‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 56 sur 264 · A. — DE LA CERTITUDE DES PRINCIPES · texte numérisé non relu

A. — DE LA CERTITUDE DES PRINCIPES

Nous nous étonnons de la bizarrerie de certaines modes, et de la barbarie des duels' ; nous triomphons encore sur le ridicule de quelques coutumes, et nous en faisons voir la force. Nous nous épuisons sur ces choses comme sur des abus uniques, et nous sommes environnés de préjugés sur lesquels nous nous reposons avec une entière assurance. Ceux qui portent plus loin leurs vues remarquent cet aveuglement , et , entrant là-dessus en défiance des plus grands principes, concluent que tout est opinion ; mais ils montrent à leur tour par là les limites de leur esprit. L'être et la vérité n'étant, de leur aveu, qu'une même chose sous deux expressions, il faut tout réduire au néant ou admettre des vérités indépendantes de nos conjectures et de nos frivoles discours. Or, s'il y a des vérités telles, comme il me parait hors de doute, il s'ensuit qu'il y a des principes qui ne peuvent être arbitraires : la difficulté, je l'avoue, est à les connaître. Mais pourquoi la même raison qui nous fait discerner le faux, ne pourrait-elle nous conduire jusqu'au vrai? L'ombre est-elle plus sensible que le corps, l'apparence que la réalité ? Que connaissons-nous d'obscur par sa nature, sinon l'erreur? Que connaissons nous d'évident, sinon la vérité? N'est-ce pas l'évidence de la vérité qui nous fait discerner le faux, comme le jour marque les ombres? et qu'est-ce, en un mot, que la connaissance d'une erreur,

' [Ce sujet méritait plus de détails. — V.]— Voltaire voudrait, on sent pourquoi, que Vauvonargues fût ici moins prudent. — La nécessité, la légitimité, si l'en peut dire, de l'action, est encore un des points de la morale de Vauven argues, et se rattache à sa théorie des passions. Il y reviendra plus d'une fois, dans ses Maximes^ et ailleurs. — G.

2 Voyez plus loin l'explication du duel dans le Discours sur le caractère des différents siècles. — G.

sinon la découverte d'une vérité? Toute privation suppose nécessairement une réalité ; ainsi la certitude est démontrée par le doute, la science par l'ignorance, et la vérité par l'erreur '.

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