‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 3)Chapitre 15 sur 139 · LA FUITE · texte numérisé non relu

LA FUITE

KADIDJA

Née au désert, ma cavale Sur les blés, dans les sillons, Volerait, des vents rivale.

Fuyons 1 fuyons 1

AHMED

Au désert infranchissable, Sans parasol pour jeter Un peu d'ombre sur la table.

Sans tente pour m'abriter...

KADIDJA

Mes cils te feront de l'ombre, Et, la nuit, nous dormirons Sous mes cheveux, tente sombre. Fuyons 1 fuyons I

AHMED

Si le mirage illusoire Nous cachait le vrai chemin, Sans vivres, sans eau pour boire, Tous deux nous mourrions demain,

KADIDJA

Sous le bonheur mon cœur ploie ; Si l'eau manque aux stations, Bois les larmes de ma joie.

Fuyons l fuyons 1

GH^ZEL

DANS le bain, sur les dalles, A mon pied négligent J*aime à voir des sandales De cuir jaune et d'argent.

En quittant ma baignoire, Il me plaît qu'une noire Fasse mordre à l'ivoire Mes cheveux, manteau brun, Et, versant l'eau de rose Sur mon sein qu'elle arrose, Comme l'aube et la rose.

Mêle perle et parfum.

J'aime aussi l'odeur fine De la fleur des Houris, Sur un plat de la Chine Des sorbets d'ambre gris, L'opium, ciel liquide, Poison doux et perfide, Qjii remplit l'âme vide D'un bonheur étoile ;

GHAZEL

Et, sur l'eau qui réplique, Un doux bruit de musique S'échappant d'un caïque De falots constellé.

J'aime un fez écarlate De sequins bruissant, Où partout l'or éclate, Où reluit le croissant.

L'arbre en fleur où se pose L'oiseau cher à la rose, La fontaine où l'eau cause, Tout me plaît tour à tour ; Mais, au ciel et sur terre.

Le trésor que préfère Mon cœur jeune et sincère.

C'est amour pour amour !

T>^i'}lS VM 'B^ISE%, L'0'H.T>E..

DANS un baiser, l'onde au rivage Dit ses douleurs; Pour consoler la fleur sauvage,

L'aube a des pleurs ; Le vent du soir conte sa plainte

Au vieux cyprès, La tourterelle au térébinthe Ses longs regrets.

Aux flots dormants, quand tout repose,

Hors la douleur, La lune parle, et dit la cause

De sa pâleur.

Ton dôme blanc, Sainte-Sophie,

Parle au ciel bleu, Et, tout rêveur, le ciel confie

Son rêve à Dieu.

Arbre ou tombeau, colombe ou rose,

Onde ou rocher, Tout, ici-bas, a quelque chose

Pour s'épancher...

DANS UN BAISER, l'oNDE 73

Moi, je suis seule, et rien au monde

Ne me répond, Rien que ta voix morne et prolondc,

Sombre Hellespontl

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