PROLOGUE
V^UE je puisse à mon gré peupler un panthéon Des plus grands immortels nés de la race humaine ! J'aime la grâce attique et la force romaine, Je porterai Lucrèce à droite de Platon.
Ces hommes, l'ame haute et la tête baissée, Scrutent d'un œil puissant deux infinis divers : Lucrèce dans l'atome abîme l'univers, Platon dans l'idéal abîme la pensée.
Mais je veux assigner au marbre de Hegel, Dans mou temple étoile, la coupole profonde ; Hegel a mesuré la croissance du monde De £on germe inquiet à son tj-pe éternel.
Désormais, fatigué d'interroger les choses, L'esprit ferme les yeux et dit : Je concevrai. Il n'est plus le miroir, mais l'artisan du vrai, Il procède, et son pas marque le pas des causes;
De tous les changements il suit l'ordre et le flux Dans la chaîne et le cours de ses propres idées, Il y voit à leurs fins les essences guidées S'échapper du néant pour ne s'arrêter plus.
Ainsi que la Babel, efîraj-ante spirale Qui d'assise en assise a conquis l'horizon, Pour élargir sans fin le ciel de sa prison Il dresse obstinément sa logique fatale;
Jalouse aussi de Dieu, cette orgueilleuse tour Enfonce sans effroi son large pied dans l'ombre, Puis au faîte hardi de ses marches sans nombre S'épanouit enfin dans la beauté du jour!