‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 59 sur 104 · SOLEIL · texte numérisé non relu

SOLEIL

A CHARLES DEROSNE

1 OUTE haleine s'évanouit, La terre brûle et voudrait boire, L'ombre est courte, immobile et noire, Et la grande route éblouit.

Seules les abeilles vibrantes Élèvent leurs bourdonnements Q.ai semblent, enflés par moments.

Des sons de lyres expirantes.

On les voit, ivres de chaleur, D'un vol traînant toutes se rendre Au même tilleul et s'y pendre :

Elles tombent de fleur en fleur.

Un milan sur ses larges ailes S'arrête : il prend un bain de feu; On voit tournoyer dans l'air bleu Une vapeur d'insectes grêles.

Le soleil semble s'attarder;

Ses traits, blancs d'une ardeur féconde

Criblent en silence le monde,

Qui n'ose pas le regarder.

Une aigrette de flamme irise Le tranchant des cailloux aigus, Et la lumière aux yeux vaincus A force d'éclat paraît grise.

Les bêtes, n'ayant plus de paix Avec les taons qu'elles attirent, Craignent la plaine, et se retirent Sous la voûte des bois épais.

Couché, les paupières mi-closes, Un homme étend ses membres las J Il contemple, il ne pense pas.

Et son âme se mêle aux choses.

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