‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 117 sur 136 · THÉ0L0C.IC0-P0I.1T1QUE · texte numérisé non relu

THÉ0L0C.IC0-P0I.1T1QUE

avait lui-même d’établir et d’abolir les lois, de décider de la paix et de la guerre, d’élire les administrateurs et du temple et des villes, toutes choses qui n’appartiennent qu’à celui qui possède le pouvoir absolu. Le souverain pontife avait le droit d’interpréter les lois et de transmettre les réponses de Dieu, mais non comme Moïse, chaque fois qu’il le voulait, mais seulement sur la demande du général, ou de l’assemblée suprême , ou de quelque autre corps constitué. De leur côté . le général en chef de l’armée ou les assemblées pouvaient consulter Dieu quand ils le voulaient, mais ils ne pouvaient recevoir les réponses de Dieu que par l’intermédiaire du souverain pontife. De sorte que la parole de Dieu , dans la bouche du souverain pontife , n'était pas un décret comme dans la bouche de Moïse , mais une simple réponse ; transmise à Josué et aux assemblées, elle prenait force de loi , c’était un ordre , un décret. D’après ces dispositions, le souverain pontife, qui recevait directement les réponses de Dieu, n’avait pas d’armée sous ses ordres et n’exerçait aucun pouvoir légitime dans le gouvernement de l’État; et, réciproquement, ceux qui possédaient des terres n’avaient pas le droit d’établir des lois. Les souverains pontifes Aharon et son fils Éléazar furent l’un et l’autre élus par Moïse; mais après la mort de Moïse, personne n’hérita du droit d’élire le souverain pontife, et le fils succéda légitimement à son père. De même le général de l’armée fut élu par Moïse et non par l'autorité du souverain pontife ; c’est en recevant ses droits de Moïse qu’il prit la fonction de général. Voilà pourquoi , après la mort de Josué , le pontife n’élut personne à sa place, voilà pourquoi les chefs des tribus ne consultèrent pas Dieu sur le choix d’un nouveau général; mais chacun exerça sur les soldats de sa tribu et tous ensemble exercèrent sur toute l’armée les droits qui avaient appartenu à Josué. Et il ne me semble pas qu’ils aient eu besoin d’un chef suprême, si ce n’est dans les circonstances où l’armée entière réunie marchait conlro un ennemi commun. C’est ce qui arriva surtout du temps do Josué , lorsque les Hébreux n’avaient pas encore de résidence bien fixe, et que toutes choses appartenaient à tous. Mais, après que les terres prises par le droit de la guerre eurent été partagées entre les tribus, et que toutes choses n’appartinrent plus à tous, par cela même la nécessité d’un chef commun cessa de se faire sentir,

TRAITÉ

les hommes des différentes tribus étant, grâce à cette distribution , les uns par rapport aux autres, moins des concitoyens que des alliés. Relativement à Dieu et à la religion, ils devaient être considérés comme des concitoyens; relativement aux droits d’une tribu sur l’autre, comme de simples alliés : les tribus étaient toutes semblables en cela (à l’exception du temple qui leur était commun) aux États confédérés des Hollandais. Qu’est-ce en effet que la division en différentes parties d’un bien commun, si ce n’est la possession exclusive par chacun de la portion qui lui échoit, et delà part des autres l’abandon volontaire de leurs droits sur cette même portion? Voilà pourquoi Moïse élut des chefs de tribu. Il voulut qu’après la division de l’État, chaque chef veillât sur les intérêts des siens, consultât Dieu, par l’intermédiaire du souverain pontife, sur les affaires de sa tribu, commandât l’armée, fondât et fortifiât les villes, établit des juges dans chaque cité, repoussât ses ennemis particuliers, administrât tout ce qui concerne la paix et la guerre, enfin, qu’il n’y eût point d’autre juge que Dieu pour chaque chef *, Dieu, dis-je, et les prophètes expressément envoyés par lui. Un chef abandonnait-il la loi de Dieu, les autres tribus devaient, non pas le jugercomme un sujet, mais en tirer vengeance comme d’un ennemi qui aurait manqué à la foi des traités. Nous en avons des exemples dans l’Écriture. Après la mort de Josué, les fils d'Israël, et non pas un nouveau général des armées, consultèrent Dieu. Il fut répondu que la tribu de Juda devait la première faire invasion chez les ennemisqui lui étaient particuliers. Elle fit donc alliance avec la tribu de Siméon pour envahir avec leurs forces réunies leurs ennemis communs; les autres tribus restèrent en dehors de cette allianco (voyez les Juges, chap. i, h, ni). Chacune et séparément (comme nous l’avons raconté dans le précédent chapitre) fit la guerre contre ses ennemis particuliers, et, selon son bon plaisir, reçut les soumissions de tels ou tels peuples, bien que les décrets de Dieu défendissent d’en épargner aucun , à quelque condition que ce fût, et ordonnassent de tout exterminer. Cette infraction est blâmée, à la vérité, mais on ne voit pas que per^ sonne ait appelé en jugement les tribus coupables. Ce n’était pas là en effet un motif suffisant pour les Hébreux de lever les armes contre

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