‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 69 sur 136 · DK LA LOI DIVINE · texte numérisé non relu

DK LA LOI DIVINE

Le nom de loi, pris d’une manière absolue, signifie ce qui impose une manière d’agir fixe et déterminée à un individu quelconque,

THÉOLOGICO POLITIQUE. 115

ou à tous les individus do la même espèce , ou seulement à quelques-uns. Celte loi dépend d’uue nécessité naturelle , ou de la volonté des hommes : d'une nécessité naturelle , si elle résulte nécessairement de la nature même ou de la définition des choses; de la volonté des hommes, si les hommes l’établissent pour la sécurité et la commodité de la vie, ou pour d’autres raisons semblables. Dans ce dernier cas. elle constitue proprement le droit. Par exemple, que tout corps qui choque un corps plus petit perde de son propre mouvement ce qu’il en communique, à l’autre , voilà une loi universelle des corps qui résulte nécessairement de leur nature. De même encore, c’est une loi fondée sur la nécessité de la nature humaine , que le souvenir d’un certain objet rappelle à l’ame un objet semblable oir qu’elle a perçu en même temps que le premier. Mais quand les hommes cèdent ou sont forcés de céder une partie du droit qu’ils tiennent de la nature , et s’astreignent à un genre de vie déterminé, je dis que cela dépend de leur bon plaisir. Ce p’est pas que je n’accorde pleinement que toutes choses, sans exception , sont déterminées par les lois universelles de la nature à exister et à agir d’une manière donnée 1 , mais il y a deux raisons qui me font dire que certaines lois dépendent du bon plaisir des hommes. 4° L’homme , en tant qu’il est une partie de la Nature, constitue une partie de la puissance de la Nature. Par conséquent , tout ce qui résulte nécessairement de la nature humaine , c’est-à-dire de la Nature en tant qu’on la conçoit déterminée par la nature humaine, tout cela résulte, bien que nécessairement, de la puissance de l’homme : d’où il suit gu’on peut dire, en un sens excellent , que l’établissement des lois de cette espèce dépend du ben plaisir des hommes. Elles dépendent en effet de leur puissance, à ce point que la nature humaine , en tant qu’elle perçoit les choses comme vraies ou fausses, se peut comprendre très-clairement , abstraction laite de ces lois ; tandis qu’elle est inintelligible sans ces autres lois nécessaires que nous avons définies plus haut. 2U Ma seconde raison, c’est que nous devons définir et expliquer les choses par leurs causes prochaines. Or, la considération du fatum en général et do l’enchaînement des causes ne

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