‹ Œuvres de TurgotChapitre 80 sur 108 · DE M. DE SAINT-PEKAYY · texte numérisé non relu

DE M. DE SAINT-PEKAYY

qu’en Hollande la cherté des salaires suffirait pour anéantir le commerce, si le bas intérêt de l’argent, et l'acthiié qui en est la suite, ne compensaient pas et au delà cette cause?

3° Je suppose pour un moment que l'épargne ait pour effet immédiat de retirer l'argent de la circulation, et de baisser la valeur vénale au préjudice du cultivateur, je dis que, s’il résulte do cette épargne une augmentation d’avances, il en résulte aussi une plus grande production, ou, si l’on veut, une diminution des frais; en sorte que la diminution de la valeur vénale, qui vient du peu d’argent retiré de la circulation , est plus que compensée par le nombre des choses vendues, ou par une moindre valeur fondamentale 1 de chaque chose vendue ; alors il y a un avantage réel à mettre de l’argent en réserve. Or, il y a grande apparence que l’augmentation des avances fait beaucoup plus de bien, que la petite diminution des valeurs vénales occasionnée par l’épargne ne peut faire de mal. Car cette diminution sera toujours très-légère, si la libre exportation continue de faire participer nos productions au prix tlu marché général. Peut-être que l’augmentation de production occasionnée par la mise de nouvelles avances opérerait encore plus efficacement l'abaissement des valeurs vénales. Mais les remèdes à cet inconvénient sont dans cette même communication avec le marché géuéral ; dans la variété des productions dont le sol est susceptible, parmi lesquelles le cultivateur peut choisir celles dont le débit lui profite le plus , et préférer les chardons au froment, s'il y trouve son avantage; enfin, dans l’accroisse-

1 On dislingue deux sortes de valeur: la valeur fondamentale, el la valeur vénale. I,a valeur fondamentale est ce que la chose coûte à celui qui la vend, c’està-dire les frais de la matière première, l'intérêt des avances, les salaires du travail el de l’industrie. La valeur vénale est le prix dont Paeheleur convient avec le vendeur. La valeur fondamentale est assez lixe et rbange beaucoup moins que la valeur vénale. Celle-ci ne se règle que sur le rapport de l’offre à la demande; clic varie avec les besoins, et souvent la seule opinion suffit pour y produire des secousses et des inégalités très-cnnsidéraliles et très-subites. Elle n’a pas une proportion nécessaire avec la valeur fondamentale, parce qu'elle dépend immédiatement d’un principe tout différent ; mais elle tend continuellement à s’en rapprocher, el ne peut guère s’en éloigner beaucoup d’une manière permanente. II est évident qu’elle ne petit rester longtemps au-dessous; car, dès qu'une denrée ne peut sc vendre qu’à perte, ou cesse de la faire produire jusqu'à ce que lu rareté l’ait ramenée à un prix au-dessus de la valeur fondamentale. Ce prix ne peut non plus être longtemps fort au-dessus de la valeur fondamentale, car ce haut prix offrant de grands profits, appellerait la denrée et ferait naître une vive concurrence entre les vendeurs. Or, l’effet naturel de celte concurrence serait de baisser les prix et de les rapprocher de la valeur fondamentale. ( Note de l'auteur.)

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ment de la population, suite naturelle de l'abondance des productions.

4° C’est très-gratuitement qu’on suppose que l’épargne diminue les valeurs vénales, en retirant de la circulation les sommes mises en réserve. Elles y rentrent presque toutes sur-le-champ; et pour en être convaincu , il ne faut que réfléchir sur l’usage qu'on fait de l'argent épargné : ou bien on l’emploie en achats de terre, ou bien on le prête à intérêt, ou bien on le met en avances dans des entreprises de culture , d’industrie, de commerce. Il est évident que ce troisième genre d’emploi fait rentrer de suite les capitaux dans la circulation, et les échange en détail contre les instruments, les bestiaux de labour, les matières premières et les salaires des ouvriers, l’achat des marchandises qui sont l’objet du commerce. Il en est de même des deux autres. L’argent de l’acquéreur d'un bien-fonds passe au vendeur; celui-ci vend ordinairement pour faire une acquisition plus utile ou pour payer des dettes, et c’est toujours à ce dernier objet que va le prix de la vente; car si le premier vendeur achète un autre fonds, ce sera le vendeur de celui-ci, ou, si l'on veut, un troisième qui ne vendra que pour se libérer; si ce sont des dettes criardes, voilà l’argent redépensé et rejeté dans la circulation. Si ce sont des dettes portant intérêt, le créancier remboursé n’a rien de plus pressé que de prêter de nouveau son argent. Voyons donc coque devient l’argent prêté, ce qu’en fait l’emprunteur.

Les jeunes gens de famille dérangés et les gouvernements empruntent pour dépenser, et ce qu’ils dépensent rentre à l'instantdans la circulation. Quand ils sont plus sages, ils empruntent pour s'arranger, pour payer les dettes exigibles, pour rembourser les créances qui portent un intérêt trop fort. Quelques personnes empruntent pour compléter le prix des acquisitions qu’elles veulent faire en biens-fonds, et à cet objet d’emprunt s’applique ce que j’ai dit plus haut sur l’acquisition des terres, savoir, que cet argent, à la seconde ou à la troisième main, retourne à la circulation en se redistribuant dans le commerce. Quant aux emprunts des entrepreneurs, manufacturiers , commerçants , on sait bien qu’ils sont versés sur-le-champ dans leurs entreprises, et dépensés eu avances de toute espèce.

Il suit évidemment de ce détail que l’argent épargné, accumulé, mis en réserve pour former des capitaux, n’est point enlevé à la circulation, et que la somme des valeurs pécuniaires, qui se balance

DK M. DK SAINT-PERAVY.

dans le détail du commerce avec les autres valeurs pour en fixer le prix, n’en est ni plus ni moins forte.

Chez une nation où l’agriculture, l’industrie et le commerce lleurissent, et où l’intérêt de l’argent est bas, la masse des capitaux est immense, et il est cependant notoire que In masse de l'argent mis en réserve dans les caisses' est très-médiocre ; presque tous les capitaux existants sont représentés par du papier qui équivaut à l’argent, parce que les effets qui répondent de leur solidité équivalent à l’argent. Mais il n’y a véritablement d’argent dans les caisses que la quantité nécessaire pour pouvoir faire les pavements journaliers qu’exige le cours du commerce. Il se fait quelquefois des mouvements de plusieurs millions , sans qu’il y ait un sou d’argent déplacé. La quantité de cet argent que l’on croirait qui circule en grosses masses est donc très-bornée, toujours proportionnée au degré d’activité du commerce, aux mouvements qu’il donne à l’argent, toujours à peu près la môme.

Je crois avoir montré deux choses, l’une, que quand l’épargne retirerait l’argent de la circulation, elle ne serait pas pour cela seul une chose mauvaise ; l’autre, que dans le fait l’épargne ne retire pas véritablement de la circulation l’argent qu’elle met en réserve.

Le résultat de cette longue note est que les réserves et les amas d’argent que font les fermiers de l’impôt indirect ne sont pas un mal par elles-mêmes, et ne doivent pas être comptées parmi les inconvénients de ce genre d’impôt. Les prolits excessifs sont sans doute un mal, parce qu’ils sont pris sur le peuple, et que, n’entrant point dans le trésor du prince, ils mettent celui-ci dans la nécessité d’augmenter l’impôt. C’est un mal que ces profits se dépensent à Paris, comme c’est un mal que tous les gros propriétaires dépensent leur revenu à Paris. Mais c’est un bien que les fermiersgénéraux n’en dépensent en détail qu’une partie.

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OBSERVATIONS SUR UN MEMOIRE

Y. OBSERVATIONS

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