FOIRES ET MARCHÉS
Le mot foire, qui vient de forum, place publique, a été dans son origine synonyme de celui de marché, et l'est encore à certains égards. L’un et l’autre signifient un concours de marchanda et d'acheteurs dans des lieux et des temps marqués; mais le mot de foire paraît présenter l’idée d’un concours plus nombreux, plus
* Les articles Foires et marchés et Fondation paraissent avoir été éeriLs vers 175(j. Turgot avait encore projeté, pour le même dictionnaire, la rédaction des mots Mendicité, Inspecteurs, Hôpital, Immatérialité , Humide cl Humidité. Itupout de Nemours nous apprend que la suspension, par ordre, de VFncyclopédie , le dégoûta de continuer ce genre de travaux. Cette suspension, prononcée et révoquée plusieurs fois, était te résultat des intrigues du clergé, auquel tous les moycus, jusqu'à la peine de mort ', semblaient lions pour combattre l’influence de l'esprit philosophique. (E. D.)
* Voyez la itrolaratiou de 1757.
UtTICLES EXTRAITS I»K L'ENCYCLOPÉDIE.
solennel et par conséquent plus rare, (.elle différence , qui ft.tppe au premier coup d'œil, paraît Être relie qui détermine dans l'usage l’application de ces deux mots; elle provient cependant elle-même d’une autre différence plus cachée, et pour ainsi dire plus radicale, entre res deux choses. Nous allons la développer.
Il est évident que les marchands et les acheteurs ne peuvent se rassembler dans certains temps et dans certains lieux sons un attrait, un intérêt qui compense ou même qui surpasse les frais du voyage et du transport îles denrées ou des marchandises. Sans cet attrait chacun resterait chez soi : plus il sera considérable, plus les denrées supporteront de longs transports, plus le concours des marchands et des acheteurs sera nombreux et solennel, plus le district dont ce concours est le centre pourra être étendu. Le cours naturel du commerce suffit pour former ce concours et pour l’augmenter jusqu'à un certain point. La concurrence des vendeurs limite le prix des denrées, et le prix des denrées limite à son tour le nombre des vendeurs'. En effet, tout commerce devant nourrir celui qui l’entreprend, il faut bien que le nombre des ventes dédommage le marchand de la modicité des profils qu'il fait sur chacune, et que par conséquent le nombre des marchands se proportionne au nombre actuel des consommateurs, en sorte que chaque marchand corresponde à un certain nombre de ceux-ci. Cela reconnu, je suppose que le prix d'une denrée soit tel, qu’afin d’en soutenir le commerce il soit nécessaire d’en vendre pour la consommation de trois cents familles ; il est évident que trois villages, dans chacun desquels il n y aura que cent familles, ne pourront entretenir qu’un seul marchand de cette denrée. Ce marchand se trouvera probablement dans celui des trois villages où le plus grand nombre des acheteurs pourra se rassembler plus commodément ou à moins de frais, parce que cette
1 La dernière partie de cette proposition nous parait manquer d’exactitude. Le prix des choses, qui, sauf les accidents du marché, équivaut toujours au montant des frais de production, ne saurait exercer aucune influence sur le nombre des vendeurs : ce qui règle ce nombre, en thèse générale et dans tout commerce, c’est uniquement le taux des prolits. On peut objecter, il est vrai, que les profits sont affectés par la valeur courante des marchandises; mais ce n’est pas là une raison pour les confoudre avec cette valeur même, qui eu est fort distincte. Pour ceux nui veulent placer des fonds dans une branche de commerce, cette valeur n’a pas d’intérêt absolu, cl ils n’y ont égard qu’en sa qualité d’indice des profils que les circonstances leur permettront de réaliser. Au fond , Turgot l’entendait bien de celle manière; mais il a, selon nous, mal rendu sa pensée. (E. D.)
ÎOIKES ET MAKU1KS.
diminution de Irais l'era préférer le marchand établi dans ce village a ceux qui seraient tentés de s'établir dans l’un des deux autres. Mais plusieurs espèces de denrées seront vraisemblablement dans le môme cas, et les marchands de chacune de ces denrées se réuniront dans le môme lieu par la môme raison de la diminution des frais, et parce qu’un homme qui a besoin de deux espèces de denrées aime mieux ne faire qu’un voyage pour se les procurer que d’en faire deux : c’est réellement comme s’il payait chaque marchandise moins cher. Le lieu devenu considérable par cette réunion môme des différents commerces, le devient de plus en plus, parce que tous les artisans que le genre de leur travail ne retient pas à la campagne et tous les hommes à qui leur richesse permet d’ôtre oisifs, s’y rassemblent pour y chercher les commodités de la vie. La concurrence des acheteurs attire les marchands par l’espérance de vendre; il s’eu établit plusieurs pour la môme denrée. La concurrence des marchands attire les acheteurs par l’espérance du bon marché, et toutes deux continuent à s’augmenter mutuellement jusqu’à ce que le désavantage de la distance compense pour les acheteurs éloignés le bon marché de la denrée produit par la concurrence, et môme ce que l’usage et la force de l'habitude ajoutent à l’attrait du bon marché. Ainsi se forment naturellement différents centres de commerce ou marchés, auxquels répondent autant de cantons ou d’arrondissements (dus ou moins étendus, suivant la nature des denrées, la facilité plus ou moins grande des communications, et l’état de la population plus ou moins nombreuse. Et telle est, pour le dire eu passant, la première et la plus commune origine des bourgades et des villes.
La môme raison de commodité qui détermine le concours des marchands et des acheteurs à certains lieux, le détermine aussi à certains jours, lorsque les denrées sont trop viles pour soutenir de longs transports, et que le canton n’est pas assez peuplé pour fournir à un concours suffisant et journalier. Ces jours se fixent par une espèce de convention tacite, et la moindre circonstance suffit pour cela. Le nombre des journées de chemin entre les lieux les plus considérables des env irons, combiné avec certaines époques qui déterminent le départ des voyageurs, telles que le voisinage de certaines fôtes, certaines échéances d’usage dans les payements, toutes sortes de. solennités périodiques , rnlin tout ce qui rassemble a certains jours un certain nombre d’hommes, devient le principe de; l’étahlis-