‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 53 sur 104 · PLUS TARD · texte numérisé non relu

PLUS TARD

LJ e p u I s que la beauté, laissant tomber ses charmes, N'a plus offert qu'un marbre à mon désir vainqueur; Depuis que j'ai senti mes plus brûlantes larmes Rejaillir froides à mon cœur;

A présent que j'ai vu la volupté malsaine Fléchir tant de beaux fronts qui n'ont pu se lever, Et que j'ai vu parfois luire un enfer obscène Dans des yeux qui m'ont fiit rêver,

La grâce me désole; et si, pendant une heure, Le mensonge puissant des caresses m'endort, Je m'éveille en sursaut, je m'en arrache et pleure : — Plus tard, me dis-je, après la mort !

Après les jours changeants, sur la terre éternelle, Q.uand je serai certain que rien n'y peut finir. Quand le Temps, hors d'haleine, aura brisé son aile Sur les confins de l'avenir !

Après les jours fuyants, voués à la souffrance, Et quand aura grandi comme un soleil meilleur Le point d'azur qui tremble au fond de l'espérance. Aube du ciel intérieur;

Quand tout aura son lieu, lorsque enfin toute chose, Après le flux si long des accidents mauvais, Pure, belle et complète, ayant tari sa cause, Vivra jeune et stable à jamais :

Alors, je t'aimerai sans retour sur la vie.

Sans rider le présent des regrets du passé,

Épouse que mon ame aura tant poursuivie.

Et tu me tiendras embrassé!

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