Il n'appartient qu'au courage de régler la vie. J
433. Les vrais maîtres dans la politique et dans la morale sont ceux qui tentent tout le bien qu'on peut exécuter, et rien au-delà ^.
434. Un sage gouvernement doit se régler sur la disposition présente des esprits.
1 Voir la Maxime 276'. —G.
2 Voir le 52« Caractère {fsocnile). — G.
5 C'est dire que la prudence est à peu près nrci.gle pur elle-mèine. \aiivenargues, en général, est aussi ch'daigncux pour la prudeiue que pour la raison, et les maltraite toutes deux également ; il aime mieux le vouKiije, et ce qu'il appelle le ban instinct. — G.
* Happrochoz des Maximes 27)^ et SC/. — (;.
/|35. Tous les temps ne permettent pas de suivre tous les bons exemples et toutes les bonnes maximes.
/i36. Les mœurs se gâtent plus facilement qu'elles ne se redressent.
1x^7. [C'est la preuve qu'une innovation n'est pas nécessaire, lorsqu'elle est trop difficile à établir.]
/i38. [Les changements nécessaires aux États se font presque toujours d'eux-mêmes.]
/i39. [C'est, en quelque sorte, entreprendre sur les droits de Dieu, que de tenter la réformation des mœurs et des coutumes dans un grand empire, et, cependant, il se trouve des hommes qui en viennent à bout.]
hliO. La vertu ne s'inspire point par la violence'.
l\lil. L'humanité est la première des vertus \
lili"2, La vertu ne peut faire le bonheur des méchants.
/i/i3. La paix, qui borne les talents et amollit les peuples, n'est un bien ni en morale, ni en politique.
aiih. L'amour est le premier auteur du genre humain.
/i/i5. La solitude tente puissamment la chasteté.
Zi/|(). La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps, mortelle lorsqu'elle est trop longue, quoique nécessaire.
Iih7. L'écueil ordinaire des talents médiocres est l'imitation des gens riches ; personne n'est si fat qu'un bel-esprit qui veut être un homme du monde.
liliH, Une jeune femme a moins de complaisants qu'un homme riche qui fait bonne chère.
* Voir la Maxime 21^. -=- G.
'^ Voir les Maximes 28i; et 39o^. — G,
li!\9, La bonne chère est le premier lien delà bonne compagnie.
/i50. Labonnechèreapaiselesressenlimentsdujeuetderamour ; elle réconcilie tous les hommes avant qu' ils se couchent.
liai. Le jeu, la dévotion, le bel-esprit, sont trois grands partis pour les femmes qui ne sont plus jeunes.
Zi52. Les sots s' arrêtent devant un homme d'esprit comme devant une statue de Bernini, et lui donnent, en passant, quelque louange ridicule.
/i53. Tous les avantages de l'esprit, et même du cœur, sont presque aussi fragiles que ceux de la fortune.
libli. On va dans la fortune et dans la vertu le plus loin qu'on peut; la raison et la vertu même consolent du reste.
hôb. [Peu de malheurs sont sans ressource; le désespoir est plus trompeur que l'espérance.]
Zi56. 11 y a peu de situations désespérées pour un esprit ferme, qui combat à force inégale, mais avec courage, la nécessité.
Zi57. Nous louons souvent les hommes de leur faiblesse, et nous les blâmons de leur force.
libS. Ce ne peut être un vice dans les hommes de sentir leur force '.
/i59. Il arrive souvent qu'on nous estime à proportion que nous nous estimons nous-mêmes.
/i60. La fatuité égale la roture aux meilleurs noms.
/i61. 11 y a plus de faiblesse que de raison à être humilié de ce qui nous manque, et c'est la source de toute bassesse.
/i62. Ce qui me paraît le plus noble dans notre nature,
' Rapprochez des Maximes 75* et 285^ — G
444 UÉI LEXIOiNS
fc'Jest que nous nous passions si aisément d'une plus grande perfection '.
/i63. Nous pouvons parfaitement connaître notre imperfection, sans être humiliés par cette vue.
Ii6li. Les grands ne connaissent pas le peuple, et n'ont aucune envie de le connaître.
A65. La lumière est le premier fruit de la naissance, pour nous enseigner que la vérité est le plus grand bien de la vie.
/i66. Rien ne dure que la vérité.
/i67. 11 n'appartient qu'aux âmes fortes et pénétrantes de faire de la vérité le principal objet de leurs passions.
hQS. La vérité n'est pas si usée que le langage, parce qu'il appartient à moins de gens de la manier.
469. [Ce n'est pas tout à fait la vérité qui manque le plus souvent aux idées des hommes, m.ais la précision et l'exactitude. Le faux absolu se rencontre rarement dans leurs pensées, et le vrai, pur et entier, se trouve encore plus rarement dans leurs expressions.]
/i70. [11 n'y a aucune vérité qui ne nous arrache notre consentement, lorsqu'on la présente tout entière et distincte à notre esprit.]
Zi71. [11 n'y a aucune idée innée, dans le sens des Cartésiens; mais toutes les vérités existent indépendamment de notre consentement, et sont éternelles.]
/j72. [La vérité n'a point d'autre preuve de son existence que l'évidence, et la démonstration n'est autre chose que l'évidence obtenue par le raisonnement.]
* Var. : [ « C'est peut-être une sorte de noblesse dans les hommes, et « un des plus beaux privilèges de leur être, de se passer si aisément d'une (I plus grande perfection. »]
ET MAXIiMES. 445
A73. [La vérité a son accent, qu'elle peut prêter même au mensonge, et qui est, selon moi, le vrai bon ton\ rien n'est si loin de l'éloquence que le jargon de l'esprit. J
hlh. L'esprit ne tient pas lieu de savoir.
A75. L'esprit enveloppe les simplicités de la nature, pour s'en attribuer l'honneur.
476. [Il n'y a qu'une seule passion qui parle ridiculement et sans éloquence, et c'est la passion de l'esprit. J
A77. [Il n'y a de vrai et de solide esprit que celui qui prend sa source dans le cœur.]
478. [L'esprit ne fait presque jamais le sel de la conversation.]
479. L'intérêt, non l'esprit, est le sel de la conversation; l'esprit n'y est, je crois, agréable, qu'autant qu'il met en jeu les passions, à moins que lui-même ne soit la passion de ceux qui parlent.
A80. [On ne s'ennuie avec beaucoup de gens, et on ne s'amuse avec quelques autres, que par vanité.]
A8I. L'indigence contrarie nos désirs, mais elle les borne; l'opulence multiplie nos besoins, mais elle aide à les satisfaire. Si on est à sa place, on est heureux '.
/|82. Il y a des hommes qui vivent heureux sans le savoir.
/j83. Les passions des hommes sont autant de chemins ouverts pour aller jusqu'à eux.
4S/|. Si nous voulons tromper les hommes sur nos intérêts, ne les trompons pas sur les leurs \
485. Il y a deg hommes dont il faut s'emparer tout d'abord, sans les laisser refroidir ^
' Voyez la Maxime 78^'. (,.
- Voir la Maxime 276^ -C;.
" Voir la Maxim<> ^y'f- - (i.
m RÉFLEXIONS
hSQ. Les auteurs médiocres ont plus d'admirateurs que d'envieux.
/i87. Il n'y a pas d'écrivain si ridicule, que quelqu'un n'ait traité d'excellent.
/r88. On fait mal sa cour aux économes par des présents.
/i89. On fait plutôt fortune auprès des grands en leur facilitant les moyens de se ruiner, qu'en leur apprenant à s'enrichir.
Zi90. Nous voulons faiblement le bien de ceux que nous n'assistons que de nos conseils.
li9L La générosité donne moins de conseils que de secours.
l\92. La philosophie est une vieille mode que certaines gens affectent encore, comme d'autres portent des bas rouges, pour morguer le public.
/|93. Nous n'avons pas assez de temps pour réfléchir toutes nos actions.
Ii9h. La gloire serait la plus vive de nos passions, sans son incertitude.
/|95. La gloire remplit le monde des vertus, et, comme un soleil bienfaisant, elle couvre toute la terre de fleurs et de fruits.
/i96. La gloire embellit les héros.
Zi97. Il n'y a pas de gloire achevée, sans celle des armes.
/|98. Le désir de la gloire prouve également et la présomption, et l'incertitude où nous sommes de notre mérite.
Ii99. Nous ambitionnerions moins l'estime des hommes, si nous étions plus sûrs d'en être dignes.
500. Les siècles savants ne l'emportent guère sur les autres, qu'en ce que leurs erreurs sont plus utiles.
501. Nous ne passons les peuples qu'on nomme barbares, ni en courage, ni en humanité, ni en santé, ni en plaisirs ; et, n'étant ainsi ni plus vertueux, ni plus heureux, nous ne laissons pas de nous croire bien plus sages.
50*2. L'énorme dilî'érence que nous remarquons enîre les sauvages et nous, ne consiste qu'en ce que nous sommes un peu moins ignorants.
503 . [ Nous savons plus de choses inutiles, que nous n'en ignorons de nécessaires.]
bOli' Les simplicités nous délassent des grandes spéculations.
505. [Je crois qu'il n'y a guère eu d'auteurs qui aient été contents de leur siècle.]
506. Quand on ne regarderait l'histoire ancienne que comme un roman, elle mériterait encore d'être respectée comme une peinture charmante des plus belles mœurs dont les hommes puissent jamais être capables.
507. N'est-il pas impertinent que nous regardions comme une vanité ridicule ce même amour de la vertu et de la gloire que nous admirons dans les Grecs et les Romains, hommes comme nous, et moins éclairés '?
508. Chaque condition a ses erreurs et ses lumières ; chaque peuple a ses mœurs et son génie, selon sa fortune ; les Grecs, que nous avons passés en délicatesse, nous passaient en simplicité.
509. Qu'il y a peu de pensées exactes! et combien il en reste encore aux esprits justes à développer !
510. [Sur quelque sujet qu'on écrive, on ne parle jamais assez pour le grand nombre, et l'on dit toujours trop pour les habiles. J
• Rapprochez de la ^6' Riflcxion, page 103. — G.
448 KÉFLEXIOiNS
511. Un auteur n'est jamais si faible que lorsqu'il traite faiblement les grands sujets.