PREMIÈRE PARTIE
ces sophismes par lesquels ils cherchent à embellir leur ignorance en ce qui touche la connaissance de Dieu.
Ils disent donc en premier lieu quune définition régulière doit consister en un genre et une différence. Mais, bien que cela soit reconnu par tous les Logiciens, je ne sais cependant d'où ils le tiennent, car certainement s'il faut que cela soit vrai, on ne peut rien savoir du tout ; si, en effet, nous ne pouvons connaître une chose parfaitement que par une définition consistant en genre et différence, nous ne pourrons jamais connaître parfaitement le genre le plus élevé qui n'a plus aucun genre au-dessus de lui ; or, si le genre le plus élevé, qui est cause de la connaissance de toutes les autres choses, n'est pas connu, les autres choses, qui ne sont expliquées que par ce genre, seront encore bien moins conçues et connues. Puisque cependant nous sommes libres et ne croyons nullement être liés à leurs affirmations, nousénoncerons selon la vraie logique d'autres règles de la définition et cela conformément à la distinction que nous faisons concernant la Nature.
(10) Nous avons déjà vu que les attributs (ou, comme d'autres les appellent, les substances) sont des choses ou, pour parler mieux et avec plus de propriété, sont un être existant par lui-même, et par suite se font connaître et se manifestent elles-mêmes par ellesmêmes. Des autres choses nous voyons qu'elles sont seulement des modes, des attributs sans lesquels elles ne peuvent exister ni être conçues. Par suite, les définitions doivent être de deux genres ou espèces. Savoir :
1° Celles des attributs qui appartiennent à un être existant par lui-même : lesquels ne requièrent aucun concept de genre ou quoi que ce soit qui les fasse mieux
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concevoir ou les rende plus clairs, car, puisqu'ils existent en qualité d'attributs d'un être existant par luimême, ils sont aussi connus par eux-mêmes.
2° Celles des autres choses qui n'existent pas par elles-mêmes, mais seulement par les attributs dont elles sont des modes et par lesquels, ces attributs étant comme leur genre, elles doivent être connues.
Et voilà pour ce qui touche la thèse qu'ils soutiennent touchant la définition.
Pour ce qui est du second point, à savoir que Dieu ne peut être connu de nous d'une connaissance adéquate, il a été suffisamment répondu à cela par M. des Cartes dans sa réponse aux objections touchant ce point, page 18*.
(11) Et pour ce qui est du troisième : que Dieu ne peut être démontré a priori, nous avons déjà répondu à cela auparavant. Car, puisque Dieu est cause de soi, il suffit que nous le démontrions par lui-même, et une telle démonstration est aussi bien plus solide que la démonstration aposterioriy qui se fait d'ordinaire seulement par le moyen de causes extérieures.
* Indication conforme au texte. Schaarschmidt et Sigwart indiquent la la page 21, se référant sans doute â une édition différente de celle que Spinoza avait sous les yeux. Il s'agit d'un passage des Réponse» aux Cinquièmes Objections.