BATHYLLE, OU j! Auteur frivole
Bathylle cite Horace et l'abbé de Ghaulieu, pour prouver qu'il faut égayer les sujets les plus sérieux, et mêler le solide et l'agréable; il donne pour règle du style ces vers légers et délicats ;
Qu'est-ce qu'esprit? raison assaisonnée; Par ce seul mot la dispute est bornée. Qui dit esprit, dit sel de la raison ; Donc, sur deux points roule mon oraison :
* Var. : [Ce mépris stupide, qui tient un peu à la nature de l'esprit hu- « main, et que les passions augmentent, mais que les gens sages répriment.»]
SUR QLLLQIES CARACTÈRES. 3G5
Raison, sans sel, est fade nourriture ; Sel, sans raison, n'est solide pâture; De tous les duux se forme esprit parfait; De l'un, sans l'autre, un monstre contrefait. Or, quel vrai bien d'un monstre peut-il naître? ~ Sans la raison, puis-je vertu connaître? Et, sans le sel, dont il faut l'apprêter, Puis-je vertu faire aux autres goûter?
J.-B. RoLSSEAi , Epîlre à Clément MaruI, liv. l*"', ép. 3.
Seluii ces principes, qu'il commente, il n'oserait parler avec gravité et avec force, sans bigarrer son discours de quelque plaisanterie hors de sa place; car il n'a pas compris encore que l'agrément peut naître de la solidité'. Ses pensées frivoles ont besoin d'un tour ingénieux pour se produire; mais ce soin de les embellir en fait mieux sortir la faiblesse; il ne sait donner à la vérité, ni ces couleurs fortes qui sont sa parure, ni cette profondeur et cette justesse qui font sa hauteur ; il est précieux quand il se croit agréable, obscur quand il se croit précis, guindé quand il veut être fort, et toujours ridicule, parce qu'il veut être toujours plaisant. 11 ne sait pas que toute expression vive et vraie d'une pensée juste porte son sel avec elle; il ne sait pas que la langue de la gaîté doit être plus impétueuse et plus naïve encore que toute autre, et il vise au plus petit de tous les genres, sans pouvoir même y atteindre. Trop faible pour pousser ses réflexions au delà de l'attente des lecteurs, pour étonner leur âme par ses images, ou pour la toucher par ses sentiments, il sème ses faibles écrits de petites grâces et de saillies concertées. Une imagination grande et vraie aime à se montrer toute nue, et sa simplicité, toujours éloquente, dédaigne les traits et les fleurs.