DE LA RAILLERIE ET DE LA PLAISANTERIE
(1) La raillerie et la plaisanterie reposent sur une opinion fausse et font connaître une imperfection dans le Railleur et le Plaisant.
Elles reposent sur une opinion fausse, puisqu'on s'imagine que celui de qui l'on se moque est la cause première de ses œuvres et qu'elles ne dépendent pas avec nécessité de Dieu (comme toutes les autres choses existant dans la Nature). Elles font connaître une imperfection dans le Railleur, car l'objet de la moquerie est on n'est pas de telle nature qu'il mérite d'être raillé ; s'il n'est pas de telle nature, le moqueur montre qu'il est d'un mauvais naturel, en raillant ce qui n'est pas à railler ; si l'objet mérite raillerie, le moqueur montre qu'il reconnaît quelque imperfection dans ce qu'il raille ; imperfection qu'il est tenu de corriger non par la moquerie, mais bien plutôt par des paroles bienveillantes.
(2) Quant au rire", il n'a point d'objet extérieur, mais se rapporte seulement à l'homme qui remarque en luimême quelque chose de bon ; et puisque c'est une cer-
" Le rire (lachgen) dont il est ici question n'est pas autre chose que la gaieté.