‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 47 sur 104 · A MADAME A . G . E E B · texte numérisé non relu

A MADAME A . G . E E B

J'ai l'âme de l'aiglon dont l'aile vigoureuse Frémit d'impatience aux mains du ravisseur; 11 lui faut le soleil, la vie aventureuse, Un vol indépendant ou le plomb du chasseur.

D'un climat sans beaux jours et d'une terre affreuse L'exil amer pourtant ne m'est pas sans douceur; Car l'amitié sait joindre, habile et généreuse, Les bontés de ma mère aux grâces de ma sœur.

Et vous voulez savoir quel bienfaisant génie,

Égayant de ses yeux l'ombre de ma prison,

Me tint lieu de grand jour, et d'air et d'horizon?

Hé bien, c'est vous. Madame, et vous êtes bénie De suppléer si bien famille, amour, printemps, Patrie et liberté dans les cœurs de vingt ans I

1 L a donc tressailli votre adoré fardeau ! Un petit ange en vous a soulevé son aile, Vous vous êtes parlé; le berceau blanc l'appelle, Et son image rit dans les fleurs du rideau.

Cet enfant sera doux, intelligent et beau, Si chaque àme s'allume à l'âme maternelle,

Le cœur au feu du cœur et l'œil à la prunelle. Comme un flambeau s'allume au toucher d'un flambeau.

Ainsi chacun de nous porte son cher poème, Chacun veut mettre au monde un double de soi-même, Y déposer son nom, sa force et son amour.

Le plus heureux poème est celui de la mère :

La mère sent Dieu même achever l'œuvre entière,

N'attend qu'un an sa gloire et n'en souffre qu'un jour 1

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