‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 4 sur 104 · LE VASE BRISE · texte numérisé non relu

LE VASE BRISE

A ALBERT DECRAIS

Le vase où meurt cette ven^eine 1 •

D'un coup d'éventail fut fêlé; y

Le coup dut effleurer à peine : f'**?^/

Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure, 'i^/^ô^

Mordant le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte, Le suc des fleurs s'est épuisé; Personne encore ne s'en doute ; N'y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu'on aime, Effleurant le cœur, le meurtrit; Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son amour périt;

Toujours intact aux 3'eux du monde, Il sent croître et pleurer tout bas Sa blessure fine et profonde; Il est brisé, n'y touchez pas.

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