PROLOGUE
Riciié par mademoiselle Favart, le if février 1860, à l'inauguration de la maison pompéienne du prince Napoléon
Loi FEDi€t\CE 'DE T>IO^ÈT>E
ARRIA, couchée sur un lit de repos, dans un sommeil
léthargique.
Ai-je dormi?... Mais non..., j'étais mortel Nul rêve Ne traversait la nuit de mon sommeil sans trêve. Le Mercure funèbre avait, aux sombres bords, Il me semble, conduit mon ombre...; pour mon corps, Au fond du souterrain dont la voûte s'écroule Les laves du Vésuve en conservaient le moule. Je serrais sur mon cœur mon coffret à bijoux. Dans ma fuite... L'écrin les renferme encor tous!
A remonter le temps que Mnémosyne m'aide 1 Oui..., j'étais Arria, femme de Diomède; J'habitais un palais pour sa splendeur vanté. Les Dieux régnaient alors... On chantait ma beauté. On m'aimait, quand survint l'aifreuse catastrophe !... Mais rajustons un peu les plis de cette étoffe, Secouons-en la cendre avec le bout du doigt ;
3l8 THÉÂTRE EN VERS
— Ce péplum chiffonné ne va pas comme il doitl — Voyons I dis, mon miroir, suis-je toujours jolie? Ne vaudrait-il pas mieux rester ensevelie?
Non ; — mon œil est limpide et mon profil est pur; Je suis coquette encor, — donc je vis, — c'est bien sûr !.. Mettons deux ou trois rangs de ces perles dorées, Ce camée à l'épaule, et par ondes lustrées Séparons ces cheveux où l'acanthe se tord.
— Deux mille ans de tombeau ne m'ont fait aucun tort ! Mais, où suis-je ? Le Temps a-t-il cloué sa roue ? Est-ce une illusion qui de mes yeux se joue ?
Rien ne s'est donc passé pendant mon long sommeil. Le volcan n'a donc pas vomi son feu vermeil.
Et l'histoire a menti I — Pompéia vit encore ! Ce palais, que l'art grec, pur et sobre, décore. C'est le mien, et mon pas y marche familier; Comme un foyer antique il est hospitalier.
Entrez, sans avoir peur du précepte archaïque ; Cave Canetnl — Le chien ne mord... qu'en mosaïque. Vous entendrez, d'ailleurs, le Cerbère bravé, L'oiseau qui dit : « Bonjour ! » le seuil qui dit : « Salve ! • Sous le premier portique où l'on voit leurs images, Panthée et le Génie attendent vos hommages. — Je me reconnais bien. — Ici tout est resté Comme au temps que votre âge appelle Antiquité : Les murs de l'atrium, sur leurs parois unies, Encadrant des sujets pris aux théogonies.
Les Dieux et les Titans, les éléments divers. Le chaos primitif d'où jaillit l'univers, La force créatrice et la force qui tue, Prométhée appliquant la flamme à sa statue, Éros, fils d'Aphrodite, et son frère Antéros, L'invention des arts, les luttes des héros.
LA FEMME DE DIOMÉDE 5x9
Et l'évolution de la famille humaine Dans le cercle fatal où le sort la promène... Voici l'impluvium, mais son ciel est moins pur; Pompéia n'a pas su conserver son azur.
— Que de fois, oubliant le vol de l'heure agile, Sur ce banc j'ai relu Théocrite ou Virgile, Pendant que la cigogne, un pied dans le bassin, Immobile, rêvait, son long bec sur son sein ! Que de fois j'effeuillai les fleurs de ces arbustes, Distraite... — Mais quel est, au milieu de ces bustes, Ce marbre radieux au solennel maintien?
Je ne sais... Est-ce Mars, Apollon Pythien?
Serait-ce Jupiter? L'aigle à ses pieds palpite; Une pensée immense en son front vaste habite ; Ses yeux fixes et blancs sont ceux d'un immortel. Dans nos temples, pourtant, il n'avait point d'autel. Homère pour héros l'eût aimé mieux qu'Achille. Il semble encor plus grand que le Titan d'Eschyle ; Et, sans la chaîne d'or, il pourrait de sa main Lever toute la terre avec le genre humain 1 A cette majesté sérieuse et profonde Se devine celui qui renverse et qui fonde.
On dirait le Génie et l'ancêtre du lieu ! — Mais je tremble, — mon toit n'abritait pas de Dieu ! Et sur un autre front je vois, comme une flamme, Rayonner sa pensée et revivre son âme.
— L'effroi me prend. — Pauvre ombre éveillée à demi, Fantôme d'un passé qu'on croyait endormi, J'allais, sans prendre garde aux feux de ces couronne*;. Admirant les trépieds, les bronzes, les colonnes, Notant chaque détail, m'extasiant sur tout, Heureuse de trouver Pompéi toujours debout ;
Je ne me doutais pas qu'une docte imposture
Faisait, pour me tromper, mentir Farcbitectare ; Qjxe Fantiqne était neuf, qae fêtais à Faris. Mais un éclair soudain brille à mes yeox sarpris. Le réel m'apparait sons an angle plos juste : Le marbre étût César, — le virant est Auguste I — Ta TÎUa, Dioméde, a dans ses murs étroits Napoléon premier et Napoléon trois 1
— Le temple est trop petit pour Ic^er deux histoires ! Et j'entends au plafond les ailes des Viaoires, Qjii passent sur la fête avec leurs palmes d'or. Battre et s'enchevêtrer en leur rapide essor :
n en vient de Crimée, il en vient d'Italie, Et déjà k maison en est toute remplie I
... Effacez- vous, parois! disparaissez, ô mursl
— Mon regard voit au loin ondoyer les blés mûrs, La vigne, des coteaux couvrir l'amphithéâtre.
Et les voiles blanchir sur l'Océan bleuâtre.
Les peuples librement échangent leurs trésors; De toutes parts, dans Tair, ainsi que des décors. Montent subitement d'étemels édifices; Paris efiace Rome ; et, sous des cieux propices. Plane dans les rayons, l'azur et la clarté.
L'oiseau de Jupiter, l'aigle ressuscité I
Évanouissez-vous, sublimes perspectives.
Votre éclat éblouit mes paupières craintives.
Si j'osais, du génie allant à la beauté.
Contempler dans sa gloire et dans sa majesté Celle dont brille ici la grâce souveraine, Et qui, sans la couronne, encor serait la reine I
Non, non ; c'est trop d'audace, et je baisse les yeux !
l'a femme de diomède pi
Car le mortel s'aveng^ à icganier les dieux 1
Pourtant j'aurais voulu, — grande était ma folie ! —
Célébrer par un chant cette sœur d^Italie
Que de Sardaigne en France a conduite un li3rmen
Où chaque époux tendait un peuple avec sa main ;
Vous dire sa bonté, grâce, par&m et )oie
Du palais lumineux où la fête flamboie
Qu'entends-je? suis-je enoor dans le monde païen? Une flûte soupire, en mode lydien.
Un de ces airs que Pan enseigne au jeune pâtre. Des acteurs, s'ajustant des masques de théâtre. Se recordent les vers de leurs rôles, tout bas ; Thalie, en se chaussant, prépare ses ébats.
L*Odéon de Pompéi, relevé de sa chute.
Représente un Prologue et Le Joueur de fiûte.
C'est une pièce antique, et j'en connais l'auteur... Un jeune Gallo-Grec en fut le traducteur.
Un peu libre... Il s'égaye en sa verve pro£me; S'il estime Ménandre, il aime Aristophane; Mais un cœur attendri bat sous cette gaité.
Son rire large et franc est plein d'honnêteté.
lit. 41