‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 3)Chapitre 129 sur 139 · TRAGÉDIE ANTIQUE · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE ANTIQUE

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LYNCÉE (le veilleur), sur la tour.

VOICI dix ans bientôt que du haut de ma tour De la flotte des Grecs je guette le retour, Attendant, sans espoir, qu'à l'horizon flamboie Le signal convenu pour la prise de Troie.

Hélas ! j'ai beau plonger mes regards dans l'azur. Rien ne s'allume au fond de ce lointain obscur; Nulle rougeur de feux, nulle blancheur de voiles ! — C'est ainsi que je vis, seul avec les étoiles. Veillant, quand le soleil a fermé tous les yeux, Excepté les yeux d'or qui s'éveillent aux cieux I Trempé par la rosée et sans toit qui l'abrite, D'aucun songe mon lit ne reçoit la visite, Et si parfois, dans l'ombre, aux noirs échos des nuits Je jette une chanson pour charmer mes ennuis, En pensant aux malheurs de la maison d'Atride, Je sens dans mon gosier mourir ma voix timide 1

l'orestie 295

De ce mde labeur délivrez-moi, grands Dieux, Et laissez le sommeil s'abattre sur mes yeux ! Ah 1 quel rude métier ! Qjielle pénible tâche !

CLTTEMNESTRE, M pied de la toitr.

Qjii parle donc là-haut ? — Pau\Te chien à l'attache,

C'est toi ? — Tu peux quitter ton gîte aérien,

Descends. A Thorizon il ne paraîtra rien,

Car, souillée au départ du sang d'Iphigénie,

La flotte par les Dieux ne peut être bénie ;

Les Grecs sont morts, ou bien, ^^és sur les mers,

De leurs débris errants ils sèment l'univers I

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