‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 67 sur 126 · Voyez les Notes marginales de Spinoza f note · texte numérisé non relu

Voyez les Notes marginales de Spinoza f note

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mettent que Thistoire de Job est véritable; et parmi ceux-là quelques-uns pensent que Job a vécu du temps de Jacob , et qu'il a même pris en mariage sa fille Dina. Mais Aben-Hezra est fort éloigné de ce sentiment, comme j'ai déjà eu occasion de le dire ; il est d'avis (voyez son commentaire) que le livre de Job est une traduction; «t^ quanta moi, jevoudraisbien qu'il en fût ainsi; car il en serait d'autant plus évident que les gentils ont eu aussi des livres saints. Mais il est plus sage de tenir la chose pouï* douteuse; et je ihe borne à penser, comme simple conjecture , que Job était un gentil d'une grande force d'âme, qui passa d'une fortune prospère à des destinées malheureuses, pour revenir ensuite à sa première condition de prospérité. Ézéchiel, en effet (chap. xiv, vers. 12), le cite entre quelques autres personnages, et je suis porté à croire que ces alternatives de la destinée de Job et la force d'âme qu'il a déployée donnèrent occasion à plusieurs de discuter sur la providence de Dieu^ ou du moins elles déterminèrent ratiteur du livre die Jcfb à composer un dialogue sur cette matière ; car ni le fohd de cette composition ni le style ne portent lé caractère d'un auteur accablé par la maladie et couvert de cendres ; elles trahissent au contraire le travail et Ite loisir dû cabinet. Sous ce point de vue , j Incline à l'ojiinîon d'Aben-Hezra , que le livre de Job est une traduction. L'auteur en effet paraît imiter la poésie des gentils; car le père des dieux y convoque deux fois l'assemblée où Momus, sous le nom de Satan , critique les actions de Dieu avec une extrême liberté , etc. Mais ce ne sont là, je l'avoue , que de simples conjectures, el elles ne sont point assez fondées pour qu'on y insiste.

Passons au livre de Daniel. Il n'y a aucun doute qu'à partlrdu chapitre vni cellvrene soit l'ouvrage du prophète dont 11 porte le nom. Mais d'où a-t-on tiré les sept premiers chapitres ? voilà ce qu'il est facile de dire. Il y a toute apparence que c'a été des chronologies chaldéennes, tous ces chapitres 9 excepté le premier > ayant été écrits en

chaldéen. Si ce point était une fois bien établi, nous y trouverions un éclatant témoignage de la vérité de ce principe, que la Bible ne doit pas son caractère de livre sain** aux paroles et aux discours qu'elle contient, ou à la langue où elle est écrite, mais aux choses mêmes que l'intelligence y découvre ; et par conséquent tous les livres qui contiennent des récits et des renseignements d'une moralité excellente, en quelque langue qu'ils soient écrits, chez quelque nation qu'on les rencontre , sont également sacrés. Quoi qu'il en soit, nous pouvons toujours noter ici que les sept premiers chapitres de Daniel ont été écrits en chaldéen, et qu'ils n'en sont pas réputés moins sacrés que tout le reste de la Bible.

Le premier livre à'Hezras est si étroitement lié à celui de Daniel y qu'il est aisé d'y reconnaître l'ouvrage d'un seul et même auteur, qui continue dans ce dernier livre à exposer l'histoire des Juifs depuis leur première captivité.

Pour le livre d'Esther, je n'hésite pas à le rattacher à celui d^Hezras, la conjonction par où il commence ne pouvant s'interpréter dans un autre sens. Et il ne faut pas croire que ce livre d'Fsther soit celui que Mardochée a écrit, puisqu'au chapitre ix (vers. 20, 21, 22) un autre que Mardochée parle de Mardochée lui-même, des lettres qu'il a écrites et de ce qu'elles contenaient. De plus, il est dit au verset 31 du même chapitre que la reine Esther avait confirmé par un édit toutes les sûretés relatives à la célébration de la fête des Sorts (Purim), et qu'on avait écrit cet édit dans le Livre ^ c'est-à-dire, en langage hébraïque, dans un livre parfaitement connu de tous à cette époque. Or il faut bien avouer ici, comme le fait Aben-Hezra, que ce livre a péri avec les autres. Enfin, le reste de l'histoire de Mardochée est emprunté aux chroniques des rois de Perse. C'est donc une chose certaine que le livre d' Esther est l'ouvrage du même historien qui a écrit le livre de Daniel, celui d'Hezras, et sans doute aussi celui de Néhémias ^, qu'on appelle le

i. Voyez les Notes margiriQhs de Spinoza, note 23«

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second livre d'Bezras. Maintenjant qu'il est établi que les quatre livres de Daniel, d^Ifezras, à'Esther et de Néhémias sont du même auteur, on me demandera quel est cet auteur. J'avoue franchement que je n'en sais rien, et je n'ai même à proposer sur ce point aucune conjecture. Mais, dira-t-on, de quelle source l'auteur, quel qu'il soit, de ces quatre livres a-t-il pu tirer les récits historiques qui les remplissent, et dont il a peut-être écrit lui-même la plus grande partie? Je ferai remarquer ici que les chefs ou princes des Juifs, à l'époque du second temple, avaient, comme les rois au temps du premier, des scribes ou historiographes, qui étaient chargés d'écrire les annales de l'empire et de consigner la chronologie des événements. Ainsi dans les livres des Roishqvls trouvons souvent citées les annales ou la chronologie de leur règne. De même les annales des princes et des pontifes sont citées dans Néhémias (chap. xii, vers. 23) et dans les Machabées (liv. I*', chap. xvi, vers. 14). Il n'y a donc aucun doute que ce livre des annales ne soit celui dont nous parlions tout à l'heure (voyez Fsther, chap. ix, vers. 34), où devaient se trouver l'édit d'Esther et l'histoire de Mardochée, et qui a péri, comme nous en sommes tombés d'accord avec Aben Hezra. Et il résulte de là que tous les récits historiques contenus dans les quatre livres de Daniel ^ à'Bezras , d'Esther et de Néhémias ont été tirés de ce livre des annales, puisque c'est le seul qui soit cité dans les quatre autres , et le seul aussi qui eût, â notre connaissance, le caractère et l'autorité d'un document public. Si maintenant on veut avoir la preuve que ces quatre livres n'ont pas été écrits par Hezras ni par Néhémias, il suffit de considérer que dans. Néhémias (chap. xn, vers. 9 et 10) la généalogie du grand pontife Jésuhga est continuée jusqu'à Jaduah , le sixième pontife, celui qui alla au-devant d'Alexandre, à l'époque où l'empire des Perses était déjà presque entièrement-abattu (voyez Josèphe, Antiquités, liv. XI, chap. viii; voyez aussi Philon le Juif, qui, au livre des Temps, appelle

Jaduah le sixième et dernier pontife qui ait exercé le sacerdoce sous la domination des Perses). De plus, dans ce même chapitre de Néhémms, on lit au verset â2 : Quant aux Lévites qui étaieût du temps d^Eljasihy dé Joiada, de Jonathan et de Jaduah ^ les noms des chefs de famille "et des prêtres ont été écrits au-dessus ' du règne de David. C'est dans les chronologies que ces noms avaient été écrits. Or, je ne pettse Jjas que personne soutienne qu'tfezras ou Néhémias * aient vécu assez longtemps pour voir mourir quatorze rois des Perses. Cyrus est, en effet, le premier de ces rois qui ait perinis aux Juifs de rebâtir leur temple, et depuis cette époque jusqu'à Darius^ quatorzième et delTiier roi des Perses , on compte plus de 230 années. Je regarde donc comme une chose certaine que ces livres ont été écrits longtemps après que Judas Machabée eut rétabli le culte du temple ; et ce qui me le fait croire, c'est qu'à cette époque on voit se répandre de faux livres de Daniel, d'ffezras et d'Esther, fabriqués dans des vues perfides par des hommes qui appartenaient sans doute à la secte des saducéens ; car les pharisiens n'ont jamaiis, que je sache, reconnu l'autorité de ces faux livres. Et bien qu'on rencontre au livre qu'on nomme le quatriètae d'Hezras de certaines fables qui se trouvent également dans le Talmud , ce n'est jpo^it une raison pour les attribuer aux pharisiens, puisqu'il n'y â personne parmi eux, sauf quelques entêtés absolument stupides, qui ne tombent d'accord que ces fables ont été introduites après coup dans le texte par une moquerie sacrilège, ou, à ce que je crois, avec l'intention de rendre leurs traditions ridicules. Une autre raison qu'on peut donner de la publication des livres dont îî s*agit à l'époque que j'ai assignée, c'est qu'on avait alors intérêt à montrer au peuple que les prophéties de Daniel s'étaient accomplie^,

1 . A moins q\x* au-dessus de ne soit pris dans le sens d^ avant, il faut croire que le copiste a fait ici une erreur et qu'il a confondu le mot hébreu qui veut dire ati^ dessus de avec celui qui signifie jusques à. [Note de ^inùza,)

t* Voyez les Nçtes ittarginale* de Spinoza, note 24.

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afin de 1^ confirmer de la sorte dans la piété, de relever son cQfli'Age et de lui donner Tespérance d'une prospérité procl^aif^e au milieu des calamités dont il était accablé. Du reste, bjen que ces quatre livres soient si récents et si nouveaux, il s'y trouve néanmoins beaucoup de fautes, qui doivent s'expliquer, si je ne me trompe, par Textrème précipitation des copistes. On y rencontre, en effet, comme 4Ans les autres livres de la Bible, outre plusieurs de ces notes marginales dont nous avons parlé dans le chapitre précédent , pn certaip nombre de passages qui ne peuvent s'expliquer que par une transcription précipitée, ainsi que je le ferai voir tout à l'heure. Mais je veux d'abord faire remc^rquer, au sujet de ces leçons marginales, que si J'on accorde aux phariçiens qu'elles sont aussi anciennes que le texte , il faudra dire alors que ceux qui ont écrit ce texte (en supposai^t qu'il ait été écrit par plusieurs) ont ajouté ces notes à la marge, parce qu'ils ne prouvaient pas les chronologies qi^'ils avaient gous les yeux d'une exactitude suffisante, et que, tout e^ y reconnaissant très-claireipent des fautes , leiir respect pour les anciens les a empêchés de les corriger directement. Mais, pour ne point revenir ici sur ui^ ç^jet déjà épuisé, je passe à cette espèce de f^ute^qui ne ^ppt point indiquées à la marge. 1« Jl s'en trouve d'abord, je jie sais combien, dans le chapitre ii à'flezrQ^; car au verset 64 la somme totale de ceux qui sont comptés sép^réineqt dans le corps du chapitre est fi^ée A 42,3^0 : Qr, en réunissant les sommes partielles, pn ne trouve que 29,848, de sorte qu'il faut nécepsairemfiPt qu'il y ait une erreur, soit dans le total généi'a), spi|: dans len sommes partielles. Or, il paraît bifi» qw le tpta} général doit être exact, vu que chacun Tavait très-certmnen^ent retenu de souvenir, comme une cl^ose mémorable; et par conséquent, si l'erreur eût porté sur ce total, elle eût été évidente pour chacun et facilement corrigée. Mais pour les sommes partielles, il en est tout autrement. Cette indication est confirmée par le chapitre vji de Néhé--

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mias, qui n'est (comme on le voit au verset 5) qu'une transcription du chapitre d'Hezras dont nous venons de parler, lequel est connu sous le nom d*Épitre de la généalogie. Dans Néhémias^ en eflFet, le total général est le même que celui à'Hezras; mais les sommes partielles sont notablement différentes, tantôt plus grandes, tantôt plus petites que celles d'Hezras, et elles donnent, prises ensemble, le chiffre de 31,089. Il résulte évidemment de cette comparaison que les erreurs nombreuses qui se rencontrent dans Hezros et dans Néhémias portent uniquement sur les sommes partielles. Les commentateurs, en présence de contradictions si manifestes, se mettent en devoir de les concilier chacun de son mieux; mais où les conduit cette idolâtrie des Écritures? à exposer au mépris les auteurs des livres saints, et à les faire passer pour incapables d'écrire un récit et d'exposer les événements avec un peu d'ordre. Ils se vantent d'éclaircir l'Écriture ; mais ils l'obscurcissent en effet, à ce point que, s'il était permis de l'interpréter suivant leur méthode, il n'est point de passage dont l'explication ne devînt incertaine. Au surplus, je ne veux point insister sur ce point, bien convaincu que, si quelque historien voulait suivre dans l'exposition des faits les procédés qu'ils attribuent dévotement aux auteurs de la Bible, ils le tourneraient en ridicule tout les premiers. Mais je les entends s'écrier que c'est être un blasphémateur que d'imputer une erreur à l'Écriture. Quel nom faudra-t-il donc leur donner, à eux qui mettent sur son compte toutes les chimères de leur imagination, et qui, prostituant la Bible à leurs caprices, transforment les auteurs des livres saints en enfants qui balbutient et embrouillent tout ? Ne les entend-on pas nier dans l'explication de la Bible les sens les plus clairs, les plus évidents? Y a-t-il, par exemple, rien de plus intelligible dans l'Écriture que ce fait, savoir, qu'Hezras et ses compagnons, dans l'Epître de la généalogie (qui se trouve au chapitre n du livre à^Bezras), ont fait, par sommes partielles, le compte de tous les Hébreux partis

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avec eux pour Jérusalem? La preuve en est qu'on y donne le compte, non-seulement de ceux qui ont indiqué leur généalogie, mais aussi de ceux qui n'ont pu le faire. N'est-il pas également clair, par le verset 5 du chapitre vu de Néhémias, que Tauteur de ce livre n'a fait que transcrire cette épitre à!Hezras ? Par conséquent, ceux qui donnent à ces passages une explication différente nient le vrai sens de l'Écriture ; que dis-je ? ils nient l'Écriture elle-même. Ridicule piété, qui, sous prétexte d'expliquer un passage de la Bible par d'autres passages, subordonne les endroits clairs à ceux qui sont obscurs, les parties vraies et saines à celles qui sont altérées et corrompues! Loin de moi, toutefois, la pensée d'accuser de blasphème ceux qui expliquent l'Écriture de la sorte ; leurs intentions sont pures, et je sais que l'erreur est le partage inévitable de l'homme. Mais je reviens à mon sujet.

Outre les erreurs qu'il faut bien reconnaître dans les supputations de l'Épître de la généalogie, celles de Néhémias comme celles d'Hezras, il s'en rencontre encore plusieurs autres dans les noms mêmes des familles, dans les généalogies, dans les histoires, et aussi, je le crains fort, dans les prophéties. Du moins, je ne vois pas que celle de Jérémie, au chapitre xxii, touchant Jéchonias, et surtout les paroles du dernier verset de ce chapitre, aient aucun rapport avec l'histoire de Jéchonias, telle qu'on la trouve sur la fin du livre II des Rois^ dans Jérémie^ et au livre I des Paralipomènes (chap. m, vers. 17, 18, 19). Je ne vois pas non plus comment Jérémie jpeut dire de Tsidéchias, à qui on avait crevé les yeux après avoir égorgé ses fils en sa présence: Tu mourra» en paix (voyez Jérémie^ chap. xxxiv, vers. 5). Que s'il était permis d'interpréter les prophètes d'après l'événenarent, il faudrait ici, à ce qu'il semble, changer les noms, mettre Jéchonias à la place de Tsidéchias, et réciproquement. Mais j'aime mieux dire que ce point reste obscur , surtout quand je considère que, s'il y a ici quelque erreur, on ne peut l'imputer qu'à riiistorien et nonà l'altération du texte.

Je ne pousserai pas plus loin rexamen des livres de la Bible; outre gue ]> craîiî(îrais ôq fatiguer le lecteur, cette critique a déj4 été faite. Ainsi, R, Selomo, frappé des contradictiops manifestes qu'on rencontre dans les généa- Ipgies dont nops venopa de parler, n'a pu se contenir (voye? ses cppimentaires sur le chapitre viii du livre I des Paralipp!inènes). H avoue q^'Hezra9 donne les nom des enfants de. fienjamin^ et expose leur généalogie tout autre^ ment que la Geopse, et qu'il indique amsi tout autrement queJosué (q plupart des villes des Lévites t ce qui vient sans doute de ce qu'il a eu sçm^ les yeux des originaux différents. Selomo remarque m peu plus bas que la généalogie de Gièéon et de plusieurs autres est donnée de deux manières différentes^ parce qu'BezrçtSy ayant eu squs les yeux plusieurs épîtres différentes pour chaque généalogie^ s'est réglé dans ses choix sur le nombre des exemplaires ; et quand ce nombre était le même pour deux généalogies opposées^ il les a données toutes deux. Selomo avoue donc ici san§ restriction que les livres dont il parle ont été écrits d'après des originaux d'une correction et d'une authenticité insuffisantes. Il est digne de remarque que la plupart du temps les commentateurs eux-inêmes, en s'efforçant de concilier des passages contradictoires, nous montrent la cause de l'er- . reur qu'ils ne veulent pas reconnaître. Du reste, je ne crois paç qu'aucun homme d'un jugement sain se puisse persuader que les écrivains sacrés ont écrit de propos délibéré dws pn style obscur et inintelligible, tont exprès pour paraître en contradiction avec eux-mêmes en divers endroits.

On dira peut-être que ma méthode conduit au renversement cppaplet de récriture, parce qu'elle donne à chacun le droit de considérer comme suspect tel passage qijll lui plaira. ¥ais j'ai prouvé, au contraire, que cette méthode préserve l'Écriture de toute atteinte, en empêchant qu'on n'en accommode les passages clairs à ceux qui sont obscurs, ejt qu'on n'en corrompe les parties saines au moyen des parties .altérées. D'ailleurs, je le

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demande, de ce qu'un livre a des endroits corrompus, estce une raison pour regarder tout le reste comme suspect? S'est-il jamais rencontré un livre qui fût entièrement exempt de fautes? Dira-t-on pour cela que tous les livres en sont pleins ? Personne assurément ne tombera dans cet excès, surtout quand on aura affaire à un discours clairement conçu et que la pensée de Tauteur s'y fera aisément reconnaître.

Voilà ce que j'avais à dire touchant l'histoire des livres de l'Ancien Testament. Il est aisé, je croîs, d'en conclure qu'avant le temps des Machabées il n'y a point eu de canon des livres saints * : ce sont les pharisiens de l'époque du second temple, les mêmes qui instituèrent les formulaires de prières ; ce sont eux, dis-je, qui de leur autorité privée ont choisi entre beaucoup d'autres et consacré les livres que nous possédons maintenant. Par conséquent, pour démontrer l'autorité de l'Écriture, il est nécessaire de prouver celle de chaque livre saint en particulier ; et ce n'est évidemment pas assez d'établir la divinité d'un de ces livres pour en inférer la divinité de tous les autres, puisqu'il faudrait supposer pour cela que l'assemblée des pharisiens n'a pu se tromper dans son choix, ce qu'il est impossible de démontrer. Que si on me demande par quelle raison j'admets que les seuls pharisiens ont formé le canon des livres de rÉcriture , je citerai le dernier chapitre de Daniel (vers. 2), où est prédtte la résurrection des morts, qui était niée par les saducéens. J'ajoute que les pharisiens dans le Talmud s'expliquent ouvertement sur ce point. Il est dit en effet, au Traité du sabbat (chap. il, feuille 30, p. 2) : R. Jehuda, surnommé Rabi, rapporte que les docteurs ont voulu cacher le livre de TEcclésiaste parce qu'on y trouve des paroles opposées à celles de la lot (c'est-à-dire au livre de la loi de Moïse). Pourquoi ne tout-Us pas caché? c'est qu'il commence'^ suivant la loi et finit suivant la Ici. On lit un peu

i . Voyez les Notes mcwgifuUes de Spinozay note S5.

plus bas : Ils ont cherché aussi à cacher le livre des Proverbes. Enfin au chapitre i de ce même traité (feuille 13, p. 2), il est dit: Certes^ nous devons nommer avec reconnaissance Néghunjuy filsd'Hiskias ; car^ sans lui, nous courions risque de perdre le livre «TÉzéchiel, qu*on voulait soustraire aux regards, parce qu'il s'y trouve des paroles contraires à celles de la loi. Il suit clairement de tous ces passages que les docteurs de la loi tinrent conseil pour décider quels étaient parmi les livres saints ceux qu'il fallait admettra et ceux qu'il fallait rejeter. Ainsi donc, que celui qui veut être certain de Tautorité de tous les livres de l'Écriture recommence l'examen de chacun d'eux, et lui demande compte de ses titres.

Ce serait ici le moment d'examiner les livres du Nouveau Testament par la même méthode qui vient d'être appliquée à ceux de l'Ancien. Mais comme j'entends dire que de très-savants hommes et très-profonds dans la connaissance des langues ont entrepris ce travail, je renonce à m'y engager. Je ne suis point d'ailleurs assez versé dans la langue grecque pour oser prendre sur moi une tâche si difficile ; outre que les exemplaires des livres du Nouveau Testament qui ont été écrits en hébreu sont aujourd'hui perdus pour nous. Je vais donc me borner à toucher quelques points qui se rapportent à mon sujet, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant.

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