‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 126 sur 264 · MÉDITATION SUR LA FOI · texte numérisé non relu

MÉDITATION SUR LA FOI

qui le chagrinait, en attestent invinciblement la sincérité. Ajoutons, pour preuve définitive, que Vauvenargues composa cette pièce dans le môme temps que VEloge funèbre d'Hippolyte de Seytres^ vers la fin de la retraite de Bohême, c'est-à-dire dans des circonstances où il n'était guère en humeur de faire des jeux d'esprit. Dans la 26" lettre à Saint-Vincens, adressée d'un cantonnement sur le Rhin, à la date du 7 novembre 17Z|3, Vauvenargues lui parle de la Méditation ^ dont il lui avait envoyé précédemment copie, et lui en parle trop sérieusement, pour que les diverses versions que nous avons rapportées puissent être admissibles. Est-ce à dire pour cela que Vauvenargues fût chrétien? Non, sans doute, et cette Méditation môme, nous l'avons remarqué, n'est pas un acte de foi positive, ce n'est qu'un regret, ou, tout au plus, qu'une aspiration. Vauvenargues est, avant tout, un homme sincère, et, comme tel, il n'a pas de parti pris; il note ses impressions, à mesure qu'elles lui viennent : hier incrédule, aujourd'hui croyant, ou regrettant de ne pas l'être. Il suflit de comparer cette Méditation avec ïlmitation de Pascal^ qui précède immédiatement, pour se faire une juste idée de l'état de son âme, pour saisir au vif les alternatives de sa pensée, et comprendre ses contradictions sur ce point. Marmontel, qui l'a vu de près, a dit le mot peut-être : « Il est mort dans les sentiments d'un chrétien philosophe », c'est-à-dire à moitié l'un, à moitié l'autre. En tout cas, ce qu'on ne saurait contester, c'est qu'au moins il s'inquiète sérieusement de cette sérieuse question; aussi, je ne sais si un théologien est venu le trouver à son lit de mort, mais j'affirme que si Vauvenargues ne s'est pas rendu à ses instances, du moins, il ne l'a pas renvoyé avec insulte. Après une étude plus approfondie de ses œuvres et de son caractère, nous rçistons dans les termes de notre Eloge : s'il ne croit pas, du moins, jamais il n'a pris son parti de ne pas croire ; son esprit hésite, et va tour à tour de la foi au doute, et du doute à la foi ; quand la mort est venue, il hésitait encore. — G.

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