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nent à penser que ces notes marginales ont été écrites par les auteurs mêmes des livres saints dans Tintention de marquer quelques mystères. La première de ces raisons et la plus faible à mes yeux est fondée sur Tusage qui a prévalu dans la lecture de la Bible. Si ces notes, disent-ils, eussent été mises pour indiquer des leçons différentes, entre lesquelles les hommes des générations suivantes ne pouvaient faire un choix certain , d'où vient que Tusage s'est établi d'adopter constamment le sens marginal? Pourquoi les auteurs de ces notes auraient-ils mis à la marge le sens qu'ils voulaient adopter? D semble qu'ils auraient dû bien plutôt écrire le texte de TÉcriture comme ils voulaient qu'on le lût, au lieu de reléguer dans la marge le sens et la leçon qu'ils croyaient véritables. La seconde raison des pharisiens, qui est assez spécieuse , est tirée de la nature même de la chose. Us disent que les fautes du texte ne peuvent s'y être introduites de dessein prémédité , mais par hasard, et conséquemment d'une façon très-variable. Or, dans les cinq premiers livres de la Bible, le mot qui signifie jeune fille est constamment écrit , sauf une exception, d'une manière défectueuse; il y manque la lettre he, ce qui est contre la règle de la grammaire hébraïque ; mais à la marge on le trouve écrit selon la règle générale. Mettra-t-on cette faute sur le compte de la main qui a écrit l'ouvrage ? mais par quelle fatalité cette main s'est-elle précipitée chaque fois qu'il a fallu écrire ce même mot? D'ailleurs, quoi de plus facile que de corriger la faute dans le texte môme , sans rien mettre à la marge? U n'y avait point là matière à scrupule. Ainsi donc, puisque |ces leçons marginales ne sont point l'effet du hasard, puisqu'on n'a pas corrigé des fautes si sensibles, il faut conclure que les premiers écrivains de la Bible y ont ajouté des notes avec un dessein réfléchi, et que ces notes ont un sens mystérieux.
Il nous sera facile de répondre à tous ces raisonnements. Et d'abord , l'usage qu'ils invoquent ne peut point nous arrêter ; c'est sans doute par une sorte de respect
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superstitieux que les Juifs, trouvant les deux leçons (la textuelle et la marginale) également bonnes, et ne voulant en abandonner aucune, décidèrent que Tune des deux serait constamment écrite et Tautre constamment lue. Ils craignirent , en matière si importante , de faire un cboix définitif, et de prendre la mauvaise leçon en voulant déterminer la bonne; ce qui aurait pu arriver en effet, s'ils avaient décidé que Tune des deux leçons serait à la fois adoptée à la lecture et par écrit, d'autant mieux que Ton n'écrivait pas de notes marginales sur lés exemplaires sacrés. Peut-être aussi voulait-on que certains mots, quoique bien écrits dans le texte , fussent modifiés ou suppléés à la lecture de la façon qui était indiquée à la marge. Et de là Tusage s'établit d'adopter généralement, à la lecture , la leçon marginale. On me demandera pourquoi les scribes marquaient ainsi à la marge les cbangements qu'il fallait faire au texte en le lisant ; c'est ce que je vais expliquer à l'instant. Car je suis loin de penser que toutes les. notes marginales fussent des leçons douteuses; plusieurs étaient destinées à remplacer les mots tombés en désuétude , ou bien ceux que l'état des mœurs ne permettait plus de lire tout haut. On sait que les anciens écrivains, hommes simples et sans malice , laissaient là les circonlocutions à l'usage des cours et appelaient les choses parleur nom. Quand vinrent les époques de luxe et de corruption , les expressions qui ne blessaient point» l'oreille chaste des anciens commencèrent à passer pour obscènes. Or, bien que ce ne fût pas là une bonne raison pour altérer l'Écriture, on voulut toutefois avoir égard à la faiblesse du peuple , et l'ordre fut donné de remplacer, les mots qui exprimaient l'union sexuelle ou les, excréments par des mots plus honnêtes, ceux-là môme qui se trouvaient à la marge. Du reste, quelle que soit la cause qu'on assigne à l'usage établi de suivre la leçon marginale dans la lecture et dans l'interprétation de la Bible , il est certain du moins que ce n'a pas été la prétendue conviction que l'on avait, suivant les pharisiens, de la légi- II, IC
jtimité de cette interprétation. Car, outre que les rabbins, dans le Talmud , ne sont pas ordinairement d'accord avec les Massorètes, et qu'ils ont adopté, comme nous le prouverons tout à rheure , des leçons qui leur sont propres , on rencontre à la marge des exemplaires hébreux de la Bible des leçons qui ne sont point conformes à Tusage de la langue. Par exemple, il est dit dans Shamuel (liv. II, chap. IV, vers. 23) : Parce que le roi a agi suivant le conseil de son serviteur. Or cette construction est parfaitement régulière et s'accorde très-bien avec celle qu'on trouve au verset 16 du même chapitre. Au contraire, la leçon marginale ton serviteur ne s'accorde pas avec la personne du verbe. De même, au chapitre xvi (dernier verset) du même Uvre , nous lisorfs : Quaiid on consulte la parole de Dieu, La note marginale quelqu'un est placée là pour donner un nominatif au verbe consulte; mais cela est contraire aux ^labitudes delà langue hébraïque, qui met toujours les verbes impersonnels à la troisième personne , comme le savent parfaitement les grammairiens. On trouve ainsi un certain nombre de leçons marginales qui ne peuvent d'aucune façon être substituées au texte.
Il ne me sera pas plus difficile de répondre à la seconde raison invoquée par les pharisiens. J'ai déjà montré, en effet, que les scribes, outre les leçons douteuses, ont encore noté les mots tombés en désuétude. Car il ne faut point croire que la langue hébraïque n'ait pas subi , comme toutes les autres , les variations qu'amène le temps, et qu'il ne se trouve point dans la Bible beaucoup de vieux mots hors d'usage, que les derniers scribes ont potés afin de les remplacer par des mots plus usuels quand ils lisaient l'Écriture au peuple. C'est pour cela que le mot nahgar est toujours noté, car il était anciennement des deux genres et répondait exactement au juvenis des Latins. De même, les anciens Hébreux appelaient la capitale de l'empire Jérusalem et non pas Jérusalaim. J'en dirai autant des pronoms lui-même et elle-même j les modernes ayant changé vau en jod (transformation
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tr§ç;-^sitée dans la |aqgue hébraïque ) pour marquer le genre féfpinin, bien que les anciens n'eussent accoutumé dp distiiîgi|pr le fémÎQin d'avec le masculin que par les voyelle^. Je ferai reqiiarquer encore que les temps irrégulieps de cert^fins verj)ps ne sont pas les mêmes chea les anciens et chez l^s moderiies , que c'était chez les anciens im trait d'élégance d'employer souvent certaines lettres dpuces pour l'oreille; en un mqt, il me serait aisé de iflpltiplier les preuves de ce genre, si je ne craignais d'abuser de la patience du lecteur.
On vçxe dera^n4era peut-être d'où j'çfi appris toutes ce^ particularités. Je réponds que je les ai trouvées dans les plus ancieîis écrivaips hébreux , dans la Bjlile ellemème ; et il ne faut point s'étonner que les moderne» Hébreux n'aient point cherché ^ imiter çur certains pqints les anciens , puisqu'il arrive dans toutes les langvies , même dans celles qui sont mortes depuis longtemps , qu'oïl distingue fort bien les mots (lu preipi^r 4g^ 4? ceux qui sont plus récents.
On pourrait encore me demander comment \l se fait » s'il est vrai, commp je le soutiens , que 1^ plapart des notes margipales 4b la Bible soient des leçons douteuses, qvi'il ^'y ^jt j^pas^s poijr un passage que fl eux Ipçpns (la te^tuellp et la iftargii^ale) , ^\ non pas trqis ou im plus grand lîQpPibre ; et §ussi, cojnipei^t }] î^rrive que }es scribes aient p^ liésiter entre deux leçons, Iprsque la leçon textuelle est éviden^ment contraire à la graqamaire, et que la marginale est une rectification légitime. Je n'éprouve aucun embarras à répondre à ces 4eiix questions : je dirai premièrement qi;'il est très-certain qu'il a existé un plus grand nopabre de Ipçons que celles que nous trouvons £ictuellement marquées d^ps pps exemplaires. Par exernpie, on en trouve pl^sipi^rs 4ans le ïalmud que les Massorètes ont négUgées, et qui sont si différentes lès unes des autres que le superstitieux correcteur de la Bible de Bombergue a été obligé de convenir dans la préface qu'il ne saurait comment les mettre d'ac-
cord. « J'avoue, dit-il, qu*en cette rencontre je ne puis que répondre ce que j'ai déjà répondu plus haut, savoir, que le Talmud est d^ ordinaire en contradiction avec les Massorètes. » Il suit de là qu'on n'est pas fondé à soutenir qu'il n'y a jamais eu dans les exemplaires de la Bible que deux levons pour chaque passage. Cependant je veux bien faire cette concession à mes adversaires ; je crois même qu'effectivement on n'a jamais rencontré que deux leçons," et voici mes preuves. 1* J'ai expliqué la variété des leçons par la ressemblance de certaines lettres. Or une pareille cause n'admet que deux leçons différentes. La question était toujours de savoir entre deux lettres laquelle il fallait écrire; par exemple, il fallait choisir entre bet et kaf, entre jod et vau, entre dalet et resy etc., toutes lettres dont l'usage est tellement fréquent qu'il devait arriver souvent que Tune comme l'autre donnait un sens raisonnable. Il fallait aussi savoir si la syllabe était longue ou brève ; or ce sont les lettres que nous avons appelées muettes qui déterminaient la quantité de ces syllabes. Ajoutez à cela que nous n'avons pas prétendu que toutes les leçons, sans exception , fussent des leçons douteuses, puisqu'au contraire nous avons expressément dit que plusieurs d'entre elles avaient été faites par un motif d'honnêteté, ou pour expliquer des mots tombés en désuétude. 2° La seconde raison que j'ai de croire qu'il n'y a jamais eu que deux leçons différentes, c'est la conviction où je suis que les scribes n'ont pu trouver qu'un très-petit nombre d'exemplaires, et peut-être pas plus de deux ou trois. Car, au traité des scribes (chap. vi), il n'est fait mention que de trois exemplaires qu'on suppose trouvés parHezras, qu'on donne comme l'auteur des notes marginales. Mais quoi qu'il en soit de ce dernier point, s'il est vrai que les scribes n'ont eu sous les yeux que trois exemplaires , on conçoit très-facilement que pour un même endroit il y ait toujours eu deux de ces exemplaires d'accord ; car il serait vraiment prodigieux que trois exemplaires seu-
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lement eussent donné trois leçons diflFérentes. Maintenant, d'où vient qu'après Hezras la pénurie en fait d'exemplaires a été si grande ? C'est ce dont on cessera de s'étonner si l'on veut lire seulement le chapitre i du livre I des Machabées, ou le chapitre vu du livre XII des Antiquités de Josèphe. Je dirai môme que c'est chose presque miraculeuse qu'après une persécution si longtemps prolongée , on ait pu conserver ces quelques exemplaires ; et personne ne nous contredira sur ce point, après une lecture même rapide de l'histoire des Hébreux.
Voilà donc les différentes raisons qui expUquent pourquoi Ton ne rencontre jamais dans la Bible que deux leçons douteuses ; et conséquemment c'est s'abuser que de s'imaginer là-dessous quelque mystère.
Il ne me reste plus à discuter qu'une seule .difficulté, celle que les pharisiens tirent de certains mots qui se rencontrent dans lés exemplaires de la Bible et qui sont écrits d'une façon tellement vicieuse qu'ils n'ont visiblement pu être en usage en aucun temps. Pourquoi donc ne pas corriger ces mots dans le texte, au lieu d'indiquer la correction à la marge ? A cette question , je réponds que je ne suis pas tenu de connaître les scrupules religieux qui ont pu s'opposer à la correction directe d'un texte défectueux. Il est probable que c'est par un motif de pieuse sincérité que les scribes ont voulu transmettre à la postérité le texte de la Bible exactement tel qu'ils le trouvaient dans le petit nombre d'exemplaires qui étaient sous leurs yeux ; et quand ils trouvaient des différences entre ces exemplaires, ils les signalaient en marge, non comme des leçons douteuses , mais comme des leçons simplement différentes. Or, quant à moi, si je les ai appelées des leçons douteuses , c'est que la plupart du temps, en effet, il me serait impossible de dire quelle est celle qu'il faut préférer.
Je ferai remarquer enfin qu'outre les leçons douteuses y les scribes ont comme indiqué (par un espace
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vide interposé au milieu des paragraphes) plusieurs passages tronqués, dont les Massorètes fixent mêpie le nombre ; car ils en comptent vingt-huit, et je ne sais trop si ce nombre de vingt-huit ne couvre pas aussi à leurs yeux quelque mystère. Les pharisiens vont jusqu'à mesurer avec précision la longueur de Tespace que les scribes ont laissé vide , et ^Is s'y cûpformeqt religieuseqient. Par exemple , ils écrivent ainsi 1^ passage suivant de la Genèse (chap. iv, vers. 8) : Et fi^aîn dit à son
frère Habel et il arriva tandis qu'ils étaient dc^ns les
champs, etc. L'espace vide marque ici l'absence des pétroles adref!s^es à Habel par Eaïn. Il y a dans la Bible vingt-huit passages semblables (outre ceux que nous avons cités plus haut); et, du reste, plusieurs d'entre eux ne paraîtraient pas tronqués, si l'on n'avait pas laissé cet espace vide. Mais il est inutile d'insister plus longuement sur ce point.