ÉBAUCHE DE PIERROT POSTHUME
Votre galanterie, en Tachetant pour moi, A £ût un acte méritoire Et dont je garderai mémoire; Allons, vite, donnez...
ARLEQUIN
Eh quoi!
La chaîne de Venise I Ah I fi donc I
COLOMBINE
Alors, qu'est-ce?
ARLEQUIN
Oh 1 mille fois mieux que cela 1 Un présent de bon goût; il est enfermé là.
COLOMBINE
Là, dans cette petite caisse?
ARLEQUIN
Oui ; regardez I
COLOMBINE
Grands dieux 1 que vois-je? une souris I
ARLEQUIN
A votre intention cette nuit je l'ai prise.
Ce n*est point une souris grise.
Une souris de peu de prix ;
Elle est blanche comme l'hermine.
Vive, spirituelle et fine.
Et je lui trouve, moi, beaucoup de votre mine.
COLOMBINE
Les régals qui par vous sont aux dames offerts Ont du moins l'agrément de n'être pas très chers,
Et ce n*est pas ainsi qu'un galant se ruine.
Vous volez vos cadeaux aux chats Et pour écrins donnez des souricières ; Je vous en avertis, ce sont là des manières A ne réussir point près des cœurs délicats !
ARLEQUIN
Cette souris dans cette boite,
C'est mon âme, en prison étroite
Mise par vos divins appas !
Comme elle, prenez-la, Colombine Êintasque, Car je pâlis d'amour sous le noir de mon masque,
Et votre œil seul ne le voit pas.
Acceptez cet hommage, ô beauté sans seconde 1
De l'Arlequin le plus épris du monde C'en est fait, Cupidon m'a saisi dans ses lacs 1 Les moulins que Montmartre offre aux yeux sur sa butte
Ne tournent plus qu'au vent de mes soupirs ; Et sous votre balcon chaque jour j'exécute,
Pour sérénade, une culbute.
Timide expression de mes brûlants désirs I
COLOMBINE
Ah 1 monsieur Arlequin, prolonger ce langage A ma pudicité serait faire un outrage 1 Qyii vous rend si hardi de me faire la cour?
Je suis honnête et mariée.
ARLEQUIN
A peine; Auprès de vous Pierrot ne resta qu'un seul jour, Il lui £dlut quitter aussitôt ce séjour.
Car l'habitation des rives de la Seine Décidément lui devenait malsaine ;