IMITATION DE BYRON 9I
IMITAT lO'N. 'DE 'BY'HO'N.
L est doux de raser en gondole la vague Des lagunes, le soir, au bord de Thorizon Qjiand la lune élargit son disque pâle et vague, Et que du marinier l'écho dit la chanson;
n est doux d'observer l'étoile qui rayonne, Paillette d'or cousue au dais du firmament, L'étoile qu'une blanche auréole environne.
Et qui dans le ciel clair s'avance lentement;
Il est doux sur la brume un instant colorée
De voir, parmi la pluie, aux lueurs du soleil.
L'iris arrondissant son arche diaprée,
Présage heureux d'un jour plus pur et plus vermeil ;
n est doux, par les prés où l'abeille butine, D'errer seul et pensif, et, sous les saules verts Nonchalamment couché près d'une onde argentine, De lire tour à tour des romans et des vers ;
Il est doux, quand on suit une route inégale, Dans l'été, vers midi, chargé d'un lourd fardeau, £t qu'on entend chanter près de soi la cigale, De trouver un peu d'ombre avec un filet d'eau ;
Il est doux, en hiver, lorsque la froide pluie Bat la vitre, d'avoir, auprès d'un feu flambant. Un immense fauteuil gothique, où l'on appuie Sa tête paresseuse en arrière tombant;
Il est doux de revoir avec ses tours minées Par le temps, ses clochers et ses blanches maisons, Ses toits rouges et bleus, ses hautes cheminées, La ville où l'on passa ses premières saisons;
Il est doux pour le cœur de l'exilé malade.
Par le regret cuisant et la douleur usé.
D'entendre le refrain de la vieille ballade Dont sa mère au berceau Ta jadis amusé;
Mais il est bien plus doux, éperdu, plein d'ivresse, Sous un berceau de fleurs, d'entourer de ses bras Pour la première fois sa première maîtresse, Jeune fille aux yeux bruns qui tremble et ne veut pas.
Femme souvent varie ; Est bien fol qui s'y fie.
FRANÇOIS l«^
CHER ange, vous êtes belle A faire rêver d'amour, Pour une seule étincelle De votre vive prunelle, Le poète tout un jour.
Air naïf de jeune fille.
Front uni, veines d'azur.
Douce haleine de vanille, Bouche rosée où scintille Sur l'ivoire un rire pur.
Pied svelte et cambré, main blanche, Soyeuses boucles de jais.
Col de cygne qui se penche, Flexible comme la branche Qji'au soir caresse un vent frais,
Vous avez, sur ma parole, Tout ce qu'il faut pour charmer ; Mais votre âme est si frivole.
Mais votre tête est si folle, Qjie l'on n*ose vous aimer.
SOLEIL COUCH.A'hLT
Notre-Dame, Que c'est beau !
VICTOR HUGO
EN passant sur le pont de la Touraelle, un soir, Je me suis arrêté quelques instants pour voir Le soleil se coucher derrière Notre-Dame.
Un nuage splendide à Thorizon de flamme.
Tel qu'un oiseau géant qui va prendre l'essor, D'un bout du ciel k l'autre ouvrait ses ailes d'or;
— Et c'étaient des clartés à baisser la paupière. Les tours au front orné de dentelles de pierre, Le drapeau que le vent fouette, les minarets Qui s'élèvent pareils aux sapins des forêts.
Les pignons tailladés que surmontent des anges Aux corps raides et longs, aux figures étranges, D'un fond clair ressortaient en noir; l'Archevêché, Comme au pied de sa mère un jeune enfant couché, Se dessinait au pied de l'église, dont l'ombre S'allongeait à l'entour mystérieuse et sombre.
— Plus loin, un rayon rouge allumait les carreaux D'une maison du quai. — L'air était doux, les eaux Se plaignaient contre l'arche à doux bruit, et la vague De la vieille cité berçait l'image vague;
Et moi, je regardais toujours, ne songeant pas Q}ie la nuit étoilée arrivait à grands pas.
SONNET IV 9
SO'hLT^El IV
Oh ! la paresseuse fille.
Sara la Baigneuse.
LORSQUE je VOUS dépeins cet amour sans mélange, Cet amour à la fois ardent, grave et jaloux, Qjie maintenant je porte au fond du cœur pour vous, Et dont je me raillais jadis, ô mon jeune ange,
Rien de ce que je dis ne vous parait étrange, Rien n'allume en vos yeux un éclair de courroux; Vous dirigez vers moi vos regards longs et doux. Votre pâleur nacrée en incarnat se change.
II est vrai, — dans la mienne, en la forçant un peu, Je puis emprisonner votre main blanche et frêle. Et baiser votre front si pur sous la dentelle:
Mais — ce n*est pas assez pour un amour de feu ; Non, ce n*est pas assez de souffrir qu'on vous aime, Ma belle paresseuse! il £aut aimer vous-même.
E'H.Foi'H.TILLoiGE
Hanneton, vole, vole, vole.
Ballade des petites filles.
LORSQUE la froide pluie enfin s*en est allée £t que le ciel gaiment rouvre son bel œil bleu, Ennuyé d'être au gite et de couver le feu, Comme les moineaux francs, je reprends ma volée.
A Romainville, — ou bien dans les prés Saint-Gervais, Curieux de savoir si l'aubépine blanche A déjà fait neiger son givre sur la branche.
Par l'herbe et la rosée, en pépiant, je vais.
Me faisant du bonheur avec la moindre chose :
— D'une goutte d'eau claire, où, sous nn rayon pur, Se baigne un scarabée au corselet d'azur,
D'une abeille en maraude au cœur d'une fleur rose.
D'un brin d'herbe où la Vierge a filé son coton.
— Mais plus que tout cela j'aime sous les charmilles, Dans le parc Saint-Fargeau, voir les petites filles Emplir leurs tabliers de pain de hanneton.