‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 51 sur 104 · RENCONTRE · texte numérisé non relu

RENCONTRE

J E ne te raille point, jeune prostituée !

Tu vas l'œil provocant, le pied galant et prompt,

A travers le sarcasme et l'ignoble huée :

Ton immuable rire est plus fort que l'affront.

Et moi, je porte au bal le masque de mon front; J'y vais, l'âme d'amour à vingt ans dénuée, Mendier des regards dans la blanche nuée Des vierges dont jamais les cœurs ne choisiront.

Également parés et dédaignés de même,

Tu cherches ton diner, moi j'ai besoin qu'on m'aime.

Q.ui voudra de ton corps? l'amant heureux te fuit;

dui voudra de mon cœur? l'ange aimé se retire... Sommes-nous donc voués au glacial délire Du Désespoir pâmé sur la Faim dans la nuit?

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