‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 61 sur 122 · BURGER · texte numérisé non relu

BURGER

C'est un fort beau cheval : une large poitrine, Des jambes de gazelle, et dans chaque narine Une fauve lueur, La queue échevelée, une crinière folle Qui se déroule au vent comme une banderole Sur le col en sueur;

Des yeux fiers, pleins de vie, ardents comme la braise, Qu'on prendrait pour deux trous au mur d'une fournaise

Ou pour deux diamants, Des yeux illuminés d'une lumière rouge Comme un soleil dans l'eau, qui frissonne et qui bouge

A tous les mouvements;

Une croupe arrondie où des glands dorés pendent, Et de souples jarrets dont les muscles se tendent

Comme des arcs d'acier; Un ongle plus poli que le jaspe ou l'écaillé. Qjiel roi dans son haras eut jamais qui te vaille,

O mon noble coursier I

Tu danses sur les blés comme une sauterelle, A chacun de tes pieds est attachée une aile,

Ton galop, c'est un vol, Et, quand à bonds pressés tu dévores la plaine. L'oiseau reste en arrière, et Tombre peut à peine

Te suivre sur le sol.

La bride sur le col, va, marche, à toi l'espace I X'a, lutte de vitesse avec le vent qui passe

Comme avec un rival; Va sans crainte ; — le monde est grand, la terre est large. Le vent est déjà loin, trop de vapeur le charge,

Hurrahl mon bon cheval I

Hurrah 1 des rocs aigus aux tranchantes arêtes. Fais jaillir en sautant des gerbes de paillettes

Avec ton dur sabot; Brise cet horizon qui n'a pas une lieue Et voudrait t'enfermer dans sa muraille bleue

Comme on fait d'un pied bot.

Chemins rompus, halliers, buissons, ronces, broussaillc^ Hérissant leurs stylets, entortillant leurs mailles,

Grands fossés à franchir, Ravins marécageux où le feu follet flambe, Fondrières, rochers, rien n'entrave ta jambe

Qiii ne sait pas fléchir.

Ohl comme les maisons, comme les arbres filent! Oh 1 comme étrangement sur le ciel ils profilent

Leur contour incertain 1 Essor prodigieux, le sol que ton pied foule . Se retire sous toi comme un ruban qu'on roule, Et tout se fait lointain.

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