‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 3)Chapitre 12 sur 139 · FATUITÉ · texte numérisé non relu

FATUITÉ

JE suis jeune; la pourpre en mes veines abonde; Mes cheveux sont de jais et mes regards de feu, Et, sans gravier ni toux, ma poitrine profonde Aspire à pleins poumons l'air du ciel, l'air de Dieu.

Aux vents capricieux qui soufflent de Bohême, Sans les compter, je jette et mes nuits et mes jours. Et, parmi les flacons, souvent l'aube au teint blême M'a surpris dénouant un masque de velours.

Plus d'une m'a remis la clçf d'or de son âme ; Plus d'une m'a nommé son maître et son vainqueur ; J'aime, et parfois un ange avec un corps de femme, Le soir, descend du ciel pour dormir sur mon cœur.

On sait mou nom ; ma vie est heureuse et facile ; J'ai plusieurs ennemis et quelques envieux; Mais l'amitié chez moi toujours trouve un asile. Et le bonheur d'autrui n'oflense pas mes yeux.

LES M^ATELOTS

SUR Teau bleue et profonde Nous allons voyageant, Enwonnant le monde D'un sillage d'argent, Des iles de la Sonde, De rinde au ciel brûlé, Jusqu'au pôle gelé...

Les petites étoiles Montrent de leur doigt d'or De quel côté les voiles Doivent prendre l'essor; Sur nos ailes de toiles.

Comme de blancs oiseaux, Nous effleurons les eaux.

Nous pensons à la terre Qiae nous fuyons toujours, A notre vieille mère, A nos jeunes amours ; Mais la vague légère Avec son doux refrain Endort notre chagrin.

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