‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 32 sur 122 · VOYAGE · texte numérisé non relu

VOYAGE

Les arbres qui bordent la route Paraissent fuir rapidement, Leur forme obscure dont Toeil doute Ne se dessine qu'un moment; Le ciel, tel qu'une banderole, Par-dessus les bois roule et vole ; Je veux voir des sites nouveaux :

Postillons, pressez vos chevaux.

Chaumières, fermes isolées.

Vieux châteaux que flanque une tour, Monts arides, fraîches vallées.

Forêts, se suivent tour à tour; Parfois au milieu d'une brume.

Un ruisseau dont la chute écume; Je veux voir des sites nouveaux :

Postillons, pressez vos chevaux.

Puis une hirondelle qui passe.

Rasant la grève au sable d'or.

Puis, semés dans un large espace.

Les moutons d'un berger qui dort, De grandes perspectives bleues.

Larges et longues de vingt lieues ; Je veux voir des sites nouveaux :

Postillons, pressez vos chevaux.

Une montagne : l'on enraye Au bord du rapide penchant D'un mont dont la hauteur effraye ; Les chevaux glissent en marchant, L'essieu grince, le pavé fume.

Et la roue un instant s'allume; Te veux voir des sites nouveaux :

Postillons, pressez vos chevaux.

La côte raide est descendue.

Recouverte de sable fin, La route, à chaque instant perdue, S'étend comme un ruban sans fin.

Qjie cette plaine est monotone 1 On dirait un matin d'automne; Je veux voir des sites nouveaux:

Postillons, pressez vos chevaux.

Une ville d'un aspect sombre,

Avec ses tours et ses clochers

Qui montent dans les airs, sans nombre.

Comme des mâts ou des rochers,

Où mille lumières flamboient

Au sein des ombres qui la noient;

Je veux voir des sites nouveaux:

Postillons, pressez vos chevaux 1

Mais ils sont las, et leurs narines.

Rouges de sang, soufflent du feu ; L'écume inonde leurs poitrines.

Il faut nous arrêter un peii.

Halte 1 demain, plus vite encore.

Aussitôt que poindra l'aurore, Postillons, pressez vos chevaux, Je veux voir des sites nouveaux.

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