‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 68 sur 104 · LA POINTE DU RAZ · texte numérisé non relu

LA POINTE DU RAZ

i\ u bout du sombre Finistère, D'énormes rochers au pied noir Protègent contre l'eau la terre.

On les entend parler le soir :

« Hélas ! depuis combien d'années Brisons-nous l'onde au même lieu?

Toutes les pierres sont damnées, Les vivants seuls plaisent à Dieu.

« Pour qui faisons-nous sentinelle?

Pour des favoris étrangers !

Et notre ruine éternelle Garantit leurs toits passagers.

« Les jours de ces fragiles cl;oses Ne seront-ils jamais finis?

Qii'ils s'achèvent ! La fin des roses Sera le repos des granits.

« Mais patience ! La rancune Est l'âme du vieil Océan ; Depuis bien des retours de lune Le déluge prend son élan 1 »

LE LOXG DU au AI

L. E long du quai ks grands vaisseaux, Que la houle incline en silence, Ne prennent pas garde aux berceaux Que la main des femmes balance.

Mais viendra le jour des adieux; Car il faut que les femmes pleurent, Et que les hommes curieux Tentent les horizons qui leurrent.

Et ce jour-là les grands vaisseaux, Fuyant le port qui diminue, Sentent leur masse retenue Par l'âme des lointains berceaux.

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