PREMIÈRE PARTIE
qu'ils ne s'éloignent pas de nous; pourtant il s'en faut (le beaucoup, puisqu'ils posent quelque chose qui est avant Dieu, à quoi il serait obligé ou lié et à cause de quoi il désirerait que telle chose fût bonne et telle autre juste *.
(7) Maintenant se pose la question discutée desavoir si, en cas que toutes choses eussent été créées par Dieu de toute éternité d'une autre façon, ou eussent été ordonnées et prédéterminées par lui autrement qu'elles ne sont, en pareil cas, dis-je, il serait également parfait, A quoi servira de réponse que si la nature avait été créée de toute éternité d'une autre façon qu'elle n'est actuellement, alors, selon la thèse de ceux qui attribuent à Dieu volonté et entendement, il suivrait nécessairement que Dieu devrait avoir eu une autre volonté et un autre entendement que ceux qu'il a eus au moment de la création, en conséquence de quoi il aurait fait les choses autrement ; et on est ainsi obligé d'admettre que Dieu serait actuellement autre qu'il n'eût été et eût été autre qu'il n'est ; de sorte que si nous affirmons que Dieu est actuellement l'être souverainement parfait, nous sommes contraints de dire qu'il ne l'eût pas été, alors qu'il eût tout créé autrement. Mais cela ne peut en aucune manière s'appliquer à Dieu qui actuellement, et auparavant, et dans toute l'éternité, a été et restera immuable.
(8) Cela découle encore suivant nous de- la définition de la cause libre que nous avons posée ; libre non en ce sens qu'elle peut faire ou ne pas faire quelque chose, mais en ce sens qu'elle ne dépend de rien d'autre, de
■ Le texte est ici ailéit' dans les deux manuscrits. Je suis la leçon donnée par 15 en rcinpiavant toutefois le mot goed par le mot god qui se trouvait primitivement dans A.
sorte que tout ce que fait Dieu, il le fait et l'exécute en sa qualité de cause souverainement libre *. Si donc il avait fait les choses auparavant, autrement qu'elles ne sont actuellement, il s'ensuit qu'il eût été à un moment imparfait, et ainsi cela est faux**. Car, puisque Dieu est la cause première de toutes choses, il doit y avoir en lui quelque chose, par quoi il fait ce qu'il fait et n'omet pas de le faire ; et puisque nous disons que la liberté ne consiste pas à faire ou à ne pas faire quelque chose, et avons montré en même temps que ce qui fait qu'il fait quelque chose ne peut être rien d'autre que sa propre perfection elle-même, nous concluons que, si ce n était pas sa perfection qui le lui fil faire, alors les choses n'existeraient pas ou ne seraient point entrées dans Vctre, pour être ce quelles sont actuellement. Ce qui revient exactement à dire : Si Dieu était imparfait les choses seraient autres qu elles ne sont ***.
(9) Et voilà pour la première [propriété]. Maintenant nous passerons au second attribut que nous appelons en Dieu un propre et verrons ce qu'il y a à en direct ainsi jusqu'à la fin.
* Leçon donnée par B (aldervrijste). A donne (à ce qu'il semble) : en qualité de cause souverainement sage {alderwijste), qui ne saurait convenir.
** Cette phrase est mise entre crochets dans l'édition van Vloten et Land. Elle ne se trouve pas dansB.
*" Cette dernière phrase est mise entre crochets par van Vloten et Land. Elle ne se trouve pas dans le manuscrit B. Voir note explicative.