Livre ton ame à des amours Qui la brisent et l'exténuent
Elle demeure, elle est toujours, Il n'est point de maux qui la tuent.
En te perçant le cœur tu fuis; Mais l'assassin reste : c'est elle, Obstinée à crier : « Je suis ! » Et cruellement immortelle.
D'un ciel rêvé toujours banni, Cloué par l'étude au mj-stère, Sans but ni halte, à l'infini Tu traîneras de terre en terre.
Tu ne peux mourir qu'un moment, Un fouet voltige sur ton somme...
Oh ! penser éternellement 1 Je suis épouvanté d'être homme.
-MÉLAXGES. 207
EN AVAXT
v^E qui nous épuise et nous tue, C'est moins l'objet que le désir :
C'est la beauté de la statue, La beauté qu'on ne peut saisir;
La vérité qui se dérobe; L'amour au coeur qui brûle seul; La vertu dont la froide robe A quelque chose du linceul;
L'ambition cherchant sa voie, Et la jeunesse qu'on sent fuir Sans gloire, hélas, même sans joie.
Avant qu'on en ait su jouir.
O volupté calme et profonde Des amours qui sont nés sans pleurs, Volupté saine comme une onde Qui chante sur un lit de fleurs!
Fraîche obscurité des cabanes Humbles à l'ombre des sommets !
Les rêveurs sont donc des profanes, Q.u'ils ne vous connaîtront jamais?
Hélas ! ces biens sont en arrière ; Laissons-les là-bas, insensés !
L'innocence en est la barrière ; Marchons, nous les avons passés.
Jamais les songeurs n'y reviennent; Parfois du bonheur ingénu, En soupirant, ils se souviennent, Mais ils marchent à l'inconnu.
Dans la forêt de l'ignorance, Plaintifs, perdus comme le vent, Ils vont, l'orgueil et l'espérance Leur criant toujours : « En avant ! »
MELAN'GES. 209
Ils vont jusqu'à l'heure où succombe Leur cruel et stérile effort ; S'ils s'arrêtent, c'est dans la tombe, Et s'ils ont la paix, c'est la mort.
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