LE VASE BRISE
A ALBERT DECRAIS
Le vase où meurt cette ven^eine 1 •
D'un coup d'éventail fut fêlé; y
Le coup dut effleurer à peine : f'**?^/
Aucun bruit ne l'a révélé.
Mais la légère meurtrissure, 'i^/^ô^
Mordant le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte, Le suc des fleurs s'est épuisé; Personne encore ne s'en doute ; N'y touchez pas, il est brisé.
Souvent aussi la main qu'on aime, Effleurant le cœur, le meurtrit; Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son amour périt;
Toujours intact aux 3'eux du monde, Il sent croître et pleurer tout bas Sa blessure fine et profonde; Il est brisé, n'y touchez pas.