‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 91 sur 264 · NE PAS SE LAISSER DÉCOURAGER PAR LE SENTIMENT DE SES FAIBLESSES · texte numérisé non relu

NE PAS SE LAISSER DÉCOURAGER PAR LE SENTIMENT DE SES FAIBLESSES

'Que le sentiment de vos faiblesses, mon aimable ami, ne vous tienne pas abattu. Lisez ce qui nous reste des plus grands hommes : les erreurs de leur premier âge, effacées par la gloire de leur nom, n'ont pas toujours été jusqu'à leurs historiens ; mais eux-mêmes les ont avouées en quelque sorte. Ce sont eux qui nous ont appris que tout est vanité sous le soleil; ils avaient donc éprouvé, comme les autres, de s'enorgueillir, de s'abattre, de se préoccuper de petites choses; ils s'étaient trompés mille fois dans leurs raisonnements et dans leurs conjectures; ils avaient eu la profonde humiliation d'avoir tort avec leurs inférieurs. Les défauts qu'ils cachaient avec le plus de soin leur étaient souvent échappés; ainsi ils avaient été accablés en même, temps par leur conscience et par la convicticn publique; en un mot, c'étaient de grands hommes, mais c'étaient des hommes, et ils supportaient leurs défauts. On peut se consoler d'éprouver leurs faiblesses, lorsque l'on se sent le courage de les suivre dans leurs vertus.

» [Très-bien. — V.]

à. — SUR LE BIEN DE LA FAMILIARITÉ.

' Aimez la familiarité, mon cher ami; elle rend l'esprit souple, délié, modeste, maniable, déconcerte la vanité, et donne, sous un air de liberté et de franchise, une prudence qui n'est pas fondée sur les illusions de l'esprit, mais sur les principes indubitables de l'expérience. Ceux qui ne sortent pas d'eux-mêmes sont tout d'une pièce'; ils craignent les hommes qu'ils ne connaissent pas, ils les évitent, ils se cachent au monde et à eux-mêmes, et leur cœur est toujours serré. Donnez plus d'essor à votre âme, et n'appréhendez rien des suites ; les hommes sont faits de manière qu'ils n'aperçoivent pas une partie des choses qu'on leur découvre, et qu'ils oublient aisément l'autre. Vous verrez d'ailleurs que le cercle où l'on a passé sa jeunesse se dissipe insensiblement; ceux qui le composaient s'éloignent, et la société se renouvelle ; ainsi l'on entre dans un autre cercle, tout instruit : alors si la fortune vous met dans des places où il soit dangereux de vous communiquer, vous aurez assez d'expérience pour agir par vous-même et vous passer d'appui ; vous saurez vous servir des hommes et vous en défendre, vous les connaîtrez; enfin vous aurez la sagesse dont les gens timides ont voulu se revêtir avant le temps, et qui est avortée dans leur sein.

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