PAYSAN
A hRAXCOIS MILLET
V^UE voit-ou dans ce champ de pierres?
Un paysan souffle, épuisé;
Le hâle a brûlé ses paupières ;
11 se dresse, le dos brisé ;
Il a le regard de la bcle
Qui, dételée enfin, s'arrête
Et flaire, en allongeant la tête,
Son vieux bât qu'elle a tant usé.
La Misère, étreignant sa vie, Le courbe à terre d'une main, Et, fermant l'autre, le défie D'en ôter, sans douleur, son pain.
Il est la chose à face humaine Q.u'on voit à midi dans la plaine Travailler, la peau sous la laine Et les talons dans le sapin.
Soyez riches sans trop de joie; Soyez savants, mais sans fierté :
L'heureux a cru choisir la voij Où de doux fleuves l'ont porté.
On hérite d'un sang qu'on vante; On rencontre ce qu'on invente; Et je cherche avec épouvante Les œuvres de ma liberté...
Brave homme, le riie et les larmes Sont mêlés par le sort distrait; Nous flottons tous, dans les alarmes Du vain espoir au vain regret.
Et, si ta vie est un supplice.
Nos lois ont un divin complice :
Fait-on le mal avec délice?
Fait-on le bien comme on voudrait"