‹ Œuvres de TurgotChapitre 82 sur 108 · DE M. GRASLIN · texte numérisé non relu

DE M. GRASLIN

peut payer l’impôt; il faut encore qu'elle soit disponible, c’est-àdire qu’elle ne soit pas nécessaire à la reproduction de l’année suivante, soit immédiatement, soit médiatenient. Toute richesse peut être prise par une force supérieure ; mais nulle richesse nécessaire aux travaux de la reproduction n’en peut être détournée sans nuire à cette reproduction, à la richesse nationale, ctparsuiteaux moyens de puissance du gouvernement. Voilà toute la théorie de l’impôt.

Les trois premières conséquences de cette doctrine des écrivains économiques se réduisent à la liberté indéfinie du commerce. L’utilité de cette liberté réclamée par les principes que fauteur combat, est d’ailleurs établie sur tant d’autres principes incontestables, que la certitude n’en dépend nullement du système qu’on embrasse sur la nature des richesses et du revenu. Il ne faut pas croire qu’en permettant de vendre et d’acheter ce qu’on voudraitet à qui on voudrait, on abandonnât pour cela toute industrie, comme l’auteur et les autres partisans des prohibitions l’imagincntou le disent : le raisonnementde ceux qui, pour faire peur de la liberté, supposent que les étrangers achèteront toutes nos matières premières, s’empareront de toute notre industrie, et feront tout notre commerce, est du môme genre que celui des gens qui ont peur que la liberté de vendre notre grain aux étrangers ne nous fasse mourir de faim, quoiqu’elle augmente nécessairement notre reproduction et nos magasins, qui n’iront jamais chercher leur débit au loin quand ils en trouveront un avantageux dans l’intérieur.

J’appelle biens (ôona) tout objet de jouissance, de possession, de désir, de besoin. J’appelle valeurs ( merœ ) toute chose susceptible d’échange et d’évaluation. J’appelle richesses (opes), tout bien eommerçable, tout objet de jouissance qui a une valeur. Le revenu est la richesse que donne la terre au delà des frais et reprises de ceux qui la cultivent. L’eau est un bien qui n’a point de valeur. Le travail a une valeur, et n’est point par lui-méme un bien. Des grains, des étoffe, sont des richesses. Ce qu’un fermier rend au propriétaire d’une terre, est un revenu.

Il suit de ces définitions que la production du sol, quand elle n’est qu’égale aux frais, est richesse , mais richesse non disponible; richesse, et non revenu. Dans l’exemple cité du champ cultivé en lin, qui coûte cent francs ou cultivateur, et qui ne lui rapporte que

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cent francs , ce lin est richesse et a sans doute, comme toute autre richesse , son utilité ; mais il est évident qu’il ne donne aucun retenu ni |)our le propriétaire, ni pour l’État. Le cultivateur a retiré exactement sa nourriture et son vêtement, c’est-à-dire le salaire indispensable de son travail ; mais le champ n’a pas produit de revenu. Le cultivateur ne donnerait pas un sou au propriétaire d’un pareil champ pour avoir la permission de le cultiver ; car il ne pourrait prendre ce qu’il donnerait que sur son nécessaire physique. Par la même raison, l’Etat ne peut rien retirer de ce champ, ni rien demander au cultivateur sans lui ôter de son nécessaire, et le réduire par conséquent à l’impossibilité de travailler. Si tous les champs d’un royaume étaient cultivés de celte manière , il est évident que l’Etat ne pourrait lever aucun impôt ; non parce qu’il n’y aurait aucune richesse, mais parce qu’il n’y aurait aucun revenu, aucune richesse disponible; parce que, la totalité de la production annuelle étant affectée au nécessaire physique de celui qui l'ait produire, tout ce qu’on pourrait prendre anéantirait la culture et la reproduction île l’année suivante.

Il est très-vrai qu’à considérer les choses d’une manière vague , la subsistance du cultivateur faisant partie des frais, moins le cultivateur consomme pour lui-même et plus il reste de produit net. Il est certain que, si un fermier portait des habits de velours et sa femme des dentelles, il faudrait que cette dépense se retrouvât sur le produit de la terre en diminution de la portion du propriétaire. Mais il ne s'ensuit nullement que la misère du cultivateur augmente le produit net. Il est aucontraire démontré que les richesses des entrepreneurs de culture ne sont pas moins nécessaires que le travail même pour tirer de la terre une production abondante, puisque les plus fortes avances donnent les plus forts produits. Comme la fertilité de la terre est bornée , il y a sans doute un point où l’augmentation des avances n’augmenterait pas la production à proportion de l’augmentation des frais ; mais jusqu’à présent on est bien loin d’avoir atteint cette limite, et l’expérience prouve que là où les avances sont les plus fortes, c'est-à-dire là où les cultivateurs sont les plus riches, là est non-seulement la plus grande production totale , mais là sont les plus grands produits nets.

La production étant supposée la même, plus la part du cultiva-

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