langue hébraïque. Qr d'où t^re^ cette connaissance ? Les anciens grammairiensi béb.renx ne nous ont rien }s4ssé sur les fondements de c^tt^ Ifmgue et snr sa théorie. Quant à nous, du moins, nous n'en voyons ancnu vestige ; nous n'avons ni dictiqnnair^ , ni grammaire, ni l'hétorique hébraïques. La nation juive a pçrdn toute sa gloire et tout son éclat; et faut-il s'en étonner après les malheurs et les persécutions qu'elle a spufferts? A peine a-t-elle conservé quelques débris de sa langue, quelques monuments de sa littérature ; 1^ plupart des noms, ceux des fruits, des oisee^ux, des poissons, ont péri par l'injure du temps ; la signification d'une foule de mots et de verbes que l'on rencontre dans la Bible est ignorée ou Jivrée à I4 controverse. Mais ce n'est pas tout encore : la syntaxe de cette langue n'existe plus, et la plupart des termes et des locutions propres ^ la nation hébraïque n'ont pu résister à Faction dévorante du temps, qui les a effapés de la mémoire des hommes. On conçoit donc qu'il ne nous ser^ pas toujours possible de trouver, comme nous le voudrions, tous les sens que chaque passage a pu recevoir des (labitudas de la langue, et qu'il devra se rencontrer beaucoup d'endroifcî dont le sens paraîtra fort obscur et presque inintelligible, bien qu'ils soient composés de Ijermes t^ès-connus, Ajoutez à ce défaut
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d'qïi^ histoire complète de la lai^gue bél)Faïque les difficultés qui paissent de la cpn$titutioo çt de la nature môme de pptte langue. Elles ^ont ^i grandes et les ambiguïtés rayîennent si souvent qu'i^e méthode cs^pable i|e donner le vrai sens de tqus les passages de TËcriturp est quelque chose d'absolument impossible *. On s'eii conyaipcra si i'oq veut repaarqiier qu'outre les causes â'aqibiguïté gommunes à toutes les langues, il en est quî ^ sont particulières à la langue hébraïque et d'pii sortent une infinité d'équivoques inévitables. C'pi^t ce que je crois Utilp d'e]^pliquer ici avec l'étendue ppu^enable.
La première cause d'ambiguïté et d'obscurité daps lesi livres saints viept de ce que îes lettres (i*up m0me qrgane ce prennent l'une pour l'fi^utrp. Les Héfereux, en effet, divisent toutes les lettres de Talphabet pu cjnq plaises q\^ corresppudent au? cipq psirtiqs dP Ift bouphe gui seryeui à la pronpuciation, s^vpir : les lèvres» \^^ langue, les dents, le palais et le gosier. Par exemple : a/pAa, gh^t, bgain, he sont appelées gutturales, et se prennent iu4ifférem-r' pient , à notre avis du mpin^, l'pne pour l'çiutre. Ainsi, e/J qui signifie uers^ se prepd spuvent pour hgc^l , qui signifie au-de$su^, et répiproqueiueut. Pt de là vient que tputes les parties du discours sont presque toujours ou ambiguës' pu dépourvues d'un sens précis.
La seconde cause d'ambiguïté , c'est que les conjonctions et les î^dverbes ont plusieurs signiflpatipus. Par pxemftle, vm^ qui est aussi bien cpnjpuetive que disjonçtive, signifie et y mais, paur^ qi^^ or, aior$. Ki a également sept ou huit significçitipns, savoir : poirçe que^ quoique y si, quand, de mêim qv^e, ce qMç, çomb^stio1[^, etc.; il en est de même de presque tputes les particules.
Mais voici une troisième source d'am^ignïtés multipliées : les verbes, en hébreu , n'qnt h Vindicatif ni pressent, ni prétérit imparfait, ni plus-que-parfait, ni futur parfait, ni les autres temps les. plus usités dans les autres