‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 3)Chapitre 17 sur 139 · SULTAN MAHMOUD · texte numérisé non relu

SULTAN MAHMOUD

Mais tous ces corps sans âmes

Plaisent un jour...

Hélas 1 j*ai six cents femmes,

Et pas d'amour !

Ni la vierge de Grèce,

Marbre vivant; Ni la fauve négresse.

Toujours rêvant; Ni la vive Française,

A l'air vainqueur; Ni la plaintive Anglaise,

N'ont pris mon cœur!

Tous ces beaux corps sans âmes

Plaisent un jour...

Hélas 1 j'ai six cents femmes,

Et pas d'amour I

LE TUITS ^YSTÉ%IEUX

travers la forêt de folles arabesques

Qjie le doigt du sommeil trace au mur de mes nuits, Je vis, comme l'on voit les Fortunes des fresques, Un jeune homme penché sur la bouche d'un puits.

Il jetait, par grands tas, dans cette gueule noire Perles et diamants, rubis et sequins d'or.

Pour faire arriver l'eau jusqu'à sa lèvre, et boire; Mais le flot flagellé ne montait pas encor.

Hélas ! que d'imprudents s'en vont aux puits, sans corde, Sans urne pour puiser le cristal souterrain.

Enfouir leur trésor afin que l'eau déborde.

Comme fit le corbeau dans le vase d'airain !

Hélas 1 et qui n'a pas, épris de quelque femme. Pour faire monter l'eau du divin sentiment.

Jeté l'or de son cœur au puits sans fond d'une âme, Sur l'abîme muet penché stupidement !

l'esclave 77

VESCL^VE

APTivE et peut-être oubliée, Je songe à mes jeunes amours, A mes beaux jours, Et par la fenêtre grillée Je regarde l'oiseau joyeux Fendant les deux.

Douce et pâle consolatrice, Espérance, rayon d'en haut.

Dans mon cachot Fais-moi, sous ta clarté propice, A ton miroir faux et charmant

Voir mon amant I

Auprès de lui, belle Espérance, Porte-moi sur tes ailes d'or.

S'il m'aime encor.

Et, pour endormir ma souffrance, Suspends mon âme sur son cœur

Comme une fleuri

LES TACHES J^VMES

SEUL, le coude dans la plume, J'ai froissé jusqu'au matin Les feuillets d'un gros volume Plein de grec et de latin;

Car nulle étroite pantoufle Ne traîne au pied de mon lit, Et mon chevet n'a qu'un soufHe Sous ma lampe qui pâlit.

Cependant des meurtrissures Marbrent mon corps, que n'a pas Tatoué de ses morsures Un vampire aux blancs appas.

S'il faut croire un conte sombre, Les morts aimés autrefois Nous marquent ainsi, dans l'ombre.

Du sceau de leurs baisers froids.

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