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Oeuvres de Voltaire

La première publication des Eléments de la philosophie de Newton remonte au mois d'avril 1738; et Ton voit par la correspondance de Voltaire que ce fut à 1 insu de l'auteur*. Ce fut quelques mois plus tard que parut la réimpression faite sous les yeux de l'auteur. Mais ce qui fut publié alors n'était qu'une partie de l'ouvrage tel qu'il est aujourd'hui. D'autres parties ne parurent qu'en iy4° et 1 741. H serait donc impossible de ranger rigoureusement cet ouvrage à son ordre chronologique , ou du moins l'on peut choisir. En le plaçant en avril ou juillet 1738, il m'aurait fallu ou donner une grosseur démesurée au tome XXXVII, ou scinder l'ouvrage, c'està-dire en reporter une partie dans le tome XXXVIII. J'ai cru voir moins d'inconvénients à ne l'imprimer qu'après tous les autres ouvrages de 1738.

Voltaire, réfugié en Hollande en 1736, y remit au libraire Ledet les premiers chapitres des FÀêments de la philosophie de Newton. Il partit de Hollande sans avoir donné la fin du manuscrit. Le libraire fit achever l'ouvrage par un mathématicien du pays, et mit en vente le volume contenant vingt-cinq chapitres, après avoir

• Voyez aussi, tome XXXVII, page 397, les Éclaircissements; et page 569 , le Mémoire envoyé au Journal des savants.

Mmuïgm. II. 1

PRÉFACE

ajouté au titre donné par Voltaire ces mots : Mis à la portée de tout le monde, qui donnèrent lieu à une mauvaise plaisanterie. On disait qu'il y avait dans le titre une faute d'impression , et qu'il fallait lire : Mis à la porte de tout le monde*.

Voltaire réclama par des Eclaircissements1 qu'il envoya à divers journaux , et résolut de faire imprimer son livre en France. Mais il fallait alors pour cela une permission qu'on appelait privilège. L'auteur voulait ajouter une première partie contenant la Métaphysique. Ce fut principalement à cause de ce morceau que le chancelier Daguesseau refusa le privilège. Il accorda toutefois une permission tacite pour ce qui avait été imprimé en Hollande, c'est-à-dire, de le réimprimer en France, mais sous le nom d'un pays étranger : Voltaire mit en tête les Éclaircissements dont j'ai déjà parlé, et ajouta un chapitre xxvi sur le flux et le reflux *.

Les libraires de Hollande firent réimprimer ces additions, pour les joindre aux exemplaires qui leur restaient.

Le mathématicien hollandais fit insérer dans les Mémoires historiques, du mois de juillet 1738, un morceau qu'il intitula : La vérité découverte , et auquel répond la lettre du 3o août 1 738 , dans la correspondance de Voltaire.

Le P. Regnault, jésuite, est auteur de la Lettre (ano-

' (l'est madame Du Cbàtelet qui, dam sa lettre à Mauperluù du 9 mai 1 738, accuse le libraire hollandais d'avoir fait des additions au titre. Mais il est bon de remarquer que dans sa lettre à D'Argcns, du 19 novembre 1736, Voila ire dit, «.propos de la Philosophie <tr Newton, l'avoir mise à porter du public.

* Voyez tome XXX VII, page 397.

4 Le volume porte pour adresse : A Londres.

DU NOUVFL K01TFUR.

nyme) ffun physicien sur la philosophie de Newton mise à la portée de tout le monde, 1 7^8 , in-i 2 de 46 pages.

L'auteur resté inconnu des Réflexions sur la philosophie de Newton, etc., 1738, in-12 de 8a pages, répond à la critique du P. Regnault , mais sur d'autres points combat l'opinion de Voltaire.

Jean Banières publia Examen et réfutation des Éléments de la philosophie de Newton, ijîg, gros volume in- 8°, qui donna naissance à l'écrit de Lerarz de Lanthenée ayant pour titre : Examen et réfutation de quelques opinions sur les causes de la réflexion et de la réfrttction de la lumière répandues dans C ouvrage de M. Banières, in-8° de 5o pages.

Quelques autres personnes s'escrimèrent dans les journaux, et Voltaire publia une Réponse aux objections principales, etc., qu'on trouvera à sa date (1789) dans le présent volume.

L'année suivante Voltaire fit imprimer en Hollande la Métaphysique de Newton , dont L. M. Kahle fit une critique, en allemand. Voyez ci-après (année 1744) l'opuscule intitulé : Courte réponse aux longs discours (Pun docteur allemand.

En i74'i Voltaire donna en France, mais sous l'adresse de Londres, une édition entièrement refondue des Éléments de la philosophie de Newton. Il les avait divisés en trois parties : la première comprenant la Métaphysique ( publiée en 1 740) ; les seconde et troisième se composant (en 1 4 et 16 chapitres) de ce qui formait tout l'ouvrage en 1738, c'est-à-dire, de la physique. Les chapitres du mathématicien hollandais avaient été remplacés par des morceaux de Voltaire.

Voltaire, en 1748, revit encore son ouvrage pour en former le tome VI de l'édition de ses Œuvres qui parut

4 PRÉFACE

à Dresde chez Conrad Walther. Il avait, dans la seconde partie, retranché le chapitre Xrv; dans la troisième, les chapitres x et xi. J'ai conservé ces trois chapitres en notes ou variantes.

Les suppressions ne furent pas moins considérables, lorsqu'en 1756 Voltaire revit encore son livre pour la première édition que les frères Cramer publièrent de la Collection de ses OEuvres. Cette édition fut augmentée, dans la première partie, du chapitre intitulé : Doutes sur la liberté quon nomme d'indifférence. Mais on n'y trouve plus les chapitres xn , xm et xiv de la troisième partie , ce qui rend incomplète la théorie du système planétaire.

M. Lacroix , membre de l'Institut , aux lumières de qui j'ai eu recours , pense que les chapitres supprimés contenant quelques erreurs assez graves (j'en ai signalé deux dans le chapitre xn) , et beaucoup de nombres que les découvertes des astronomes et des géomètres avaient considérablement changés , l'auteur aima mieux ôter ces chapitres que de les corriger ou les refaire. Les travaux d'Euler, d'Alembert et Clairaut ayant déjà perfectionné la théorie de Newton et répandu sa philosophie, Voltaire ne dut plus mettre le même intérêt à des détails arides, devenus tout-à-fait étrangers à ses habitudes; et il semble l'indiquer assez nettement dans ce passage qui remplaça, en 1756, les chapitres supprimés :

« On Jie poussera pas ici plus loin les recherches sur « la gravitation. Cette doctrine était encore toute nou- « velle quand l'auteur l'exposa en 1736. Elle ne l'est plus, « il faut se conformer au temps. Plus les hommes sont « devenus éclairés , moins il faut écrire. »

J'ai cru nécessaire de rapporter ce passage, que j'ai cependant conservé en variantes dans ma note à la fin du chapitre xi de la troisième partie.

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