LA DIVA
Votre Madone est là; dans sa loge elle pose, Près d*elle vainement Ton bourdonne et l'on cause ; Elle reste immobile et sous le même jour, Gardant comme un trésor l'harmonieux contour. Artistes souverains, en copistes fidèles Vous avez reproduit vos superbes modèles 1 Pourquoi, découragé par vos divins tableaux, Ai-je, en£ant paresseux, jeté là mes pinceaux. Et pris pour vous fixer le crayon du poète, Beaux rêves, obsesseurs de mon âme inquiète.
Doux fantômes bercés dans les bras du désir.
Formes que la parole en vain cherche à saisir ? Pourquoi, lassé trop tôt, dans une heure de doute. Peinture bien aimée, ai-je quitté ta route ?
Q}ie peuvent tous nos vers pour rendre la beauté, Q}ie peuvent de vains mots sans dessein arrêté, Et l'épithète creuse, et la rime incolore ?
Ah I combien je regrette et comme je déplore De n& plus être peintre, en te voyant ainsi A Mosi, dans ta loge, ô Julia Grisil
^T%ÈS LE "BJlL
ADIEU, puisqu'il le Êiut, adieu, belle nuit blanche. Nuit d'argent, plus sereine et plus douce qu'un jour 1 Ton page noir est là, qui, le poing sur la hanche, Tient ton cheval en bride et t'attend dans la cour.
Âurora, dans le ciel que brunissaient tes vQÎles, Entr'ouvre ses rideaux avec ses doigts rosés ; O nuit I sous ton manteau tout parsemé d'étoiles Cache tes bras de nacre au vent froid exposés.
Le bal s'en va finir. Renouez, heures brunes, Sur vos fronts parfumés vos longs cheveux de jais. N'entendez-vous pas l'aube aux rumeurs importunes Qui halète à la porte et soufile son air frais ?
Le bal est enterré. Cavaliers et danseuses.
Sur la tombe du bal jetez à pleines mains Vos colliers défilés, vos parures soyeuses.
Vos blancs camélias et vos pâles jasmins.
Maintenant c'est le jour. La veille après le rêve, La prose après les vers : c'est le vide et l'ennui ; C'est une bulle encor qui dans les mains nous crève ; C'est le plus triste jour de tous, c'est aujourd'hui.