‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 250 sur 264 · La pitié est moins tendre que l'amour · texte numérisé non relu

La pitié est moins tendre que l'amour

828. Les choses que Ton sait le mieux sont celles qu'on n'a pas apprises *. >

829. Au défaut des choses extraordinaires, nous aimons qu'on nous propose à croire celles qui en ont l'air.

830. L'esprit développe les simplicités du sentiment, pour s'en attribuer l'honneur^.

« [Trivial. — V.] — P»approclicz de la Maxime 559''. — G.

2 [Mauvais. — V.J — Cette Maxime n'est pas aussi mauvaise que le dit Voltaire, pour ceux qui l'entendent à demi-mot : Vauvenargues avait à se plaindre, de SCS proches^ qui ne se défiaient pas de leurs conseils (Maxime 816*), qui, par leur âge, se croyaient en droit de gouverner sa raison (Maxime 81 7^), qui voulaient le rendre heureux à ses dépens (Maxime 818^), en cherchant à le retenir, malgré lui, en Provence (voir la 3^ note de la page 371), qui lui reprochaient la cerise imprudemment mangée (Maxime 819^), qui se montraient, à son égard, plus sévères quQ. justes (Maxime 820''), qui lui reprochaient des fautes qui n'en eussent pas été, sans ses malheurs (Maximes 821'"), car c'est Vadversité^ seule, qui l'a fait paraître imprudent et coupable (Maxime 822*), tandis que le succès l'eût justifié. Rien n'est plus logique et plus intéressant que cette suite de pensées qui s'expliquent les unes par les autres. — G.

5 [Commun. — V.] ■

'*' [On a cependant appris à lire. — V.J

•• [Mauvais. — V..] — Voir la Maxime ^75'^, qui ne ditlcre de celle-ci que que par deux mots. — G.

LT MAXhMLS. 483

831. On lourne une pensée comme un liabil, pour s'en servir plusieurs fois'.

832. Nous sommes flattés ([u'on nous propose comme un mystère ce que nous avons pensé naturellement.

833. Ce qui fait qu'on goûte médiocrement les philosophes, c'est qu'ils ne nous parlent pas assez des choses que nous savons.

Soli. La paresse et la crainte de se compromettre ont introduit Thonnèteté dans la dispute.

835. Quelque mérite qu'il puisse y avoir à négliger les grandes places, il y en a peut-être encore plus à les bien remplir -.

836. Si les grandes pensées nous trompent, elles nous amusent^.

837. Il n'y a point de faiseur de stances qui ne se préfère à Bossuel, simple auteur de prose; et, dans l'ordre de la nature, nul ne doit penser aussi peu juste qu'un génie manqué.

838. Ln versificateur ne connaît point de juge compétent de ses écrits : si on ne fait pas de vers, on ne s'y connaît pas; si on en fait, on est son rival.

839. Le même croit parler la langue des dieux, lorsqu'il ne parle pas celle des hommes; c'est comme un mauvais comédien qui ne peut déclamer comme l'on parle.

SliO, Un autre défaut de la mauvaise poésie est d'allonger la prose, comme le caractère de la bonne est de l'abréger.

8^1. Il n'y a personne qui ne pense d'un ouvrage en prose : Si je me donnais de la peine, je le ferais mieux. Je dirais à beaucoup de gens : Faites seulement une réflexion digne d'être écrite.

8^'2. Tout ce que nous prenons dans la morale pour défaut n'est pas tel *.

8/i3. Nous remarquons beaucoup de vices, pour admettre peu de vertus ^.

Shli. L'esprit est borné jusque dans l'erreur, qu'on dit son domaine ^.

Sko. L'intérêt d'une seule passion, souvent malheureuse, tient quel-

' [Mauvais. — V.]

- [Horace l'a dit, et mieux. — V.]

"' [Obscur. — V.j — L'auteur veut dire (ju'alurs tncnie que. l'occasion de les exécuter nous manque, et que, par conséquent, ils restent à l'état de chimères, les grands desseins nous consolent, du moins, de la réalité. Dans cette Maxime, Vauvenargues traliit une fois de plus la secrète ambiiion qu'il a couvée pendant toute sa \ie. — (i.

i.;.(j [Inutile.— V.

quefois toutes les autres en captivité; et la raison porte ses chaînes sans pouvoir les rompre '.

8/i6. Il y a des faiblesses, si on l'ose dire, inséparables de notre nature -.

SM. Si on aime la vie, on craint la mort^

8/i8. La gloire et la stupidité cachent la mort, sans triompher d'elle *.

8Zi9. Le terme du courage est l'intrépidité à la vue d'une mort sûre.

850. La noblesse est un monument de la vertu, immortelle comme la gloire^.

851. Lorsque nous appelons les réflexions, elles nous fuient ; et quand nous voulons les chasser, elles nous obsèdent, et tiennent malgré nous nos yeux ouverts pendant la nuit ^.

852. Trop de dissipation et trop d'étude épuisent également l'esprit, et le laissent à sec ; les traits hardis en tout genre ne s'offrent pas à un esprit tendu et fatigué'.

853. Comme il y a des âmes volages que toutes les passions dominent tour à tour, on voit des esprits vifs et sans assiette que toutes les opinions entraînent successivement, ou qui se partagent entre les contraires, sans oser décider^.

85/i. Les héros de Corneille étalent des maximes fastueuses et parlent magnifiquement d'eux-mêmes, et cette enflure de leurs discours passe pour vertu parmi ceux qui n'ont point de règle dans le cœur pour distinguer la grandeur d'âme de l'ostentation ^.

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