SE» ÉCMT8 ET SES SENTIMENTS
A l'égard de ses ouvrages , il y en a qu’on lui attribue et dont il n’est pas sûr qu’il soit l’auteur; quelques-uns sont perdus, ou au moins ne se trouvent point; les autres sont imprimés et exposés aux yeux d’un chacun.
M. Bavlc a avancé que Spinoza composa en espagnol une apologie de sa sortie de la synagogue, et que cependant cet écrit n’aurait jamais été imprimé. Il ajoute que Spinoza y avait inséré plusieurs choses qu’on a depuis trouvées dans le livre qu’il publia sous le titre de Tractatus theologico-politicus; mais il ne m’a pas été possible d’apprendre aucune nouvelle de cette apologie, quoique dans les recherches que j’ai faites j’en aie demandé à des gens qui vivaient familièrement avec lui et qui sont encore pleins de vie.
fils qui n’avait encore que dix an», lut donna ordre d’aller recevoir quelque argent que lui devait une certaine vieille femme d’Amsterdam. Entrant chez elle, et la trouvant qui lisait la Bible, elle lui lit le signe d’attendre qu’elle eût achevé sa prière; laquelle étant finie, l’enfant lui fit sa commission ; et cette bonne femme lui ayant compté son argent ; «Voilà, dit-elle en le lui montrant sur la table, ce que je dois à votre père ; puissiez-vous être un jour aussi honnête homme que lui ! 11 ne s’est jamais écarté de la loi de Moïse, et le ciel ne vous bénira qu’autant que voua l imiterez. » Achevant ces paroles, elle prit l’argent pour le mettre dans le sac de l'enfant; mais lui qui se ressouvenait que Cette femme avait toutes les marques de la véritable hypocrisie et de la fausse piété dont son père l'avait averti, voulut le compter après elle malgré toute sa résistance, et y trouvant à dire deux ducatons que la pieuse veuve avait fait tomber dans un tiroir par une fente faite exprès au-dessus de la table; il fut confirmé dans sa pensée. Enflé du succès de cette aventure, et que son père lui eût applaudi, il observait ces sortes de gens avec plus de soin qu’auparavant, et en faisait des railleries si fines que tout le monde en était surpris.
» Dans toutes ses actions la vertu était son objet ; mais comme il ne s'en faisait pas une peinture affreuse à l’imitation des stoïques, il n'était pas ennemi des plaisirs honnê es. Il est vrai que ceux de l'esprit faisaient sa principale étude, et que ceux du corps le touchaient peu ; mais quand il se trouvait À ces sortes de divertissements dont on ne peut honnêtement se dispemer, il les prenait comme une chose indifférente, sans troubler la tranquillité de son 4mo qu’il préférait à toutes les choses imaginables. Mais ce que j’estime le plus en lui, c’est qu'étant né et élevé au milieu d’un peuple grossier, qui est la source de la superstition, il n'en ait point sucé l’amertume, et qu’il se soit purgé l'esprit de beaucoup de ces fausses idées.
» 11 était tout à fait guéri de ces opinions fades et ridicules que les juifs modernes ont de Dieu. Un homme qui savait lafin de la saine philosophie, etqui, du consentement des plus habiles de notre siècle, la mettait le mieux en pratique; un tel homme, dis-je, n'avait garde de s'imaginer de Dieu ce que le peuple incré-
LA VIE DE SPINOZA
L'année 1 66 i il mit sous la presse les Principes de philosophie de M. Descartes démontrés géométriquement, première et seconde partie : Renati Descartes Principiorum philosophies pars prima et secunda more geomelrico demonstratœ , qui lurent bientôt suivis de ses Méditations métaphysiques, Cogitata metaphysica; et s’il en fût demeuré là, ce malheureux homme aurait encore à présent la réputation qu’il eût méritée de philosophe sage et éclairé.
L’année 4 66;» il parut un petit livre in— 12 qui avait pour titre Lucii Antistii Constant is De jure Ecclesiasticorum, Alelhopoli, apud Cajum Valcrium Pennatum : Du Droit des Ecclésiastiques , par Lucius Antistius Constans, imprimé à Atéthopole, chez Caïus Valerius Pennatus. L’auteur s’efforce de prouver dans cet ouvrage que le droit spirituel et politique que le clergé s’attribue et qui lui est attribué par d’autres ne lui appartient aucunement; que les gens d’église en abusent d’une manière profane, et que toute leur
dulc s’en imagine. Il croyait que plus nous connaissons Dieu, plus nous sommes maîtres de nos passions, , que c'est dans cette connaissance qu'on trouve le parfait acquiescement de l'esprit et le véritable amour de Dieu, en quoi consiste notre salut, qui est la béatitude et la liberté.
«Spinoza avait d'ailleurs dans ses entretiens un air si engageant et des comparaisons si justes, qu'il faisait tomber insensiblement tout le monde de son opinion. Il était persuasif, quoiqu’il n'affectât de parler ni poliment ni élégamment. Il se rendait si intelligible, et son discours était si rempli de bon sens, que nul ne l’entendait qu'il n’en demeurâtsatisfait. Ces beaux talents attiraient chez lui toutes les personnes raisonnables, et en quelque temps que ce fût, on le trouvait d'une humeur égale et agréable.
» De tous ceux qui le fréquentaient il n’y en avait pas un qui ne lui témoignât une amitié particulière; mais comme il n’est rien de si caché que le cœur de l’homme, on a vu par la suite que la plupart de ces amitiés étaient feintes; ceux qui lui étaient les plus redevables, l'ayant traité, sans aucun sujet, ni apparent ni véritable, de la plus ingrate manière qui se puisse imaginer.
« Ces faux amis qui l'adoraient en apparence le déchiraient sous main, soit pour s'acquérir de la réputation, soit pour faire leur cour aux puissances qui n'aiment que les valets, el qui redoutent des conseillers et des amis sages, et les gens d'esprit. Un jour ayant appris qu'un de ses plus grands admirateurs tâchait de soulever le peuple et le magistrat, il répondit sans émotion : Ce n'est pas d'aujourd'hui que la vertu coûte cher ; ce ne sera pas la médisance qui me la fera abandonner. Quoiqu'il n’y ait point de blessure plus dangereuse que celle de la médisance, ni moins facile à supporter, on ne l'a jamais ouï témoigner aucun ressentiment contre ceux qui le déchiraient.
« Outre qu'il n'était pas d'une complexion fort robuste, sa grande application aidait encore â l’affaiblir ; et comme il n'y a rien qui dessèche tant que les veilles, les siennes étaient devenues presque continuelles par ses ardentes méditations, si bien qu'après avoir langui les dernières années de sa vie, il la finit nu milieu de su course. «
PAH COLERUS.
imlorité dépend entièrement de celle des magistrats ou souverains qui tiennent la place de Dieu dans les villes et républiques où le clergé s’est établi ; qu’ainsi ce n’est point leur propre religion que les pasteurs doivent s’ingérer d’enseigner, mais celle que le magistrat leur ordonne de prêcher. Tout ceci, au reste, n’est établi que sur les principes mêmes dont Hobbes s’est servi dans sou Leviathan.
M. Bayle nous apprend * que le style, les principes et le dessein du livre d’Antistius étaient semblables à celui de Spinoza qui a pour litre Tractalus theolugico-politicus; mais ce n'est rien dire de positif. Que ce Traité ail paru justement dans le même temps où Spinoza commença d’écrire le sien , et que le Tractalus théologien politicus ait suivi peu de temps après cet autre Traité, n’est pas une preuve non plus que l’un ait été l’avant-coureur de l’autre. Il est très-possible que deux personnes entreprennent d’écrire et d’avancer les mêmes impiétés; et parce que leurs écrits viendraient à peu près en même temps, il n’y aurait pas lieu pour cela d’en inférer qu’ils seraient d’un seul et même auteur. Spinoza lui-même, interrogé par une personne de grande considération s’il était l’auteur du premier Traité , le nia positivement; ce que je tiens de personnes dignes de foi. La latinité des deux livres, le style et les manières de parler ne sont pas non plus si semblables comme on prétend : le premier s’exprime avec un profond respect en parlant de Dieu ; il le nomme souvent Dieu très-bon et très-grand, Deum ter optimum maximum. Mais je ne trouve de pareilles expressions en aucun endroit des écrits de Spinoza.
Plusieurs personnes savantes m’ont assuré que le livre impie qui a pour titre l’Ecriture sainte expliquée par la Philosophie , Philo— sopliia sacrce Scripturœ interpros'1, et le Traité dont nous avons fait mention venaient l'un et l’autre d'un même auteur, à savoir, L... M... Et quoique la chose me semble fort vraisemblable, je la laisse pourtant au jugement de ceux qui peuvent en avoir une connaissance plus particulière.
Ce fut en l’an 1 670 que Spinoza publia son Tractalus theologicopoliticus. Celui qui l’a traduit en llamand a jugé à propos de l’in-