‹ Œuvres de Théophile GautierChapitre 22 sur 37 · POURPARLER · texte numérisé non relu

POURPARLER

FANCHONNETTE, la femme de chambre de madame Eliante, entre sur la pointe du pied, s’avance limidement jusqu'auprès du lit, et voyant qu'Éliante ne dort plus :

Madame.

ÉLIANTE

Eh bien! Fanchonnette, qu'y a-t-il ? est-ce que le feu est à la maison? tu as l’air tout effaré.

FANCHONNETTE,

Non. madame, le feu n’est pas à la maison, c’est pis que cela : M. le duc Alcindor qui fait pied de grue depuis deux heures, et qui voudrait entrer.

324 NOUVELTLES

ÉLIANTE

Il faut lui dire que je ne suis pas visible, que j'ai une migraine affreuse, que je n’y suis pas.

FANCHONNETTE

Je lui ai dit tout cela, il ne veut pas s’en aller; il prétend que, si vous êtes sortie, il faudra bien que vous rentriez, et que, si vous êtes chez vous, il faudra bien que vous finissiez par sortir. Il est décidé à faire le blocus de votre porte.

ÉLIANTE, Quel homme terrible!

FANCHONNETTE

Il va se faire apporter une tente et des vivres pour s'établir définitivement dans votre salon. La démangeaison qu’il a de vous parler est si grande qu'il escaladera plutôt la fenêtre.

ÉLIANTE

Quelle étrange fantaisie ! Cela est d’une folie qui ne rime à rien! Que peut-il donc avoir à me dire? Fanchonnette, comment suis-je aujourd’hui? je me trouve d’une laideur affreuse; il me semble que j'ai l'air de Mme de B***,

FANCHONNETTE

Au contraire, madame n’a jamais été plus charmante; elle a le teint d’une fraîcheur admirable.

ÉLIANTE

Rajuste un peu ma cornette et va dire au duc que je consens à le recevoir.

CPAS PIMERC EVE

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